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L’Orchestre de l’Agora, dirigé par Nicolas Ellis, donnera son premier concert de la saison à la salle Bourgie, le mercredi 6 octobre. Pour l’occasion, une trame narrative et dramatique baignée dans le thème de la Lune, ainsi que des anges, à travers un cycle de mélodies lyriques signé Ian Cusson. Cycle chanté par la soprano Elizabeth St-Gelais, et qui se retrouve aussi disponible à tous et toutes par l’entremise d’un nouvel album sous étiquette Aparté. En plus du cycle de Cusson, l’album reprend le concert Schubert, du même orchestre, qui avait été donné à Bourgie en septembre 2024, et qui avait servi à lancer en grandes pompes l’intégrale des lieder de Schubert, opérée par la salle montréalaise jusqu’en 2028. J’ai parlé avec Nicolas Ellis du concert du 6 octobre, et de la sortie du nouvel album.
PanM360 : Au centre du concert, et faisant également partie de l’album, se trouve le cycle de mélodies Le Récital des anges de Ian Cusson. Que peux-tu nous en dire?
Nicolas Ellis : Le cycle est au cœur du concert à venir, mais aussi la source qui a mené à la construction du programme Schubert qu’on a donné en 2024, et qui se retrouve sur le disque, aux côtés, je dirais en symbiose, avec la musique de Ian. Je connaissais ce cycle sous sa forme initiale voix-piano, que je trouvais superbe. J’ai alors demandé à Ian d’en faire une orchestration.
Il faut comprendre que, pour moi, promouvoir le patrimoine et matrimoine musical canadien, québécois, fait partie de la mission de l’Orchestre. En plus, Ian, à mon avis est l’un des meilleurs, peut-être LE meilleur compositeur canadien en art lyrique en ce moment. Sa patte, son habilité à magnifier, habiller et colorer les textes, sont exceptionnelles.
Pour le cycle, Ian a choisi six textes d’Émile Nelligan qui construisent une trame narrative fictive grâce à laquelle on imagine une personne qui déambule la nuit, dans Montréal. Le cycle se marie donc parfaitement avec le thème du programme Schubert de 2024 (et qu’on retrouve sur l’album), un thème centré sur le rêve, le mystère.
Le récital des anges est également parfaitement raccord avec le théme de la Lune qui embrasse le programme du 6 octobre prochain à Bourgie.
PanM360 : Que penses-tu de la palette sonore de Ian Cusson?
Nicolas Ellis : C’est d’abord un excellent orchestrateur. Il crée des textures fascinantes, qui permettent d’imager les textes. Je trouve qu’il y a un côté Messiaen dans sa façon d’utiliser les harmonies. Un peu de Mahler aussi, mais pas dans la monumentalité symphonique. Plutôt dans l’écriture très intime, chambriste, que l’on retrouve aussi très souvent chez Mahler.
PanM360 : Je pense aussi à Debussy….
Nicolas Ellis : Oui, c’est très français.
PanM360 : Le cycle est magnifiquement porté par Elizabeth St-Gelais. On peut s’en rendre compte sur l’album, et ce sera assurément très beau en concert le 6 octobre…
Nicolas Ellis : Oh oui. Je suis super content de faire ça avec elle. On vient du même coin, alors on se connaît bien. Elizabeth est une artiste que j’admire énormément. Et je suis très heureux que l’enregistrement Aparté lui donne la chance de rayonner encore plus largement.
PanM360 : Il y aura donc cette musique de Ian Cusson avec Elizabeth St-Gelais, mais pas que…
Nicolas Ellis : Non. Il y aura aussi de belles oeuvres françaises, qui vont très bien épouser le style de Ian Cusson. La Sinfonietta de Poulenc, un nouvel arrangement de la Suite bergamasque de Debussy par une jeune compositrice que j’aime beaucoup, Lisa Heute, et une oeuvre récente de Sophie Lacaze, Après avoir contemplé la lune, composée en 2011. Ce sont cinq mouvements inspirés par autant de tableaux qui évoquent la Lune, ou la nuit. C’est une musique superbe et qui sera appuyée par des projections des dits tableaux.
Ce qu’on essaie de faire, c’est de proposer des façons différentes de faire des concerts, d’y apporter une forme de narration, de trame dramatique.
PanM360 : Les titres des tableaux et les peintres seront inscrits au bas de l’entrevue, afin que les lecteurs puissent les trouver sur le web et les admirer avant le concert. Revenons au disque, qui vient de sortir et qui accompagne en partie le concert du 6 octobre. Il s’y trouve d’autres signatures du compositeur Ian Cusson : des arrangements de lieder de Schubert. Que penses-tu qu’il apporte de spécial à ces lieder?
Nicolas Ellis : Comme je disais, je trouve qu’il réussit admirablement à peindre les émotions et à les souligner subtilement. Si j’avais à en choisir un, je dirais que c’est Der Zwerg (le Nain), qui m’impressionne particulièrement.
C’est un texte tordu, étrange, dont l’histoire se passe en mer. Un nain et une reine sont pris sur un petit bateau, le nain est jaloux parce qu’il ne peut obtenir les faveurs de la reine, puis il la tue. C’est complètement pété comme situation, et la musique de Ian peint cette tragédie, un brin grotesque avec une extraordinaire efficacité. On sent tout ce qui se passe, on est sur la mer, on est témoin de ces échanges lugubres, sordides. C’est extraordinaire.
PanM360 : Et la prestation d’Ema Nikolovska est exceptionnelle! Quelle caractérisation vocale! Sa voix qui devient blanche, archi sarcastique par moments… Peux-tu me parler de cette artiste?
Nicolas Ellis : Ema et moi, on se connaît depuis qu’on s’est rencontré à Orford Musique. Je jouais du piano et elle du violon! Car elle a d’abord été violoniste avant de se consacrer pleinement au chant. Une excellente violoniste en passant. C’est donc une artiste complète, remarquable. Quand on a joué les Schubert avec elle, j’ai été fasciné, et tous les musiciens de l’orchestre aussi, par son intensité et son implication. Pas une note n’était chantée sans une intention précise. Elle habite chaque détail. C’est très inspirant d’avoir fait ce projet de disque avec elle. Dans le Erlkönig, elle interprète les quatre personnages avec une maîtrise impressionnante.
Liste des tableaux qui ont inspiré les mouvements de Après avoir contemplé la lune de Sophie Lacaze :
Kisai Mari Patan (Les esprits mangeant la lune), de Dennis Nona, 2008
La ville entière, de Max Ernst, 1935
La lune en colère, de Guy Bompais, 2011
Le domaine d’Arnheim, de René Magritte, 1962
La nuit étoilée, de Vincent van Gogh, 1889






















