chant lyrique / classique occidental / opéra

Lanaudière 2026 | Macbeth, une tragédie portée par des voix d’exception

par Chloé Rouffignac

Malgré une pluie persistante qui n’aura jamais vraiment quitté l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay, le public était au rendez-vous pour assister au concert de clôture de la 49e édition du Festival de Lanaudière.

Yannick Nézet-Séguin à la tête de l’Orchestre Métropolitain dans une version de concert de Macbeth de Verdi portait déjà une valeur symbolique. L’enthousiasme palpable du public avant même d’entendre la première note témoignait de l’attente entourant cette soirée. Ironiquement, la météo contribuait presque à installer l’atmosphère sombre et tragique de Shakespeare.

Si l’orchestre trouve progressivement son plein équilibre entre quelques flottements d’intonation et de synchronisation ici et là, essuyant certains déséquilibres couvrant momentanément les chanteurs. Ce sont avant tout les solistes qui portent la tragédie du début à la fin. Étienne Dupuis compose un Macbeth très humain contrairement aux figures héroïques ou très démonstratives que l’on retrouve souvent dans le rôle. Cette version-là est pleine de nuance, de retenue et incarne l’introspection et la torpeur sans pour autant sacrifier l’autorité vocale – et théâtrale – du personnage. Un choix crédible dont la sobriété nous a invités à tendre l’oreille à plusieurs reprises. Face à lui, la soprano Saioa Hernandez conjugue puissance vocale et engagement dramatique constant, sans tomber dans l’excès ou la caricature. Pour autant son magnétisme récolte des exclamations du public dès le premier acte. Ensemble, les deux artistes démontrent une alchimie singulière dans leur présence scénique et vocale.

Autour de ce couple central, Alexandros Stavrakakis prête à Banquo une présence grave et solide, tandis que Matthew Cairns offre un Macduff touchant, notamment dans son grand air empreint de douleur dont les dernières notes furent couvertes par les applaudissements impatients du public. Les interventions d’Elizabeth Polese, Vartan Gabrielian, Geoffroy Salvas et Owen McCausland complètent une distribution d’une remarquable homogénéité où chaque rôle, même plus bref, trouve pleinement sa place.

L’ensemble gagne en cohésion dans le deuxième Acte, résolument le plus réussi de la soirée. Les pupitres dialoguent avec précision; le drame se solidifie notamment dans la section des cuivres. Il (le drame) est habité autant par les chanteurs que les instrumentistes. Yannick Nézet-Séguin accompagne cette montée en puissance avec une direction extrêmement dynamique dans la montée en puissance du texte. Faisant émerger les contrastes de Verdi avec la grande fluidité qu’on lui connaît. Même privé de mise en scène, il a su conférer à cette version de concert la force narrative unique (et primordiale) de cet opéra. 

L’enthousiasme du public, en revanche, aura parfois produit un effet paradoxal. Les applaudissements, fréquents entre plusieurs tableaux, interrompent régulièrement le déroulement dramatique et obligent le chef à reconstruire la tension musicale à de nombreuses reprises. Si ces réactions témoignent sans équivoque de l’admiration suscitée par les interprètes, elles brisent néanmoins le fil dramatique d’une œuvre qui tire précisément sa puissance de sa continuité.

Impossible, enfin, de passer sous silence le Chœur Métropolitain dont l’engagement pluri-dimensionnel – dans le rôle des sorcières notamment – contribue avec précision à l’ampleur du drame. 

