Il y avait foule dans la petite salle de La Chapelle Scène contemporaine hier soir pour venir entendre deux quatuors à cordes de George Lewis, interprétés par le Quatuor Bozzini. Qui plus est, le compositeur de 74 ans était présent pour manifester son appréciation du jeu enlevant des musiciens montréalais.
ENTREVUE AVEC ALISSA CHEUNG DU QUATUOR BOZZINI
C’est le Quatuor 4.5 ‘’Partial Truth’’ qui a été le premier à être joué (pour comprendre la numérotation inusitée offerte par Lewis, réponse dans les entrevues). On est vite emballé : la musique de Lewis est hyperactive, fourmillant continuellement de textures saillantes (grincements, glissandos, sons filés, mitraillage de l’archet bondissant sur les cordes, etc.). Dans ce quatuor, aucun moment ne reste inhabité, même si la trame de la partition ne donne jamais l’impression d’être saturée. L’activité énergique, frétillante de pointillisme délicat et nerveux, est incessante. Mais, le plus remarquable, c’est le sentiment de pulsation qui en ressort, une pulsation qui n’est jamais vraiment suggérée de manière évidente. Celle-ci existe finit par nous habiter, en dépit de son ostentatoire… absence explicite. Lewis est un fan de philo, dit-il. Je dirai donc que le beat, le groove, si invisible dans l’étant de sa musique, existe pleinement en tant qu’être intersubjectif en chacun de nous, auditeur-ices.
Le quatuor suivant était le no 2.5 ‘’Playing with Seeds’’ plus disparate dans sa construction, déployant une énergie moins soutenue, plus fracturée, mais lui aussi rempli de textures excitantes (dont cette boule de caoutchouc frottée sur le corps du violoncelle et de l’alto, et créant un ronronnement organique franchement amusant, que j’aurais pris encore plus!).
Rarement, il me semble, musique rigoureusement abstraite et atonale n’aura été aussi excitante à écouter. Une ovation méritée a conclu la prestation exceptionnelle de précision et de maîtrise technique des quatre membres du quatuor Bozzini (nommons-les : Isabelle et Stéphanie Bozzini, Alissa Cheung et Clemens Merkel).
En première partie de concert, et en total contraste avec la musique de Lewis (c’est un peu la recette des concerts de Québec Musiques Parallèles, et on aime ça), il y avait une longue composition de Patrick Giguère, Ce qui frémit, pour viole de gambe et synthétiseur. La composition fonctionne avec le système d’intonation juste, sorte de microtonalité bien tempérée de 22 notes par gamme.
On a entendu une musique déployée comme des mouvements de marées, avec des épisodes ascendant, très lentement sur de longues notes soutenues, vers des moments plus actifs et puissants (mais très raisonnablement. Rien de tonitruant ici), puis décroissants. Un mélange de drone et d’ambient. C’est dans le premier tiers de la pièce que j’ai eu le plus de plaisir, particulièrement au premier maximum ‘’maréal’’, là ou le synthétiseur de Daniel Áñez semble émerger des profondeurs aquatiques pour clapoter subtilement en accompagnant la viole qui se fait elle aussi plus bouillonnante. Le dernier tiers de la pièce, par contre, m’est apparu trop long, malgré un crescendo final qui faisait bel effet.
Marie-Loup Cottinet à la viole de gambe s’est particulièrement démarquée dans une partition en intonation juste qui doit être très difficile à bien exécuter, et surtout à accorder!























