Jazz@vue | LéNo en continu, conversation piano-batterie, Brésil-Guadeloupe, ami-ami

Entrevue réalisée par Alain Brunet

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LéNo est composé du batteur Arnaud Dolmen et du pianiste Leonardo Montana,  respectivement originaires de Guadeloupe et du Brésil, et qui vivent en région parisienne. Voilà un superbe dialogue en continu,  improvisations propices à la composition , conversations sans cesse enrichies entre jazzmen des Amériques, piano, batterie mais aussi voix humaines,  bribes de vocalises, de créole antillais ou de portugais brésilien. La direction artistique du festival Jazz@vue a flashé fort sur LéNo, invité à se produire à Montréal, soit ie 31 octobre prochain au Théâtre Outremont, dans le contexte du nouveau festival montréalais.

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PAN M 360 : Un enregistrement de 2024, met en relief votre dynamique piano-batterie, qui n’est pas courante. Dans le cas qui vous occupe, votre proposition est vraiment basée sur les rythmes afro-descendants des Amériques et le jazz moderne et aussi la parole, c’est-à-dire qu’on écoute parfois des phrases en créols, notamment, et donc un mélange qui témoigne de vos propres vies, n’est-ce pas?

Arnaud Dolmen : Effectivement, c’est ce que nous vivons au quotidien. Comme vous l’avez dit, Leo originaire du Brésil, moi de la Guadeloupe mais vivant à Paris, et à Paris, il y a un carrefour de cultures. Il y a des musiciens et des musiciennes incroyables venus du monde entier. Et nous faisons partie de cette scène parisienne, avec fierté d’ailleurs. LéNo, c’est ça, c’est la rencontre parisienne déjà et aussi nos influences venues de l’enfance, mais aussi qui vient aussi de notre quotidien, de tous les jours.

PAN M 360 : Comment vous êtes-vous rencontrés et de quelle manière cette relation s’est-elle construite? C’est-à-dire que vous avez eu certainement des affinités spontanées, mais de quelle manière ça s’est développé? Racontez-nous !

Leonardo Montana : Alors, on s’est rencontrés en 2010. Une chanteuse et compositrice, Charlotte Wassy, nous avait réunis pour monter son groupe. Et voilà, c’était dans une salle de répétition, comme il y en a beaucoup à Paris. C’est la première fois qu’on a joué de la musique ensemble. Et dès qu’on a commencé à jouer, on a senti une énergie commune, une envie de jouer beaucoup. Tout de suite, je pense qu’on a eu l’idée qu’on allait probablement faire beaucoup de musique ensemble depuis 2010.

PAN M 360 : Ça fait quand même longtemps, c’est 16 ans!

Léonardo Montana : Oui, voilà. Et si je ne me trompe pas, vers 2014-2015, Arnaud a décidé de monter son groupe en quartet. Et moi, j’étais très heureux parce qu’il m’en a parlé. Donc, on a enregistré ensemble le premier album d’Arnaud. Et à un certain moment, il y a un institut français en Angleterre, à Londres, qui a proposé à Arnaud de venir avec sa musique, mais il n’avait pas vraiment le budget pour faire venir quatre personnes. Et donc, Arnaud s’est dit « Est-ce qu’on peut venir en duo ? »

Et il m’a proposé de venir avec lui pour jouer les mêmes morceaux du quartet, sauf qu’en duo. Et là, en préparant ce concert-là, on a découvert des sensations nouvelles de création, d’une nouvelle manière de pratiquer la musique même à deux. Parce que très vite, on s’est rendu compte que c’était quand même un peu un défi de jouer les morceaux pour quartet en duo.

C’était une autre sonorité, mais il fallait essayer de restituer un son large, le plus large possible, et être proche de l’écriture d’Arnaud par rapport à ses morceaux. Et voilà, c’était tellement un plaisir de monter ce répertoire-là en duo, et aussi un plaisir de jouer le concert, et on a eu envie ensuite de continuer comme ça.

PAN M 360 : De votre côté, Arnaud, quelle est votre perception ?

Arnaud Dolmen : Cette rencontre, j’ai envie de dire que c’est une bénédiction. Léo est venu sur mon chemin, ça s’est connecté direct. Il y a des choses, vous savez, qui arrivent dans la vie. Voilà, la rencontre dans le groupe de Charlotte. Après, cette contrainte, entre guillemets, cette contrainte budgétaire, qui fait que finalement, comme je suis au début de ma carrière de solo, donc il faut que je trouve une solution pour pouvoir vendre le projet, est venue après cette nouvelle sensation de duo, de nouveaux sons, qui nous a permis après de pouvoir faire des concerts, des gens ont vu ça sur les réseaux sociaux.

