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Noé Lira est comédienne, danseuse et autrice-compositrice. Vous l’avez vue dans les séries télé L’Empereur et La Candidate. Vous l’avez entendue chanter et jouer de l’accordéon sur plusieurs scènes. Après Latiendo la Tierra, paru en 2021, la Québéco-Mexicaine fait paraître OCEANICA, un album qui fusionne ses diverses identités, qu’elle a choisi d’assumer pleinement.
À une semaine de son premier concert océanique, Michel Labrecque s’est entretenu avec Noé Lira, sur ses musiques et ses identités.
PANM360: Noé Lira, vous êtes née et avez grandi à Montréal, d’une mère québécoise « de souche » et d’un père mexicain. Vous avez connu un parcours d’actrice avant d’embrasser la musique et la scène. Comment votre parcours vous a mené à OCEANICA, ce nouvel album tout chaud ?
Noé Lira: Je me décrirais comme une âme sensible à la condition du monde et à la fragilité de l’existence. Certains médias disent que je suis d’origine mexicaine. Ce n’est pas le cas. Vous pouvez l’entendre à mon accent, je suis une vraie Québécoise, née à Hochelaga-Maisonneuve, puis transplantée à Notre-Dame-de-Grâce. Montréal est ma maison. Et pourtant, je me fais encore demander: « D’où viens-tu? » C’est parfois bizarre. J’ai grandi dans un milieu de diversité à l’école, tout en écoutant Passe Partout et Radio-enfer à la télévision, comme tous les jeunes québécois de ma génération. J’ai fait mes études de théâtre à l’UQAM, puis j’ai commencé à jouer. Et la musique est arrivée graduellement. En 2021, j’ai sorti mon premier album, Latiendo la Tierra, puis arrive maintenant OCEANICA.
PANM360: Tu as grandi en tant que Québécoise. Comment est arrivée ta prise de conscience de ton identité mexicaine ou hispanophone?
Noé Lira: C’est que, même en faisant tout pour grandir comme Québécoise, je me sentais toujours considérée comme « l’autre ». Dans ma vingtaine, ça m’a amené à me plonger dans mes racines. J’ai effectué de nombreux voyages en Amérique latine, puis j’ai passé quatre ans à Valence en Espagne, près de la Catalogne, pour faire du théâtre. J’ai dû apprendre l’espagnol, parce qu’on le parlait très peu à la maison. À Valence, il y avait plein d’occasions d’écouter et de faire de la musique, dans un esprit très communautaire et relax. Pendant ces années, j’ai écouté Chavela Vargas, Violeta Parra et Mercedes Sosa (NDLR: de grandes chanteuses et compositrices mexicaine, chilienne et argentine) et pleins d’autres musiques en espagnol. C’est quand je suis rentrée à Montréal que j’ai fait Latiendo la Tierra, réalisé par la trompettiste Rachel Therrien, un album qui s’inscrivait dans ces traditions musicales. Et ça nous a valu une nomination pour l’ADISQ, nous avons fait plus de 100 spectacles.
PANM360: Votre nouvel album que vous allez nous livrer en concert, OCEANICA, me semble très différent du premier opus, que cherchiez-vous à créer ?
Noé Lira: Latiendo la Tierra était très dans la revendication féministe, la violence faite aux femmes. Sans renier cela, je voulais vraiment aller ailleurs, davantage dans une communion entre les humains. Entretemps, j’ai fait des études en sciences religieuses à l’UQAM, et j’ai approfondi ma connaissance du bouddhisme et des spiritualités mayas et andines. Cette idée d’océan, d’immensité, vaste, insondable, m’inspirait. Cet album a été produit avec Jean Massicotte, qui a produit Lhasa de Sela, que je considère comme ma sœur spirituelle (NDLR: il a aussi travaillé avec Jean Leloup, Patrick Watson et Pierre Lapointe, entre autres). Bien sûr que sa présence a rendu la musique plus électronique, synthétique, mais on trouve aussi des rythmes cumbia, des influences latines et de l’acoustique. La pièce “Al Corazon” est constituée uniquement de percussions et d’effets de voix, qui incarne un retour aux pulsions d’origine. J’ai décrit OCEANICA comme une musique cinématographique. Nous avons conçu les chansons comme des scènes de film ou de théâtre.
PANM360: Ce qui frappe aussi, c’est que cet album est très bilingue. Vous alternez souvent très rapidement entre le français et l’espagnol, non ?
Noé Lira: Tout à fait! C’est un choix assumé. On pourrait dire que c’est un pari. Peut-être que les gens vont être mélangés ou perdus? J’ai décidé de suivre mon instinct. Je pense aussi que la musicalité de l’album rend ça très digestible. Mais il y avait aussi une autre raison pour ramener le français: je souhaitais un rapprochement avec mon identité québécoise francophone. Ce qui explique ma présence au Coups de Coeurs Francophones. J’ai le droit d’être multiple! Ce qui ne me semble pas toujours gagné ici, quand on écoute certains politiciens. Ces identités multiples nous enrichissent, selon moi. Récemment, mon frère, qui m’avait juré toute sa vie qu’il était uniquement un Québécois, vient de partir vivre au Mexique.
PANM360: Ce mardi 10 novembre à la Sala Rossa, qu’allons-nous entendre et voir?
Noé Lira: Ce sera OCEANICA, mais dans une mouture différente. Ça fait un an que je travaille sur ce spectacle, qui fera une tournée québécoise au début de 2027. Il y aura du visuel sur scène et de la danse. J’ai travaillé avec une chorégraphe et une habilleuse. Musicalement, nous serons deux: Salomé Perli, une multi-instrumentiste, qui joue du violon et des claviers, et moi, à l’accordéon et au chant.
PANM360: Cette femme est très impressionnante: elle compose autant du jazz que de l’électronique et du chant choral …entre autres.
Noé Lira: Effectivement! Nous allons présenter OCEANICA, mais nous allons revisiter les chansons en les emmenant dans des univers différents. Nous espérons amener le public dans un univers multi sensoriel, une baignade dans un océan multicolore en musique.
PANM360: Noé Lira, merci infiniment pour cette plongée dans votre univers.























