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Le dimanche 18 octobre, la Salle Bleue du Wilder vibrera de manière tonitruante. Dans le cadre de sa programmation 2026-2027, Le Viver présente le collectif Tonitruances, groupe spécialisé en théâtre musical dont la mission est « de développer, produire et diffuser des œuvres musico-théâtrales en favorisant des pratiques collaboratives et inclusives ».
Piloté par la compositrice Gabo Champagne qui en assure la direction artistique, les divers interprètes et instrumentistes proposeront au public un voyage à travers 4 créations musicales abordant toutes la thématique du » trigger » sous ces différentes perceptions et interprétations, tant musicales qu’émotionnelles. Alexandre Villemaire de PAN M 360 à discuter avec Gabo Champagne pour en apprendre plus sur ce programme, son esthétique et sur ce qui anime ces choix créatifs.
PAN M 360 : Comment est né cet ensemble, Tonitruances dont tu es la directrice artistique? Quelle a été la bougie d’allumage qui a fait en sorte que vous vous êtes regroupés, toi et ces musiciens?
Gabo Champagne : C’est vraiment suite à une série de collaborations que j’ai faite avec plusieurs artistes, des chanteuses et des instrumentistes. Puis au fil des projets, il y a un noyau qui s’est naturellement construit. Je suis vraiment une des rares personnes qui se consacre vraiment au théâtre musical, en tout cas à Montréal.
L’idée, c’était de créer quelque chose qui serait plus comme une plateforme pour cette forme d’art, plutôt que d’être uniquement dédié à mes projets épars et individuels et générer comme une micro communauté autour de cette forme-là.
PAN M 360 : Les musiciens qui composent l’ensemble et qui vont performer dans ce spectacle du dimanche le 18, il y a toi, bien sûr, il y a de la flûte, du saxophone, de la trompette, de la guitare, du piano, deux sopranos et un trombone. C’est un important appareil musical, mais il n’est pas fixe n’est-ce pas?
Gabo Champagne : Oui, absolument. Je n’ai jamais vraiment créé de projet avec une instrumentation vraiment spécifique en tête. À part dans des contextes où, par exemple, c’est un ensemble préexistant et qu’on me demande de choisir parmi des instruments.
Quand j’initie un projet, les genèses ne partent jamais d’un son instrumental. Ce qui a été vraiment plus déterminant dans toute la démarche qui a mené à la fondation du collectif, ça a été les rencontres. Les humains avant les instruments.
PAN M 360 : Tu l’as mentionné un peu, tu es une des rares personnes à œuvrer dans le théâtre musical expérimental à Montréal. Quelle est la définition pour toi de ce qu’est le théâtre musical?
Gabo Champagne : En partant, je veux dire que je ne prétends pas être la seule à faire ça. Les quatuors Quasar et Bozzini ont présenté plein d’œuvres de compositrices québécoises qui ont créé de manière ponctuelle des œuvres de théâtre musical. Je pense que c’est plutôt que je m’y consacre presque entièrement et que ça, c’est plus rare. En réalité, je n’ai pas composé d’œuvres strictement musicales depuis à peu près huit ans. C’est tout le temps des œuvres dans un contexte théâtral.
Après, pour moi, la définition du théâtre musical, effectivement, ce n’est pas la définition de ce qui se passe sur Broadway. Vraiment pas. On est vraiment ici dans la lignée de John Cage, Mauricio Kagel et Georges Aperghis. C’est vraiment cette idée que des instrumentistes, des interprètes de musique sont appelés à acter sur scène avec des actions qui sont notées dans la partition quand il y a une. Moi, je ne travaille pas toujours avec des partitions. On peut, par exemple, leur donner un rythme, une intensité. Donc, mettre des paramètres musicaux, finalement, sur des gestes, des actions, des paroles. Après ça, je pense que mon approche à moi, qui est particulière, peut-être qui se distingue de la forme traditionnelle, parce que, par exemple, chez Aperghis ou Kagel, c’est très matériel.
Moi, je me positionne plutôt comme une artiste qui invite des instrumentistes et des interprètes lyriques à faire du théâtre performatif. Donc, c’est vraiment comme une branche un peu plus singulière.
PAN M 360 : Pour la première performance de Tonitruances, le concert s’intitule « Trigger Warning ». C’est un titre qui sous-entend de fortes émotions et une réaction à des événements traumatiques. Comment cela va se déployer dans les quatre œuvres qui composent ce programme?
