Semaine du Neuf | Soirée d’impro collective avec No Hay Banda, Ana Maria Romano et Limules

Entrevue réalisée par Frédéric Cardin

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L’ensemble montréalais No Hay Banda présente une création d’Ana Maria Romano le dimanche 15 mars 2026 à La Sala Rossa, à l’occasion de la quatrième Semaine du Neuf, du Vivier. Le titre nadie nos quita lo bailado (personne ne peut enlever ce que nous avons dansé) fait référence à une maxime assez connue du côté latino, et qui signifie qu’on ne peut jamais nous enlever ce que nous possédons à l’intérieur. Je cite ici la définition officielle du projet : 

Une rencontre des corps, des souvenirs, des rêves et des sensibilités qui s’entrelacent à travers l’écoute et la curiosité. Cette œuvre fait dialoguer des univers sonores nourris d’histoires personnelles, de liens avec les instruments, d’affects, de confiance et d’échanges culturels. Elle est une invitation à respirer, imaginer, créer, transformer. Un espace où se croisent la conversation, la minutie, la subtilité, la vulnérabilité, le petit, le fragile. Un pari sur les présents, les passés et les futurs qui nous relient et nous parlent.

En première partie de soirée, l’ensemble Limules nous offrira une plongée dans l’impro totalement libre et spontanée. J’ai parlé avec Noam Bierstone, percussionniste et Daniel Áñez (Ondes Martenot) de No Hay Banda, ainsi qu’Éric Normand, bassiste de Limules, pour en apprendre plus sur le programme et ce à quoi les mélomanes audacieux.euses peuvent s’attendre.

DÉTAILS ET BILLETS

PanM360 : Bonjour Messieurs. Commençons par la création de la pièce d’Ana Maria Romano. Qui est-elle, et que pouvez-vous dire sur sa musique?

Daniel Áñez (No Hay Banda) : 

Ana Maria est un des personnages phares de la récente scène de musique contemporaine de Bogota (Colombie), qui est née au début des années 2000. Elle est électro-acousticienne à la base. Il y a eu une période où elle a fait des pièces acoustiques à la fin des années 90 et 2000. Après ça, elle a passé exclusivement à l’électro-acoustique pendant une vingtaine d’années. Elle est directrice d’un festival qui s’appelle En Tiempo Real. Au début, c’était un festival d’art sonore électro-acoustique, mais à un moment donné, elle a converti le festival en plateforme artistique féministe. C’est une pionnière en Colombie. Ça a été le premier organisme qui a pris une vocation entièrement féministe là-bas, je pense.

Ses propres pièces électro-acoustiques parlent du féminisme, parlent des femmes. Récemment, elle a commencé à prendre des commandes, mais ce sont des commandes collaboratives.

C’est ce qu’on va faire avec elle. Pour l’instant, on a fait uniquement des ateliers où on a partagé des sentiments, où on a partagé des questions, où on a fait des écoutes collectives. On a partagé des enregistrements de terrain (field recordings), qui seront utilisés.

Elle est arrivée à Montréal il y a environ une semaine pour construire la pièce avec nous, pendant une semaine et demie.

PanM360 : Il y a donc passablement d’improvisation?

Daniel Áñez (No Hay Banda) : Oui, on estime qu’il va y avoir quand même beaucoup de place à l’improvisation dans ce qui va arriver. Elle va jouer de l’ordinateur avec nous. Elle va faire de l’électroacoustique et des manipulations, en combinant des enregistrements qu’on a faits jusqu’à date, des paysages sonores déjà créés. 

Il y aura aussi un ensemble de violoncelles avec Audrey-Anne Filion, Pablo Jiménez à la contrebasse, Lori Freedman à la clarinette basse, Noam Bierstone aux percussions, moi-même aux Ondes Martenot.

Anna-Maria sera à l’électroacoustique. Nous serons six. 

PanM360 : Donc, elle ne se limite plus seulement à l’électro dans ses compositions? Pourquoi?

Daniel Áñez (No Hay Banda) : J’imagine que les gens lui ont demandé de faire des œuvres pour elle. Moi, en tout cas, je sais que je l’ai supplié pendant des années d’écrire une pièce d’électroacoustique. Puis, ça ne s’est jamais concrétisé. Je pense que  ce projet a été la façon pour finalement concrétiser la commande que je souhaitais lui faire.

PanM360 : Parlez-moi de l’oeuvre.

Noam Bierstone (No Hay Banda) : Il y aura un espace électroacoustique immersif à six haut-parleurs qui vont entourer les spectateurs, en plus du band qui va jouer. On va mélanger des idées électroacoustiques immersives avec l’interprétation d’un instrument acoustique. 

