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À l’occasion du festival Flux 2026, l’organisme No Hay Banda en tant que présentateur offre un programme double des plus intéressant, ce dimanche 4 octobre à La Sala Rossa : en première partie, le trio Beatings are in the Body, formé d’Erika Angell, voix (Thus Owl), de Róisín Adams, piano (Hildegard’s Ghost) et de Peggy Lee, violoncelle. Un trio Montréal (Angell) – Vancouver (Adams, Lee), donc, qui propose une musique crue et spontanée, informée par l’impro libre, la musique classique contemporaine et le rock expérimental. En deuxième partie : Daniel Áñez au piano et Adrianne Munden-Dixon au violon présentent Tallado en el aire (taillé dans l’air), une ‘’rétrospective’’ du Festival Suoni per il popolo 2009, 2017 et 2018, dans laquelle se mêlent extraits d’archives du festival (musiques, voix captées en coulisse, présentation, etc.) et musique ajoutée live par les deux artistes sur scène. J’ai parlé avec Erika Angell et Daniel Áñez pour qu’ils nous expliquent leurs projets respectifs.
PanM360 : Qu’est-ce que Beatings are in the Body?
Erika Angell : Beatings Are in the Body est un trio progressif qui met en avant les voix expérimentales de Peggy Lee (violoncelle), Róisín Adams (piano/Wurlitzer) et moi-même (voix). Le nom du groupe a été inventé par la poétesse canadienne Meaghan MacAneeley, dont la poésie a également inspiré et été intégrée dans les compositions et improvisations du groupe.
PanM360 : Comment est apparue l’idée de ce trio?
Erika Angell : Ça a commencé comme une sorte de rendez-vous arrangé en 2018. Cole Schmidt, directeur du Festival international de jazz de Vancouver, travaillait sur un projet qui réunissait des musiciens venus de l’extérieur avec des musiciens basés à Vancouver.
Moi, de Montréal, j’ai été associée à Róisín Adams, et après quelques appels téléphoniques et échanges de courriels, nous avons décidé d’inviter Peggy Lee à se joindre à la collaboration. Cela s’est avéré être l’une de ces rencontres chanceuses : nous avons immédiatement adoré jouer ensemble. La musique et la chimie étaient si fluides et amusantes que nous avons décidé de continuer en trio.
PanM360 : Quel type de musique faites-vous?
Erika Angell : Notre musique se déplace librement entre l’improvisation acoustique et électroniquement traitée, la composition contemporaine et la poésie. Il y a beaucoup d’espace dans notre musique, parfois de caractère chambriste, mais aussi brute et non polie par moments, avec des touches d’éléments vocaux traités électroniquement ajoutés au mélange.
PanM360 : Quels sont les sujets, les angles abordés, dans cette musique?
Erika Angell : La poésie et la musique explorent l’idée des « souvenirs stockés dans le corps »—les façons dont les expériences de vie peuvent se manifester sous forme de sensations ou de douleur dans nos os et nos muscles. Notre musique est une sorte d’écoute intérieure : se synchroniser avec le corps et son histoire, permettant à celui-ci de révéler le chemin à suivre et d’inspirer la musique.
Nous vivons aux extrêmes d’un vaste pays, et nous sommes particulièrement reconnaissantes pour chaque occasion que nous avons de jouer ensemble. Cela fait un moment depuis notre dernière performance, alors nous sommes très impatientes de retourner sur scène ce dimanche à Sala Rossa !
PanM360 : Bonjour Daniel. Parlez-moi de Taillado en el Aire
Daniel Áñez : La pièce a été composée par Daniel Guizamon, un compositeur colombien qu’on a déjà présenté à notre série de concerts, en janvier dernier. C’est une pièce qui a été écrite pour violon, piano et électronique.
Le violon sera joué par Adrianne Munden-Dixon et le piano par moi-même. Et puis, l’électronique, ce n’est pas une bande. C’est plutôt une série d’instructions, avec des enregistrements qui ont été faits à l’endroit où sera jouée la pièce (La Sala Rossa).
PanM360 : Avec des clips provenant d’archives sonores du festival Suoni per il Popolo….
