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Autodidacte mais hautement imaginatif, Érick d’Orion est l’un des artistes noise les plus respectés sur le territoire québécois. Depuis trois décennies, il allume des feux et embrase les scènes qui l’accueillent. Artiste essentiellement électronique, il exprime un hardcore numérique fondé sur l’improvisation totale. On le sait aussi commissaire d’œuvres, puisqu’on le croise annuellement au Festival international de musique actuelle de Victoriaville.
Or, ce jeudi 1er octobre à La Chapelle- scènes contemporaines, Québec Musiques Parallèles et Le Vivier mettent en relief un travail différent d’Érick d’Orion, concocté en résidence au CEM à Saguenay: une oeuvre composée pour instrumentistes – Stéphane Beaulieu, basse électrique, Émile Boucher Cloutier, batterie,Marie-Pierre Brasset, synthétiseurs, Nicolas Gobeil, trompette, Bernard Falaise, guitare électrique.
Voilà assez d’indices probants pour que Frédéric Cardin jase un brin avec Érick d’Orion, en amont de son concert.
PAN M 360: Érick d’Orion, commençons tout de suite par savoir qui tu es exactement pour quelques personnes dans l’univers qui ne te connaissent peut-être pas dans ton processus artistique.
Érick d’Orion: Là, je suis rendu à 51 ans.
PAN M 360: A part la barbe, le reste n’est pas trop gris.
Érick d’Orion: En effet, c’est juste la barbe. Mais dans les faits, c’est ça. Cette année, c’est équivalent à la 30e année de carrière dans le milieu de la création sonore. J’ai toujours évolué dans la création sonore qui est plus radicale, on pourrait la nommer aussi expérimentale et bruitiste. On est dans la musique concrète aussi. Avec les années, j’ai développé quand même, j’ai élargi ma palette en faisant de la musique de film et pour les arts de la scène, les arts interdisciplinaires.
En fait, c’est un lancement d’album, à la suite d’une résidence que j’ai faite en 2025 au CEM le Centre d’expérimentation musicale de Saguenay. Il y a un programme là-bas qui permet des résidences à 4 ou 5 artistes par année. On y passe un mois et on travaille avec leur pool de musiciens. Alors moi je connais déjà bien le centre. C’est un centre ami, je te dirais. La première fois que j’ai rencontré le directeur, c’était en 2012. J’avais donné un atelier là-bas à Saguenay. Cette fois , j’ai déposé mon dossier avec le projet Mes fantômes. À ma grande surprise, ça a été accepté. Et puis j’ai fait cette résidence de la mi-août à la mi-septembre 2025.Et ça se terminait avec un concert là-bas. Et puis une captation vidéo.
PAN M 360: Un passage réussi !
Érick d’Orion: Ce mois-là fut vraiment, vraiment, vraiment nourrissant. Au bout de 4 semaines, on est arrivé avec une œuvre super trippante. Pour moi, l’idée de la résidence, c’était de sortir complètement de mon cadre habituel, bien que je sois habitué à travailler soit en solo, soit avec des collègues, généralement dans le milieu de la musique improvisée, dans la création live. Et puis là, l’idée c’était que des musiciens, musiciennes puissent interpréter une composition de ma part. Il faut savoir que je ne sais ni écrire ni lire la musique. Donc c’était le développement d’un langage avec les interprètes, de vrais instrumentistes: une guitare électrique, une basse électrique, de la percussion, du synthé, une trompette. Je te dirais que la chimie a vraiment fonctionné. Les instrumentistes ont réellement embarqué dans mon trip.
PAN M 360: Comment cette relation s’est-elle développée ?
Érick d’Orion: Le concept de mes fantômes, c’est que l’interprète, l’instrumentiste et le compositeur sont nécessairement influencés par leurs inspirations. Et donc, si je demande à un guitariste de jouer une partition, il va jouer la partition, les notes, mais il va jouer avec ses influences. Ça, on le voit partout; quand tu entends un concerto de Beethoven, si c’est tel musicien, si c’est tel soliste, il apporte son influence.
PAN M 360: D’où le projet des fantômes.
