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Le 30 octobre dernier, Chaude Chaleur a lancé un premier EP, très attendu dans son cercle d’amis enclins au jazz/R&B, cercle qu’il s’apprête à déborder. Ce vendredi 6 novembre, le groupe devait ecélébrer cette sortie avec un show de lancement au Ministère et partager ainsi le programme avec Clara Dahlie, dans le contexte de Coup de cœur francophone. Or, semble-t-il que des problèmes de santé au sein du groupe auraient forcé le report du concert lancement à une date ultérieure, annoncée prochainement.
Prompt rétablissement à Chaude Chaleur, et vous pouvez vous rabattre d’ici là sur cette interview afin d’en connaître un peu plus sur le groupe et sur cette première fournée de chansons. Émilie Fortier a discuté avec Mathieu Leguerrier et Vincent Saintonge, respectivement claviériste et batteur de Chaude Chaleur.
PAN M 360: Votre style est très influencé par votre champ d’étude : vous avez toustes (ou presque) étudié en jazz au Cégep de Saint-Laurent. C’est bien là que vous vous êtes rencontrés ? Comment votre groupe s’est-il formé ?
Mathieu : Oui, on s’est rencontrés au Cégep de Saint-Laurent. Mais c’est quand même drôle parce qu’on essaie de s’en distancer. On essaie de le mentionner le moins possible. Mais en même temps, oui, on s’est tous connus là. Puis, je dirais que oui, je pense que notre domaine d’études, il nous permet d’avoir un mindset d’arrangement qui nous est utile.
PAN M 360: Pourquoi vouliez-vous vous distancer de Saint-Laurent?
Vincent : Il y a quand même beaucoup de projets qui sortent de Saint-Laurent, c’est facile à étiqueter l’espèce de « sonorité Saint-Laurent ». On veut essayer, en tout cas, je parle pour moi, d’être capables d’avoir notre sonorité. C’est sûr que ça se ressent et qu’on voit les influences de l’étude en jazz, mais je pense qu’on essaye un peu plus de suivre notre propre chemin, et de ne pas avoir cette étiquette collée à tout jamais.
Mathieu : Je trouve aussi que c’est parce qu’il y a aussi un aspect tellement scolaire, une forme d’académisme dans la musique, qui fait que c’est tellement intellectuel. On pourrait passer pour du monde qui intellectualise full la musique. Alors que moi, pour ma part, pour mes arrangements, je me concentre surtout sur le feel, juste comment je le sens, juste ce qui se passe dans mes oreilles.
Il y a une pensée derrière tout ça, tu sais. Dans le processus créatif qu’on a, en tout cas, oui il y a des influences, on pense à ce qu’on a appris pour le mettre dans notre musique. Mais je pense que même si on n’avait pas nécessairement fait ces études-là, on créerait de la même manière qu’on crée en ce moment, c’est-à-dire se pitcher des idées, jammer des trucs et tout ça.
PAN M 360: Justement, par rapport à ça, comment décririez-vous votre style ? Quelles sont vos inspirations ? Souvent, on vous décrit comme un groupe de jazz, R&B, est-ce que vous acceptez cette étiquette ?
Vincent : C’est tellement la question la plus difficile à répondre… Ouais cette étiquette-là, je pense qu’elle fonctionne. Je pense que c’est R&B, jazz, pop franco, funk aussi. On dirait que chacune des tounes a aussi un peu son univers musical qui va de soi, qui lui est propre.
PAN M 360: Dans plusieurs de vos chansons, je pense notamment à Crime de pauvreté, vous abordez des thèmes engagés politiquement. Diriez-vous que l’engagement politique en musique est une de vos motivations ?
Mathieu : Je pense que ça s’est juste fait naturellement. Tu sais, on fait tous partie de divers milieu sociaux qui ne sont pas toujours pris en compte. Et, finalement, on s’est rendu compte qu’on se retrouvait moins à écrire, disons, des tounes d’amour. On avait juste le goût de parler de certaines situations qu’on voit, qui se passent dans l’actualité ou que certains et certaines ont vécu. Je ne dirais pas qu’on en fait une ligne directrice par contre, mais parfois ça sort, puis voilà.
PAN M 360: Par rapport à ça, le timing de votre sortie d’EP coïncide avec des mouvements sociaux, des manifestations, des revendications étudiantes. Alors comment espérez-vous que votre musique soit reçue dans ce contexte ?
Vincent : C’est quand même une grosse question. Pour le timing, honnêtement, je pense que c’était vraiment une pure coïncidence. Jamais ça n’avait été prévu. Pour la perception, on espère que le monde puisse ressentir un certain niveau d’appartenance à notre musique, qu’ils soient touchés d’une certaine manière. Je ne pense pas qu’il y a un but qui a été travaillé de ce côté.
Mathieu : Moi, je pense que ça coïncide surtout avec la date de lancement. Ça fait depuis l’hiver dernier, quand même, que c’était prévu. L’hiver dernier, je pense pas qu’on s’attendait à ce qu’il y ait des d’aussi gros mouvements étudiants un peu partout dans le monde. Je pense qu’on veut juste que le monde vibe.
Vincent : C’est ça que le monde vibe, que le monde apprécie l’écouter.
PAN M 360: Parlons un peu plus en détail de votre EP ; quels thèmes vous ont-ils inspirés dans sa création ?