Daniel Áñez : Exactement. Quand on a vu qu’il fallait utiliser ça (des archives sonores, tel que spécifié par le compositeur), on s’est dit qu’on profiterait du fait que Suoni per il Popolo a eu 25 ans, et aller puiser dans ses archives.
On est allé chercher deux grosses boîtes avec des disques durs, des CD, des DVD, des archives depuis 2008, je pense. Quelques fois, on a des pistes en multitrack, comme des bouts d’enregistrement de consoles et de microphones. Des fois, on a des mix-ups de tout ça. Donc, on a cherché dans les archives de 2008, 2012, 2017, 2018. On a écouté tout ce qui avait été fait à la Sala Rossa.
On a écouté tous les concerts. Puis, on a choisi des choses qui allaient bien avec notre pièce. Par exemple, on va avoir la voix de Johanne Hétu, la harpe de Sarah Pagé, la voix du technicien de la salle, Sylvain quand il parle avec quelqu’un.
Puis, on va voir aussi la voix de Michael Gira de Swans, qui présente un projet de chanson. Tout cela est mélangé avec la musique que Daniel Leguizamon a écrite pour aller à côté de ça (et jouée par le violon et le piano)
PanM360 : Quelle est l’idée de l’œuvre? Quel est le fil conducteur?
Daniel Áñez : Leguizamon propose une construction en cinq catégories d’archives. Il y a les enregistrements A, B, C, D et E. Chacun a un thème différent. Quelques-uns proposent des choses plus bruitées. Certains proposent des enregistrements très courts, d’autres des enregistrements plus en continu. En fonction de cela, on a choisi, mettons, notre catégorie A ce sont seulement des sons du public qui parlent avant ou après le concert. Notre catégorie B, ce sont des enregistrements d’autres concerts. Notre catégorie C, ce sont des concerts où il y avait No Hay Banda. Notre catégorie D, ce sont des voix des gens qui présentent les concerts. C’est là où on a Johanne et Michael Gira. Et notre catégorie E, c’est l’obligatoire. C’est un enregistrement de nous-mêmes en train de jouer cette pièce !
PanM360 : Quelle est l’histoire de la composition de cette œuvre?
Daniel Áñez : Elle a été écrite en 2020 pendant la pandémie. À ce moment-là, il y a eu une beaucoup de compositeurs et de compositrices latino-américains qui ont enregistré leur quotidien, tous les petits sons de la maison, la laveuse, le micro-ondes, la douche, le silence de la maison, le bruit de la fenêtre. Je pense que ce projet s’insère dans les réflexions qui ont été faites à ce moment-là, quand on était tous et toutes confinés à la maison.
PanM360 : Vous improvisez?
Daniel Áñez : Non, elle est complètement écrite. Il y a certains passages où il y a des boîtes de répétition. Et puis les boîtes ont certaines flèches sous certaines notes. Le compositeur demande que ces notes soient jouées en réaction à quelque chose qui se passe dans l’enregistrement, soit du silence ou soit un coup ou quelque chose. Donc, on est toujours en réaction vis-à-vis les enregistrements, mais pour le reste, elle est complètement écrite de façon très traditionnelle.
PanM360 : Quels rôles jouez-vous, en tant qu’instruments acoustiques, face aux enregistrements sonores?
Daniel Áñez : Nous sommes un peu la colle entre tous les éléments d’archives
PanM360 : Comment vous décririez la musique?
Daniel Áñez : Daniel, quand il a écrit cette pièce, il l’a écrite pour mon duo avec Geneviève Liboiron, qui s’appelle Wapiti. Pour vous donner une idée, on a joué la musique complète pour violon et piano de Morton Feldman. Je dirais que c’est une musique qui est parfois très répétitive, parfois moins, mais elle est quand même assez austère. Elle est presque toujours jouée doucement. Elle n’est pas virtuose du tout. Au contraire, elle est paisible. C’est plutôt une création de couleurs et d’ambiance, de textures aussi, pour lier le tout.