Érick d’Orion: Pour l’œuvre qui a été développée, tous les instrumentistes ont vraiment apporté leur touche et leur compréhension de moi, qu’est-ce que je leur expliquais. Alors, ça a donné finalement une pièce en trois parties On a intégralement les trois parties de la façon qu’on les a développées au CEM l’an passé. Et donc, pour ces fantômes, les musiciens sont appelés à apporter encore plus qu’une distillation de leurs influences et aussi essayer de les retenir afin de respecter le langage du compositeur. Amenez vos influences et laissez-les sortir.
PAN M 360: Et comment réguler tout ça ?
Érick d’Orion: On canalise. C’est vraiment canalisé à partir des canevas préalablement fixés, mais sur lesquels on bouge. Les interprètes répondent aussi à mes instructions, , je dirige l’orchestre. Alors, il y a une distillation. Il y aussi un moment où on fonctionne comme un palimpseste. Dans une des parties, j’ai proposé aux instrumentistes de nous choisir collectivement une composition qui les avait particulièrement influencés. Et puis, on prenait cette composition et puis on essayait d’en extraire la substantifique moëlle pour en faire une nouvelle pièce. Et ça a donné un truc très fascinant. Ça, c’est la pièce qu’on retrouve sur l’album numérique, qui est la pièce qui s’appelle Traces. Donc, c’est comme trois, c’est quatre parties. C’était au départ une pièce de Philippe Brach, donc qui n’est pas du tout dans le même univers – Monsieur le psy, vraiment magnifique, dans laquelle on est allé y chercher ce que nous considérions essentiel. Puis on éclaté cette pièce, ce qui était vraiment super.
PAN M 360: Voilà une avancée dans ta musique !
Érick d’Orion: Les gens qui connaissent mon travail vont découvrir un autre aspect de ma personnalité artistique, car je travaille toujours avec l’électronique. Là-dedans, je dirige, j’interviens. Je ne fais pas que diriger.
PAN M 360: Dans quelles zones stylistiques crois-tu que ça se passe ?
Érick d’Orion: On a vraiment un travail, free, free jazz et rock expérimental. C’est un clash de musique contemporaine non écrite, on est dans les sonorités abstraites. Tu l’as écouté?
PAN M 360: Quelques fois, pour en faire la recension. C’est super. Et ça t’a fait évoluer, de dealer avec des partitions écrites !
Érick d’Orion: Des partitions graphiques, je dirais.
PAN M 360: Et j’ai lu que tu avais fait une autre résidence aussi cette année, soit à La Cité internationale des arts à Paris.
Érick d’Orion: Oui, j’ai eu la chance d’avoir été là de janvier à juillet derniers..Mon voisin, c’était la Suède. Il y a différentes nationalités à La Cité.
PAN M 360: Et puis, qu’est-ce que t’as fait là-bas? Qu’est-ce que t’as appris? Qu’est-ce que t’as réalisé?
Érick d’Orion: Depuis une vingtaine d’années, j’essaie d’aller le plus souvent, en France et en Europe, parce que ma communauté créative est très présente là-bas. Je suis très bien au Québec, mais c’est plus facile pour moi de faire des tournées là-bas parce qu’il existe plus de communautés de musiciens expérimentaux. Et donc, pour moi, c’est vraiment plus facile.
Pendant mon séjour là-bas, Paris était mon port d’attache, bien sûr, mais j’ai réussi à donner près d’une trentaine de concerts en France, dont une tournée de mon vieux projet Napalm Jazz, trio avec lequel j’ai commencé en 1995 à faire de la musique, et dont un des membres vit maintenant à Paris. On essaie le plus souvent possible de faire des tournées. Et, curieusement, Napalm Jazz a généré un joli oumf.
PAN M 360: Tu es aussi un agent rassembleur dans ta communauté.
Érick d’Orion: Et je porte aussi un chapeau de commissaire en art audio, notamment pour le Festival international de musique actuelle de Victoriaville. J’ai aussi réuni une délégation d’artistes québécois pour participer à la biennale du son de la ville de Le Mans, etc. C’est un hasard total, mais so far ça a été une super année 2026.
Photo: Guy Samson



















