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Ce vendredi 6 novembre à la Cinquième Salle de la PdA, le plat principal du FMA met en scène l’oudiste virtuose Omar Bachir, fils du légendaire virtuose irakien Mounir Bachir, légataire de la grande tradition de l’oud irakien et la contralto Jahida Wehbe, autrice, compositrice et interprète originaire de la vallée de la Becka et toujours considérée aujourd’hui parmi les divas modernes du Levant. Berceau de la civilisation humaine, la Mésopotamie et le Levant traversent une longue période de tourments comme on le sait, ses artistes les plus éminents en maintiennent tant bien que mal les standards séculaires d’excellence.
Accompagnés d’un orchestre de chambre constitué de percussions orientales, claviers, violoncelle et plus encore, Jahida Wehbe et Omar Bashir comptent envoûter un auditoire cosmopolite de Montréal au FMA en y mettant de l’avant un répertoire composite entre musique classique arabe et chanson moderne du Moyen-Orient, sans compter les rencontre entre l’Orient et le flamenco, la rumba catalane, la musique afro-cubaine, la chanson française ou argentine.
Alain Brunet a assisté à leur répétition cette semaine et les a interviewés ensemble à la pause.
Jahida Wehbe: Je vis entre le Liban et Athènes. Au Liban, j’ai une maison près de Batroun.
PAN M 360: Tous les Libanais ont un plan B.
Omar Bashir: Je suis toujours basé à Budapest, où je suis né, même si je suis déjà retourné en Irak.
PAN M 360: Omar, vous êtes un habitué du FMA.
Omar Bashir: Oui, j’y suis venu quelques fois depuis 2009.
PAN M 360: Parlons de votre tandem. D’où vient cette collaboration ?
Jahida Wehbe: Nous sommes amis depuis une vingtaine d’années, depuis 2004. Nous avons chanté ensemble d”abord en Allemagne. En 2019, nous avions joué au festival de Baalbek au Liban, dans un programme consacré au lien entre musique arabe et flamenco. Nous sommes devenus de plus en plus proches, nous avons enregistré ensemble une chanson dont j’ai écrit le texte et dont Omar a composé la musique, inspiré de Canut Reyes.
Omar Bashir: Oui, de la famille Reyes, des Gypsy Kings, que je connais depuis 25 ans. Et puisque Canut Reyes a composé plusieurs chansons du groupe, je lui ai rendu musicalement hommage.
Jahida Wehbe: Omar s’était inspiré de Canut Reyes en adaptant une de ses chansons et j’en ai changé le texte. Nous avons enregistré cette chanson il y a deux ans. Aussi j’ai enregistré une chanson composée par le célèbre père d’Omar, le regretté Mounir Bachir, avec un texte du poète Ibn Zaydun. Il y a deux mois à peine, nous avons donné un concert en Hongrie.
PAN M 360: Et pourquoi, Jahida, aimez-vous travailler avec Omar ?
Jahida Wehbe: C’est toujours excitant de travailler avec lui car il maîtrise plusieurs styles, notamment le flamenco et la rumba catalane, bien au-delà de la musique classique et des musiques traditionnelles arabes.
Omar Bashir: Oui, je compose Est-Ouest, et je l’adapte au jeu de oud.
PAN M 360: Effectivement, j’ai aussi repéré du jazz et de la musique afro-cubaine lors de votre répétition.
Jahida Wehbe: J’ai aussi une démarche où je combine les musiques orientales et occidentales. Depuis ma jeunesse au Liban, j’ai souvent fait les choses ainsi du chant jazz au chant soufi. Et donc nous aimons tous deux mélanger les styles, nous aimons la musique d’où qu’elle vienne. Nous aimons la vraie musique, pas la musique commerciale ou superficielle. C’est pour cela que nous nous sommes réunis.
PAN M 360: Votre duo ne s’est jamais produit à Montréal, n’est-ce pas ?
Jahida Wehbe: Ce n’est pas ma première fois à Montréal mais c’est ma première participation au FMA. Et nous avons tenté de monter un répertoire qui plaît à tous les goûts.
PAN M 360: Le croisement entre flamenco et musique classique arabe est naturel, puisqu’il a germé en Afrique du Nord et dans la péninsule ibérique sous des régimes politiques mauresques, il y a un millénaire.
Omar Bashir: Exact. Le flamenco est né au Maroc. Et depuis, plusieurs variétés ont évolué. Par exemple, la rumba catalane n’est pas considérée comme le flamenco mais bien une forme plus pop. En 2006, les Espagnols ne connaissaient pas Gypsy Kings, les musiciens traditionnels flamenco ne les aimaient pas. Or j’ai beaucoup écouté cette rumba des gitans catalans, c’est beaucoup plus difficile à jouer que certains l’affirment. Les accords exigent une grande expertise. Les exigences techniques sont élevées et même la dimension percussive du jeu est longue à maîtriser, une vingtaine d’années d’apprentissage ! Les joueurs flamenco ne peuvent y parvenir rapidement.
PAN M 360: Vous nous présentez donc un répertoire très varié, vous avez même un classique d’Édith Piaf, Non, je ne regrette rien. Plus varié que ça…
Jahida Wehbe: Oui cette chanson d’Édith Piaf, aussi une chanson en espagnol de Mercedes Sosa, Gracias a la vida, trois ou quatre autres de mes propres chansons, dont La Tamdi Ila l-Ghaba que nous inerprétons à la fin du spectacle.
Omar Bashir: C’est très varié, vous savez, parce que la musique n’a pas de frontières. C’est le seul langage universel à mon sens et c’est pour moi la voix incarnée du Créateur.
PAN M 360: Si le Créateur existe, en tout cas, il vous a choyé! Votre père est un des plus grands virtuoses de l’oud et vous-même en êtes un !
Omar Bashir : Merci. Mon père avait étudié en Hongrie dans les années 50, il avait ensuite vécu à Beyrouth jusqu’à la guerre civile au Liban pour retourner en Irak et ensuite migrer en Jordanie et finalement mourir en Hongrie. Je suis moi-même né à Budapest quand mes parents y vivaient (ma mère est hongroise d’origine arménienne), et j’ai ensuite vécu en Irak jusqu’à la Guerre du Golfe en 1991, pendant laquelle je suis retourné m’installer en Hongrie d’où je n’ai pas bougé depuis.