On nous a donné l’opportunité de faire des concerts après avec le duo, qui nous a donné cette inspiration pour écrire des morceaux. Après, qui nous a donné l’opportunité de faire des résidences artistiques pour pouvoir faire un album et pour pouvoir venir bientôt au Québec présenter ce projet. Donc c’est pour ça que je parle de bénédiction. Et après, Léo et moi, c’est vraiment une histoire d’amitié, de fraternité aussi, au-delà de la musique. Il y a la musique, ça c’est, on va dire le vecteur qui nous a réunis. Et c’est devenu très très vite une amitié, mais très très vite. Ça a été presque spontané, j’ai envie de dire.Du coup, on est sur le même chemin avec Lino et on est très très heureux de cette collaboration et de ce groupe. Parce que c’est un groupe aussi, même si on est deux.

PAN N 360 : Le quartette est-il laissé de côté depuis que le duo marche si bien ?

Arnaud Dolmen : Non, le quartette est toujours là, c’est-à-dire que l’album, le dernier album qu’on a enregistré est sorti en 2022, on va dire que c’est la fin du cycle pour cette matière et je pense à la prochaine. C’est vrai que le duo, en ce moment, prend beaucoup de place et on a déjà aussi l’opportunité de le défendre.

PAN M 360 : Et l’album de LéNo est sorti en 2024, non ?

Arnaud Dolmen : En 2024, oui. Après la tournée du Québec, on enchaîne avec une résidence en 2027 avec le duo. Donc on a beaucoup d’activités avec ce groupe, et on prend ça avec beaucoup de gratitude.

PAN M 360 : C’est super lorsque  les projets fonctionnent et qu’on obtient les moyens permettant la liberté de création et de recherche.

Arnaud Dolmen : Effectivement.

PAN M 360 : Alors vous allez nous présenter la matière de l’album sorti en 2024, matière sûrement modifiée puisque c’est du jazz et donc propice à la re-création en temps réel. 

Leonardo  Montana: L’enregistrement, c’est un moment de musique qu’on a partagé aussi, c’était enregistré en live dans la même pièce, exactement comme en concert.  On est placés face à face, les instruments très proches les uns des autres. Et alors chaque concert, c’est un moment nouveau, c’est un espace de création. Donc on peut s’attendre à des moments de surprise peut-être. 

Nous découvrons même des choses sur nous-mêmes quand nous jouons, des choses sur soi et  sur l’autre. Chaque fois que je joue avec Arnaud, il y a des choses inédites dans son jeu de batterie. Et même il arrive très souvent qu’on ait des moments d’improvisation, où il y a même des morceaux qui peuvent naître comme ça, pendant un  concert. On en parlait même que c’est dommage qu’on n’ait pas enregistré certains concerts, parce qu’il y a eu plein de moments avec des nouveaux morceaux qu’on n’a jamais rejoués.

PAN M 360 : Les improvisations étaient très bonnes, elles auraient pu ensuite être restructurées et devenir des compositions. Mais on n’enregistre pas tout…

Leonardo Montana : Oui, mais c’est aussi vrai qu’on aime beaucoup aussi ne pas s’accrocher au moment. Indirectement, je pense qu’on considère que chaque concert est un moment à part. Et on avance comme ça, petit à petit. On est toujours dans ce processus de spontanéité, on essaye d’être le plus possible dans le moment présent, et profiter de ce moment, profiter de la salle comme elle est, parce que chaque salle est différente.

Chaque instrument sur lequel on joue est différent, parce que pas comme les saxophonistes, les trompettistes, les vocalistes, on ne joue jamais sur nos instruments, donc on doit toujours redécouvrir nos instruments à chaque fois. Et ce duo-là, c’est justement, bien, batterie et piano, ce sont des instruments qu’on ne rencontre qu’une fois, c’est une histoire d’une nuit, chaque fois.

PAN M 360 : Oui, mais il y a des structures qui en ressortent. Lorsque vous avez enregistré cet album en 2024, il y avait des structures qui découlent, qui sont générées par l’improvisation, mais qui quand même en partie se cristallisent.

Leonardo Montana : Oui, il y a des compositions, il y a de l’écriture quand même ! Ce n’est pas de l’improvisation totale tout le temps. Mais l’interprétation change les choses à chaque fois. L’écriture, en fait, on peut l’interpréter de manière différente à chaque concert. Et évidemment, sur chaque morceau, il y a beaucoup d’improvisation.

PAN M 360 : Parfait. Est-ce votre premier passage à Montréal ?

Leonardo Montana : Avec le duo, c’est la première fois , mais j’ai déjà joué à Montréal dans d’autres contextes, avec la flûtiste Naïssam Jalal ou la batteure Anne Paceo.

PAN M 360 : Et Pourquoi LéNo ?  Léonardo pour le Lé et Arnaud pour le no?

Arnaud Dolmen : Oui ! LéNo pour les intimes, comme j’aime bien le dire!

PAN M 360 : Merci beaucoup. Alors donc, bienvenue à Montréal en tant que Tandem. Et je pense qu’on va bien s’amuser à la fin du mois.

Arnaud : J’espère que nous aussi, haha!

PAN M 360 : C’est l’idée haha! Si vous ne vous amusez pas, nous non plus. Merci encore!

Photo: Aurélie Chantelly

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