Mathieu : Pour ce qui est des thèmes, c’est Nomile qui écrit toutes les paroles de Chaude Chaleur. D’une certaine manière, il porte la voix poétique du projet. Je dirais que la diversité de genres, l’appartenance, la solidarité, puis le plaisir, ça a été des thèmes du EP. Les moments hauts comme les moments plus bas. Je pense que Nomile, c’est quand même quelqu’un qui, tout en étant poétique, reste quand même en contact avec son ressenti et avec le ressenti des autres. C’est quelqu’un de perméable à ce qui se passe autour. Il reçoit et il redonne, ainsi de suite, ça traverse, c’est comme une membrane qui en laisse passer.
Ça fait quand même un petit moment, en fait, qu’on a composé ces titres-là. Je pense que notre mot d’ordre, vraiment, c’était juste se réunir, puis reconnecter avec le plaisir qu’on avait de faire de la musique. Parce qu’en étant pigiste avec d’autres gens, parfois, on se ramasse tout le temps à travailler pour la vision d’un autre, de ci, de ça. Donc ça fait du bien quand on peut juste se ramasser entre nous à jammer. Nomile est là, il écrit des paroles, on essaie des affaires. Parfois, on en casse même directement sur le stage, on se part un jam direct, puis ça devient une toune, tu sais?
PAN M 360: Il y a aussi des chansons du EP que vous avez écrites il y a longtemps… je pense par exemple à Ni homme ni femme, que vous jouez en show depuis quelques années déjà. Est-ce que c’était compliqué d’enregistrer et de sortir ce premier EP ? Quels obstacles avez-vous eus à surmonter ?
Vincent : Un des obstacles, c’était simplement se réunir tous ensemble, parce que la manière qu’on a enregistré cet EP, c’était vraiment qu’on était tous ensemble dans la même pièce, et on trackait. C’était difficile de se trouver le moment.
Puis ça a été une grosse semaine au studio Breakglass, cinq jours de suite à enregistrer tous ensemble. Et après ça, c’est tout le processus de réécouter, puis de savoir ce qu’on peut améliorer, de retourner en studio pour retracker ci, retracker ça, mais tout en étant tous présents, autant que possible. Parce que c’est justement l’aspect communautaire du groupe qu’on veut garder, que chacun met sa part et son côté créatif dans les tounes. Je pense que ça a été un aspect compliqué.
Tout est long entre chaque étape du processus, mais il faut juste se mettre dans le bon état d’esprit, s’imposer un déclic et juste se lancer.
Je me souviens, il y a une répète à un moment donné qu’on faisait au Breakglass, c’était pour un show. Moi je pensais qu’on allait juste là pour faire une répète. C’était pour Coup de cœur francophone, il y a deux ans. Quand je suis arrivé, je me suis mis au drum, puis tout le drum était mic’é et je ne savais pas qu’on s’en allait pour tracker Endorphine. Je m’attendais genre zéro à ça, puis là, j’entends juste Charles. “Ok, ça tourne ». Je pensais qu’on allait juste pratiquer, puis finalement, on a passé toute la soirée jusqu’à 2 h du matin au Breakglass.
Après ça, trois ou quatre mois plus tard, on a eu le déclic : « On en a une de trackée, il faudrait faire les autres. »
PAN M 360: À la suite de tout ça, vous faites un lancement ce vendredi 6 novembre au Ministère, avec Clara Dahlie. Comment vous sentez-vous? Avez-vous hâte ? Avez-vous des ressentis pour l’album ou pour le concert ?
Mathieu : Moi, je dirais fébrile. Pour ma part, je pense qu’après notre participation aux Francouvertes cette année, ça a donné une sérieuse impulsion au projet. Je ne pense pas qu’on s’attendait à tout ce qui allait venir entre les Francouvertes et le lancement, c’est-à-dire les prix, et on s’est fait proposer d’autres gigs par ci, par là. On a beaucoup voyagé avec le projet cet été, on s’est ramassés à devoir faire des spectacles d’une heure, alors qu’on on n’avait pas ce matériau musical au moment des Francouvertes. Comme on s’en allait dans des festivals, notamment La Noce, on aurait une bonne crowd et un bon stage, il fallait qu’on donne un méchant show, surtout un long show !
Et on voulait répondre aux attentes. On s’est dit alors : « ils nous ont passé la place, mais on va la défoncer ! » On a vraiment composé avec le mindset de festival, en essayant de penser à ce qu’on voudrait écouter si on faisait partie du public. Beaucoup de nouvelles compos, beaucoup de nouveau stock, une nouvelle approche scénique.
Et là c’est la première fois qu’on va la faire à Montréal. À voyager, à faire plein de festivals, oui, on croise un peu de monde qu’on connaît, mais plusieurs crowds nous découvrent. Donc le lancement de ce vendredi, ça va être un peu comme un retour à la maison, pour le montrer aux amis après avoir tourné ça tout l’été.
Vincent : Le show a évolué aussi, d’une certaine manière. Ça a été tout ce gros processus créatif là, mais je pense qu’après les Francouvertes, de la première date de festival qu’on a faite jusqu’au lancement, le show a eu le temps d’évoluer. On a essayé des trucs, on a essayé des scénographies, on a essayé des transitions, des nouvelles intros, tout ça, et là, c’est un peu le point culminant de tout l’été, ce show-là.
Chaude chaleur est composé de :
- Nomile Leclair – Voix (et paroles)
- Mathieu Leguerrier – Claviers
- Vincent Saintonge – Batterie et percussions
- Mathieu Lampron – Guitare
- Albertine Poirier – Basse























