Je m’installe confortablement dans mon bean-bag, prêt à me laisser emporter par la performance micro-macroscopique In the End it’s All the Same Thing du duo Hermanos Riffo Gómez (Cristo et Francisco Riffo). Prenant place dans le dôme immersif de la SAT, la Satosphère, il s’agit d’une performance audiovisuelle en direct, qui invite à la traversée de multiples paysages sonores minimalistes et texturés.
Voilà un voyage visuel mêlant captation en direct de micro-organismes, plans rapprochés de végétaux, une Satosphère miniaturisée et des contrées surréalistes modélisées en 3D et inspirées du Chili natal de Hermanos Riffo Gómez.
La plus grande réussite de la performance est à mon sens le jeu d’échelle qu’elle propose. Nous faisons à la fois les habitants et les observateurs de ce monde microscopique et mystérieux. J’en veux des moments forts de la performance, où Cristo Gomez, en charge de l’aspect visuel, joue avec un dôme miniature translucide, retranscrivant tous les éléments placés en contact direct dudit dôme, sur la surface de projection de la Satosphère.
C’est alors qu’il y dessine des racines, que des percussions transformées, diffractées, se font entendre, comme des milliers de petits cailloux déplacés par la poussée végétale. Un effet saisissant, un massage sonore des plus plaisants, mais aussi cette sensation enivrante d’être un être miniature, enfoui en sécurité au sein de la terre.
Il y a ici un effet de mise en abîme absolument fascinant, entre cet être gigantesque et distant projeté sur le dôme, qui crée la vie, ces sonorités granulaires, et le fait que les performeurs se trouvent, à notre échelle humaine, à seulement quelques pas.
Nous sommes faits à la fois miniatures, bactériens, observés à la loupe, et nous-mêmes observant celui qui semble nous observer. L’expérience pourrait être angoissante, mais, enveloppés dans des superpositions de drones et de plages sonores intrigantes, le sentiment qui émerge est celui d’une curiosité rassurante.

J’aimerais conclure sur le dernier segment de la performance, d’une apparente simplicité, mais absolument efficace. Dans ce moment final, ce qui est projeté sur la surface du dôme, c’est l’image magnifiée et aux couleurs changeantes, de la surface d’une feuille de seulement quelques centimètres, placée sur une plaque tournante. Accompagnant cette image apaisante, voilà que la musique se transforme en une boucle de synthétiseur à saveur discrètement rétro, aux tonalités constamment transformées par Francisco Riffo, tirant de cette boucle minimaliste une impression de complexité organique.
C’était comme se trouver à l’intérieur de Plantasia, l’album culte de Morte Garson. Un apaisement total.
Il y a plein d’autres petites perles dans cette performance dont je ne parle pas ici, par souci de brièveté. Bien que les représentations de la performance en elle-même soient terminées à la SAT, l’enregistrement spatialisé de la performance y sera présenté durant la première moitié du mois d’août et dans la première moitié du mois de septembre. Il sera également possible d’assister à la performance dans le cadre de MUTEK. Je vous recommande chaudement de découvrir ce petit bijou si vous en avez l’occasion.























