Le Vivier | Joseph Houston : Par tous les temps

par Loic Minty

Par un 7 octobre pluvieux, quoi de mieux que d’aller s’abriter dans le confort d’une chapelle, laissant passer le torrent en écoutant sa douce violence. Parfois lents, parfois tel un tonnerre de chaises qui reprennent leur place à la cloche, le piano de Joseph Houston nous fit découvrir, par merveille, ce que nous ne pouvions pas imaginer auparavant sur un tel instrument.

Avec une précision infinie, Joseph Houston découpa la résonance de l’église en mille miettes. Sous le battement de la pluie, nous parcourûmes un trajet sinueux, d’une musique purement sérielle à l’ouverture vers des accords presque jazz où commencèrent à se dévoiler des mélodies. Tenu par des partitions détaillées et denses, le rythme fit place aux changements de vitesse et aux phrasés soigneusement déréglés. Un style qu’il s’appropria avec confiance.

Ce trajet sinueux, finalement, n’était pas une coincidence, mais reposait sur la superposition de formes dont l’intellect ne pouvait qu’à peine en définir la silhouette. Après presque une heure de croissance exponentielle, la tranquillité de sa montée soudainement prit force. À la pièce de Cassandra Miller Philip the Wanderer, Houston dévoila sa virtuosité sans retenue. Lourd comme le sol et pourtant léger comme une fumée d’encens, sa main gauche spasmatique créait un bourdon grave, tandis que la droite développait une mélodie flottante à l’air romantique. Le tout monta en rafales d’accords plaqués, joués comme si on les avait oubliés, qui s’entendaient le long d’un parcours dynamique : perdus, retrouvés, puis perdus encore dans un vacarme. Sans qu’on s’en rende compte, la fin de la pièce dévoila l’air principal, qui résonnait en nous depuis comme une mémoire lointaine.

De retour sur nos chaises oranges, la petite chapelle rouge se faisait entendre de très loin, car même l’orage était venu nous rejoindre. La pièce, remplie d’amateurs de musique contemporaine, se vida alors que les spectateurs se dispersaient en courant. L’orage, lui, restait suspendu, comme s’il voulait prolonger la dernière note.

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