Experimental

Akousma | Un concert augmenté par conduction osseuse

par Judith Hamel

En ce 9 octobre, salle comble sous le dôme de la Société des Arts Technologiques pour le Concert Augmenté présenté par Akousma. Il s’agit d’un événement pionnier, qui utilise pour la première fois de manière structurée des écouteurs à conduction osseuse dans un contexte de concert électroacoustique. Quatre œuvres de musique mixte spécialement commandées pour l’occasion ont été présentées.

Après une brève présentation de Andrea Gozzi, directeur du projet de recherche-création, plusieurs remerciements des collaborateur·trices et un calibrage de nos écouteurs à conduction osseuse, nous sommes prêts pour l’immersion. 

Nicola Giannini, La dialectique de la proximité

Posté derrière ses synthétiseurs, Nicola Giannini sculpte un dialogue entre la vastitude et l’intimité. Les premières minutes s’étirent en divers motifs itératifs spatialisés autour de nous et au travers de nos écouteurs. Une voix finit par s’élever à travers nos cochlées : « Mais j’adore le son de ce feutre qui va vers toi, vers moi, vers nous. » Giannini s’attarde à écrire avec ce dit feutre et nous entendons ces gestes dans nos écouteurs. Une traversée d’un univers sonore  organique créé par synthèse, une dialectique de la proximité…

Duo Catalão-Thibault, INTIMITÉ INFINITÉ

Munis de trompes, Dominic Thibault et João Catalão traversent lentement l’espace, passant de l’arrière du dôme vers l’avant. À chaque appel sonore, ils marquent quelques pas. Arrivés à leur installation, autour de la grosse caisse, les trompes servent à produire des sifflements venteux, désormais transmis directement dans nos écouteurs, créant immersion et intimité. Puis, les deux artistes manipulent divers objets en interaction avec la caisse. Ils explorent granulations, frottements, complexité de masse sonore et qualités de timbres.  L’exploration de la circularité sonore se révèle particulièrement intéressante, notamment à travers la gestualisation d’une chaîne métallique sur la grosse caisse.

La fin renoue avec le début par un lent déplacement des artistes hors du dispositif. Cela est ponctué par des tintements de crotales alternés qui s’éteignent progressivement jusqu’à la disparition complète du son.

Ana Dall’Ara-Majek, Polyhedral Rhythms

Avec son mystérieux PhotoTable (instrument inventé), Dall’Ara-Majek dispose plusieurs fioles sur une table de verre équipée d’un dispositif électromagnétique sensible à la lumière. Chaque fiole, selon sa position, génère une réponse sonore distincte, modulant la densité des sons et son déploiement rythmique. Le matériel sonore provient de synthèse modulaire et d’enregistrements de terrain, créant des paysages imaginaires. Autour de nous, se déploient des sonorités d’écoulement et de flux liquides. En déplaçant méthodiquement, avec des gestes francs et calculés, les fioles sur la surface, l’artiste fait émerger des textures sonores tantôt serrées ou éparses, graves ou aiguës, denses ou légères, parfois tonales, parfois plus complexes.

Un instrument qui nous plonge dans les transformations de la matière.

Kevin Gironnay, Espèces d’espaces

Pour clore l’événement, Gironnay présente une œuvre avec la soprano Amy Grainger, qui récite et chante des extraits de poèmes transmis par les écouteurs à conduction osseuse. Pour un moment, des respirations se multiplient à travers le dôme, se spatialisent et se transposent, des inspirations glissantes. Les poèmes parlent de l’espace, de nos âmes, du vivant. De Georges Perec, Grainger nous cite : « Le problème n’est pas tellement de savoir comment on en est arrivé là, mais simplement de reconnaître qu’on en est arrivé là, qu’on en est là : il n’y a pas un espace, un bel espace, un bel espace alentour, un bel espace tout autour de nous, il y a plein de petits bouts d’espaces. »

​​Cela conclut bien la soirée. Une soirée d’exploration de l’espace, de notre présence et du potentiel sensible des nouvelles technologies.

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