Au terme de cette soirée, Macbeth nous retient émerveillé, tant par la virtuosité des chanteurs que par la puissance de l’orchestre et la nature qui se mêle au théâtre. Une conclusion qui marquera durablement les esprits et plus largement cette belle édition du Festival.

crédits photo : Gabriel Fournier  

Tout le contenu 360

Akousma | Matière limpide pour Eaux mêlées

Akousma | Matière limpide pour Eaux mêlées

Akousma | Mélanie Zhou et les échos du deuil

Akousma | Mélanie Zhou et les échos du deuil

Akousma | Le legs de feue Chantal Dumas

Akousma | Le legs de feue Chantal Dumas

Akousma | Manipulations en temps réel et douce violence chez Xavier Ménard et Diego Bermudez-Chamberland

Akousma | Manipulations en temps réel et douce violence chez Xavier Ménard et Diego Bermudez-Chamberland

Akousma | Synthèse rétroactive selon Alex Brisson

Akousma | Synthèse rétroactive selon Alex Brisson

Akousma | Manuella Blackburn, une poétique de l’ordinaire

Akousma | Manuella Blackburn, une poétique de l’ordinaire

Oktoecho x FMA | Katia Makdissi-Warren, 25 ans de pratiques métissées et nouvelles collaborations symphoniques

Oktoecho x FMA | Katia Makdissi-Warren, 25 ans de pratiques métissées et nouvelles collaborations symphoniques

Guillaume Côté et Les Songes d’une nuit d’été : le chorégraphe nous parle de son rapport intime avec la musique

Guillaume Côté et Les Songes d’une nuit d’été : le chorégraphe nous parle de son rapport intime avec la musique

SQMC/Chapelle historique du Bon-Pasteur : à la découverte de la musique contemporaine québécoise

SQMC/Chapelle historique du Bon-Pasteur : à la découverte de la musique contemporaine québécoise

OSM | De la virtuosité de Kavákos au flamboyant Oiseau de feu

OSM | De la virtuosité de Kavákos au flamboyant Oiseau de feu

Jayleen McCarty : «Je ne suis pas née reine, je le suis devenue»

Jayleen McCarty : «Je ne suis pas née reine, je le suis devenue»

Akousma| Felix Deufel nous fait découvrir la richesse sonore inouïe de l’Arctique

Akousma| Felix Deufel nous fait découvrir la richesse sonore inouïe de l’Arctique

Akousma | Les Artefacts sonores de Roxanne Turcotte

Akousma | Les Artefacts sonores de Roxanne Turcotte

Akousma | Duo Audréanne Filion et Myriam Bleau : là où réel et virtuel se confondent

Akousma | Duo Audréanne Filion et Myriam Bleau : là où réel et virtuel se confondent

Akousma | Exzald S, la violence du calme

Akousma | Exzald S, la violence du calme

Mois du Créole 2026 | Richy Jay fait vivre le konpa et le zouk à Montréal

Mois du Créole 2026 | Richy Jay fait vivre le konpa et le zouk à Montréal

OSM | D’un quatuor à l’autre à Bourgie, Debussy révèle toute la complicité des musiciens de l’OSM

OSM | D’un quatuor à l’autre à Bourgie, Debussy révèle toute la complicité des musiciens de l’OSM

Akousma | Melanie Zhou : façonner le son, traduire l’émotion

Akousma | Melanie Zhou : façonner le son, traduire l’émotion

Akousma | Alex Brisson et l’exploration musicale du feedback

Akousma | Alex Brisson et l’exploration musicale du feedback

Caprice au 9e : un agréable essai de rencontre baroque et carnatique

Caprice au 9e : un agréable essai de rencontre baroque et carnatique

Le Vivier | La fièvre (tonitruante) du dimanche soir

Le Vivier | La fièvre (tonitruante) du dimanche soir

Piknic Électronik x Igloofest: un dernier hourrah! avant janvier

Piknic Électronik x Igloofest: un dernier hourrah! avant janvier

Le Vivier | Albane Tamagna, autres modes de jeu de la flûte

Le Vivier | Albane Tamagna, autres modes de jeu de la flûte

Mois du Créole 2026 | David Bontemps : des frissons du début à la fin

Mois du Créole 2026 | David Bontemps : des frissons du début à la fin

Inscrivez-vous à l'infolettre

Inscription
Infolettre

« * » indique les champs nécessaires

Type d'abonné