Coup de cœur francophone : jamais Nüshu n’échoue

Entrevue réalisée par Luc Marchessault
Genres et styles : garage punk / math rock / prog-punk

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Selon Wikipédia, le « nüshu (…) était un système d’écriture exclusivement utilisé par les femmes du district de Jiangyong, dans la province du Hunan en Chine ». Ici au Québec, Nüshu est un quatuor qu’on pourrait qualifier librement de math-punk (on en discute ci-dessous!), formé de Lydia Champagne à la batterie et au piano, de Jessica Pion à la basse et au chant, de Jerry Lee Boucher à la guitare et à la machinerie, ainsi que de Jean-Philippe Fréchette – alias Navet Confit, artisan clé du rock indé québécois – à la guitare. Après un microalbum homonyme (2014) et un autre intitulé Topless communiste (2016), Nüshu a fait paraître en 2019 Sexe étranger, son premier album en bonne et due. Les musicophiles qui ne craignent pas de se faire décrasser la trompe d’Eustache peuvent se réjouir, car ils auront droit à de la nouvelle musique de Nüshu en 2023. Pan M 360 a pu discuter de tout ça avec le très occupé et aimable Jean-Philippe Fréchette.



Pan M 360 : Nüshu existe depuis 2014 ou dans les alentours. Tu n’en as pas toujours été membre. Selon mes sources, ton arrivée date de 2019, n’est-ce pas?

Jean-Philippe Fréchette : L’album Sexe étranger date de 2019, mais ça fait environ cinq ans que je suis dans le groupe. Il y avait eu des changements de personnel, la chanteuse (NDLR : Nathalie Gélinas) et le batteur (NDLR : Charles Roy) sont allés vers d’autres projets. Jessica Pion et Jerry sont restés. Les nouveaux, c’est-à-dire Lydia et moi, nous connaissions déjà; ça fait presque vingt ans qu’on joue ensemble dans Navet Confit. Nous avions envie de faire partie d’un groupe de création, puisque notre collaboration était plutôt axée sur l’accompagnement. Donc, tout ça a convergé vers Nüshu, qui comble notre besoin de créer ensemble.

Pan M 360 : Toujours selon mes sources (votre page Facebook!), vous allez nous jouer du nouveau stock, le 10 au soir.

Jean-Philippe Fréchette : Oui, nous sommes presque prêts à enregistrer un nouvel album, on a un studio de réservé en janvier. Environ la moitié du répertoire du concert de jeudi sera du nouveau stock. Sinon, on pigera un peu dans Sexe étranger et dans le corpus précédant mon arrivée dans Nüshu.

Pan M 360 : Un nouvel album au programme, donc! Vous avez mis en musique le poème Filles-commandos bandées de Josée Yvon, sur l’album Sexe étranger. Peut-on s’attendre à d’autres pièces semblables sur le prochain album?

Jean-Philippe Fréchette : Rien de semblable n’est prévu. Par contre, on tente d’obtenir une participation très bizarre dont je ne peux pas trop parler!

Pan M 360 : On devra patienter! Au point de vue de la catégorisation, trouves-tu que l’étiquette « math-punk » ou « prog-punk » pourrait correspondre à ce que fait Nüshu? La fougue, le « je-m’en-crissisme » dans ta yeule, conjugués à plein de changements de tempo et à des progressions d’accords math-prog.

Jean-Philippe Fréchette : Il y a des pièces beaucoup plus simples, mais des pièces assez complexes aussi. L’appellation « math », pour notre musique, ferait sans doute fâcher les fans de Dream Theater, bien qu’on trouve des mesures avec changements de rythme bizarres. On aime se mettre des embûches pour rester réveillés, on peut se dire « À chaque deux ou trois mesures, on coupe un demi-temps ». Par conséquent, chaque musicien est occupé dans sa tête et ne peut taper du pied, parce que c’est très irrégulier. Ainsi, on ne tombe pas sur le pilote automatique. Bien que, après un certain temps, on finit par assimiler tout ça. C’est une volonté de nous surprendre nous-mêmes!

Pan M 360 : On entend même de la guitare frippienne (période Discipline) dans Où est le temps.

Jean-Philippe Fréchette : Je ne connais pas tellement le prog, en fait je n’en écoute presque pas. Peut-être que Jerry écoute du prog en cachette! Les membres du groupe écoutent de la musique très différente. Certains tripent sur la musique très noise, sans rythmes ou tonalités. Pour moi, c’est comme un lavage d’oreilles, parce que je fais beaucoup de mixes qui doivent être rythmés et bien sonner. Donc, quand j’arrive chez moi, je n’ai pas le goût d’écouter de musique comme celle-là.

Écouter des albums abstraits, plus texturés que musicaux, c’est une façon de me réinitialiser le cerveau. À titre d’exemple, on s’est fait une soirée récemment où il y avait autant du Belle and Sebastian que de métal. C’est très normal pour nous que tout ça cohabite, dans les mêmes oreilles et les mêmes cerveaux. Récemment, je faisais un album de folk super-doux avec Larche, puis en même temps je recevais des bandes maîtresses de Saint-Martyr, auparavant les Martyrs de marde (NDLR : formation punk-free-jazz). Je travaille avec Crabe, en studio, et je fais des trucs ambient pour le théâtre. C’est ce qui me sauve, c’est ce qui fait que j’aime toujours faire ce métier. C’est toujours différent, très varié et ça me fait vraiment du bien.

Pan M 360 : Ça s’entend dans votre musique. Je reviens brièvement à l’album Discipline de King Crimson. C’était la deuxième incarnation du groupe; Robert Fripp était évidemment toujours là, mais Adrian Belew s’était ajouté. Comme il avait collaboré avec les Talking Heads, entre autres, le son de King Crimson est devenu plus funky et new-wave.

Jean-Philippe Fréchette : Il y aura de ça sur le prochain album, des rythmiques pas nécessairement disco, mais très sautillantes et dansantes, à la Talking Heads. Sur de la musique très froide et neutre, en même temps.

Pan M 360 : Si Nüshu pouvait collaborer avec Thurston Moore ou Stephen Malkmus, quel serait son choix?

Jean-Philippe Fréchette : Je crois que Nüshu irait davantage avec Thurston Moore ou Kim Gordon. Personnellement, j’irais vers Stephen Malkmus parce que c’est l’un de mes auteurs-compositeurs préférés à vie. Quand j’ai découvert Pavement, tellement d’affaires se sont ouvertes dans mon cerveau, musicalement. Cela a défini ce que j’aime de la musique. Et c’est encore le cas avec ses albums solos aujourd’hui. Cela dit, j’ai une collection « plus plus » d’albums de Sonic Youth et tous les projets solos de ses membres.

Pan M 360 : Merci beaucoup de ton temps, Jean-Philippe, je ne te retiens pas plus longtemps. J’imagine que vous êtes en répétition.

Jean-Philippe Fréchette : Toutes sortes d’affaires en même temps!

Pan M 360 : Bon concert à Coup de cœur francophone et bonne continuation dans tes nombreux projets!

Photo : archives personnelles de Nüshu.

NÜSHU SERA AU QUAI DES BRUNES AVEC EMBO/PHLÉBITE LE JEUDI 10 NOVEMBRE, POUR COUP DE CŒUR FRANCOPHONE. BILLETS ET INFO ICI.

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