PanM360 : Pourquoi ce titre? Y a-t-il de la danse?

Noam Bierstone (No Hay Banda) : Pas de la danse comme telle, mais ça se peut qu’il y ait du mouvement. Cela dit le titre fait aussi référence au bagage individuel que chaque personne, musicien, musicienne dans le groupe a, et qu’il apporte à la pièce. La pièce est basée sur les expériences individuelles que tout le monde apporte et qui font une expérience collective. Ana Maria utilise souvent des références populaires comme titre de pièces. Nadie nos quita lo bailado, ça veut dire que personne ne peut nous enlever nos souvenirs, notre vécu. C’est ce qui nous appartient profondément.

PanM360 : Vous serez à Rimouski le 13 mars aussi?

Noam Bierstone (No Hay Banda) : Oui, parce que ce projet est une collaboration avec Tour de Bras, de Rimouski. Depuis quelques années, on invite des projets de Tour de Bras chez nous, puis ils nous invitent chez eux. On a beaucoup de respect et d’admiration pour le travail de Tour de Bras pour la musique de création et d’improvisation actuelle. 

PanM360 : Comment s’inscrit cette création dans la démarche féministe d’Ana Maria Romano dont vous parliez tantôt?

Noam Bierstone (No Hay Banda) : Sa réflexion féministe l’amène à vouloir détruire toutes ces figures monolithiques, patriarcales, qui construisent la musique classique occidentale. L’idée de collaboration s’inscrit dans la prémisse qu’une connaissance collective est aussi importante et aussi fondamentale que la création du génie compositeur, souvent masculin bien sûr.

Parmi les personnages qu’elle a mis de l’avant dans ses oeuvres précédentes, il y a la sorcière, cette personne condamnée, brûlée parce qu’elle avait une connaissance qui était différente, une connaissance collective. C’est une des choses qu’elle souhaite transmettre dans cette pièce.

PanM360 : En ce qui concerne Limules, qu’est-ce que c’est, depuis quand ça existe?

Éric Normand (Limules) : Ça fait à peine une année qu’on existe. Ce sont tous des gens avec qui je travaille depuis presque 20 ans, et que j’ai réunis ensemble. C’est de l’improvisation, mais j’appelle ça de l’improvisation choisie, au sens où on se connaît très bien. Il y a quand même une direction qui est implicite, même si c’est complètement improvisé et qu’on ne se dira absolument rien à propos de la musique avant de jouer. Ce des musiciens qui maîtrisent ce qu’on pourrait appeler le « langage étendu ». Ce groupe-là, c’est un rêve pour moi. C’est le groupe parfait, le groupe idéal.

PanM360 : Et ça ressemble à quoi, en terme de don, de style?

Éric Normand (Limules) : Ça ne va pas être du free jazz, loin de là. On est dans la texture, dans l’écoute, dans l’écoute rapprochée. On pourrait dire que c,est quelque chose de très senti, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas des moments d’énergie, de contrastes. C’est une mise en commun, vraiment une co-création, et spontanée. Comme j’ai dit, on ne va pas se dire un mot sur la musique. On a tellement confiance les autres envers les autres qu’on ne veut rien planifier. Avec cette bande-là, pour moi, il n’y a pas de facteur de risque. Je sais que ça va être très satisfaisant.  

PanM360 : Même dans la création spontanée, il peut y avoir des thèmes, des lignes directrices?

Éric Normand (Limules) : Non, notre philosophie, c’est que tout est possible à condition de partir de rien. Si on part de quelque chose, on se limite et on crée une hiérarchie. Déjà, il y a quelqu’un qui a décidé quelque chose. Nous, c’est complètement collectif. Il n’y a pas de choix possible. C’est la musique.

PanM360 : Wow. On va bien s’amuser,

Éric Normand (Limules) : Ah oui!

PanM360 : Merci les gars.

No Hay Banda: nadie nos quita lo bailado

NO HAY BANDA

Geneviève Liboiron (violon)

Audréanne Filion (violoncelle)

Pablo Jiménez (contrebasse)

Lori Freedman (clarinette basse)

Daniel Áñez (ondes Martenot)

Noam Bierstone (percussions)

Ana María Romano (direction artistique, électroniques)

Limules

Xavier Charles (clarinette)

Barbara Dang (piano)

Peter Orins (batterie)

Audrey Lauro (saxophone alto)

Anne-F Jacques (objets)

Éric Normand (basse électrique)

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