Gabo Champagne : Déjà, je veux rassurer les gens qu’il n’y aura pas d’effusion de sang et ce genre de trucs là! Après ça, je pense qu’il va y avoir des gestes ou des moments qui, effectivement, peuvent éveiller certaines sensibilités. Il n’y a rien de si extrême que ça pour ma personne dans ma définition.
Mais c’est certain cependant qu’il y a aura des codes qui renvoient à des violences. Ça demeure néanmoins un événement plutôt festif, plutôt joyeux et ludique, même s’il y a des éléments un peu plus harsh, si je puis dire. Ce qui m’a amené à choisir ce titre-là, c’est qu’au fil du choix des pièces, je réalisais qu’il y avait un principe qui se retrouvait en filigrane, et c’est vraiment l’idée du « trigger ». Dans beaucoup des pièces, les événements sont déclenchés par quelque chose d’autre. Ça peut être une réaction en chaîne, ça peut être des cues, ça peut être un événement électroacoustique.
Il y a plusieurs éléments qui vont déclencher quelque chose que les interprètes vont devoir faire sur la scène. Ça, c’est une des parties. Une autre des parties, c’est vraiment sur les thématiques que j’ai choisies pour ces pièces-là. Les sources d’inspiration premières viennent plutôt d’épisodes ou d’événements traumatiques, d’expériences peut-être plus difficiles. Je pense que ce sont plus particulièrement des expériences auxquelles des personnes issues des communautés minorisées, des communautés LGBT peuvent s’identifier.
L’idée, c’est de se réapproprier ces événements-là, par exemple par les codes reliés aux identités de genre, notamment sur comment performer les rôles de genre. Il y a aussi la surcharge de travail, toutes les violences médiatiques envers les personnes trans et le langage inclusif.
Ce sont des questions qui me touchent personnellement et qui touchent les gens de mon collectif aussi d’une manière plutôt similaire. L’idée, c’est de faire quelque chose avec ça d’une manière qui nous rende une forme de joie, « d’empowerment ». C’est plutôt dans un contexte que je considère comme festif, rigolo, chaotique et déjanté. On utilise cette notion pour nous, mais aussi pour permettre au public de vivre une expérience. Même si certaines personnes dans le public ne vivent pas personnellement, par exemple, ils peuvent vraiment avoir une expérience très drôle, mais aussi très éclatée, très différente dans les affects d’une pièce à l’autre ou d’un moment à l’autre dans chacune des pièces.
PAN M 360 : Peux-tu nous dire un petit mot sur chacune des œuvres?
Gabo Champagne : La première pièce, C’est quoi ce charabia? qu’on voit plutôt aux violences médiatiques, envers les personnes trans, que ce soit sur les néologismes en français, ou même ce serait juste sur la reconnaissance de l’existence des personnes trans. Ensuite, la deuxième pièce, Papoupi, est une pièce qui se veut une satire sur les rôles de genre. Donc sur qu’est-ce qu’on associe aux femmes, qu’est-ce qu’on associe aux hommes, etc.
La troisième pièce, Deux, est une pièce qui cherche à imaginer d’autres manières de partager le pouvoir. Le postulat, c’est de dire que si le pouvoir était un peu plus disséminé à travers une collectivité, il y aurait peut-être une réponse vers la paix. Voyagerwege est une pièce qui traite de « l’overwork », l’épuisement professionnel et l’épuisement dans nos vies effrénées. Ça, je pense qu’il y a beaucoup de gens qui vont comprendre et qui vont s’identifier à ça!
PAN M 360 : Au niveau compositionnel, ce sont toutes des pièces que tu as composées toi-même, ou est-ce qu’il y a eu un processus de co-création avec les instrumentistes?
Gabo Champagne : Pour C’est quoi ce charabia? c’est une co-création collective. Elle est en cours de création, d’ailleurs. On espère que ça va être super pour la première, mais c’est ça, on est en train de la finir.
Ensuite, la pièce Voyager Wege, c’est une pièce que j’ai co-créée lors du Festival Impulse en Autriche avec le duo VanProject. Deux et Papoupi, sont des œuvres que j’ai composées avec partitions. Après, dans les répétitions, il y a beaucoup d’espace. Dans le théâtre musical, c’est vraiment un des trucs qui le caractérise, c’est que la partition ne peut pas tout dire. Donc, il faut prendre des choix en dehors du texte. Il y a vraiment un processus collaboratif dans ce sens-là.
PAN M 360 : Musicalement, tu composes beaucoup avec des instruments réels, mais tu fais aussi, un peu dans l’électronique avec de la manipulation sonore. Qu’est-ce qui qui guide tes choix quand tu utilises l’un ou l’autre, ou les deux en même temps, dans ton écriture?
Gabo Champagne : Ça, c’est une très bonne question. Je pense que ça dépend des projets. Il y a vraiment plein de contextes. Par exemple, j’avais eu une commande en 2023 pour une pièce de théâtre musicale. Au début, c’était instrumental, mais au fil de la création, je me suis rendu compte que ça prendrait de l’électronique, parce que, par exemple, je voulais avoir, à un moment donné, une voix qui parle. Il n’y a pas de raison univoque.
Aussi, dans tous mes processus de création, je me laisse vraiment beaucoup porter par mes intuitions, par ce que l’œuvre me dit. Je pense qu’à un moment donné, les œuvres finissent par acquérir une indépendance, d’une certaine manière. Il y a beaucoup de flexibilité. Je pense que ça dépend vraiment du projet.
D’un point de vue plus pratico-pratique, ce qui guide mes choix aussi, ces dernières années, c’est vraiment le temps et l’argent. C’est le nerf de la guerre. Par exemple, pour ce projet-là, ça fait deux ans que j’y travaille, mais je n’ai pas de personne à la direction de production, je n’ai pas d’assistance, donc je fais les horaires, je fais les demandes de subvention, je fais la location des salles, je fais la communication avec le public, je fais absolument tout. Donc dans ce contexte-là, malheureusement, on n’a pas toujours la place pour nos ambitions créatrices.
PAN M 360 : Stylistiquement, tu as parlé du théâtre musical. Qu’est-ce qu’il apporte comme voix expressive, comparativement à l’opéra, qui est une autre forme pour laquelle tu as composé?
Gabo Champagne : Déjà, pour moi, l’opéra, c’est une forme de théâtre musical. La question qui est intéressante c’est « où est la ligne? ». Par exemple, ma dernière grande œuvre, qui s’appelait Yvern, j’ai quelqu’un qui est venu me voir six mois après et il m’a dit « Ah, c’était vraiment cool ton opéra ». J’étais comme « Mon opéra? » « Oui, la pièce sur l’hiver. » J’étais comme « Mais il n’y avait même pas de chant! »Mais pour cette personne-là, c’était un opéra. Dans le cadre du concert, il y a deux sopranos, donc peut-être que certains y verront un opéra. Après, dans ma définition à moi, il y a comme des codes à l’opéra et il y a une historicité. Je n’ai pas nécessairement envie que ce soit autour de la parole d’une chanteuse ou d’un chanteur.
Mon processus de réflexion m’amène à découvrir des idées qui appelleraient, par exemple, des instrumentistes ou, par exemple, un son électroacoustique, etc., avant que ce soit autour d’une parole ou d’un message. À l’opéra, on veut comme toujours bien entendre le chant, bien comprendre les mots, et des fois, c’est peut-être quelque chose qui va moins m’intéresser. Ou alors peut-être que je vais considérer que les mots, même s’ils peuvent avoir une place, même s’ils peuvent être importants, ne sont pas la première chose que je voudrais qu’on reçoive de l’œuvre.
PAN M 360 : Tonitruances est un jeune ensemble. Quels sont les projets que tu envisages pour l’avenir et que souhaites-tu que le public retienne de cette performance du 18 octobre? Qu’est-ce que tu souhaites pour l’ensemble, pour l’avenir? Qu’est-ce que tu souhaites que le public retienne de cette performance du dimanche 18 octobre?
Gabo Champagne : Les prochains projets que j’envisage pour le futur, je pense que ce serait le fun de performer du répertoire, de jouer du répertoire. J’ai déjà quelques idées en tête.
Il y a les Situations de François Sarand ou encore Repertoire aus Staatstheater, de Mauricio Kagel. Ce sont des œuvres que j’aimerais beaucoup qu’on interprète. Ensuite, ce serait évidemment, de commander des œuvres à d’autres personnes, à des compositeurs et compositrices pour générer un intérêt plus grand autour de cette forme-là, créer des formes plus larges, des formes d’envergure avec le collectif en co-création. Il y a déjà un projet, deux projets qui sont en germination pour le futur.
Finalement, je pense que ce que j’aimerais que le public retienne, et qu’il ressorte, c’est peut-être une énergie de jeunesse, des rires, des souvenirs de choses qui sont drôles, mais aussi de choses qui sont chaotiques et déjantées. Et puis, peut-être aussi une expérience différente de celle où on est assis en silence et où on est très concentré sur des sons, mais une expérience de concert engageante où on peut avoir une plus grande relation entre ce qui se passe sur la scène et comment c’est reçu et tout ça.























