MUZ 2026 | Jour 2: De l’inanga à la trompette, en passant par le slam

Entrevue réalisée par Sandra Gasana
Genres et styles : jazz / slam / trompette

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Contrairement à la première journée de MUZ, le jour 2 proposera principalement des formations avec une composante chantée à l’exception de Rémi Cormier, qui nous partagera quelques extraits de son plus récent album Rich State of Mind, paru en janvier 2026. Pour ce qui est des cinq autres groupes qui se déploieront sur la scène du Studio TD le vendredi 2 octobre, nous aurons un éventail de styles de musiques et autant d’univers s’y rattachant. De l’inanga de Deo Munyakazi, au slam de LYDOL, nous découvrirons notamment l’univers écoféministe de Noé Lira, les surprises que nous concoctent Chacón et finalement l’univers ensoleillé de Zalam Kao. Tout cela, le temps d’une soirée. On peut se dire d’emblée qu’il y en aura pour tous les goûts.

Issu d’une famille de musiciens, Rémi Cormier, trompettiste et compositeur de jazz ne s’est jamais trop posé la question, la musique allait faire partie de sa vie. Après des débuts au piano et à la guitare vers l’âge de quatre ans, il s’est vite tourné vers la trompette, son instrument de prédilection et ne l’a plus lâché. Révélation Jazz de Radio-Canada en 2024, il a pu se faire découvrir du grand public qui ne l’aurait peut-être pas connu autrement. « C’est sûr que ça t’expose au grand public. Normalement le jazz c’est plutôt niché, c’est une petite communauté assez restreinte. Ce n’est pas parce que les gens n’aiment pas le jazz, c’est qu’ils ne sont pas exposés à ça dans les médias traditionnels », explique-t-il. Mais au-delà du jazz, Rémi se démarque dans son approche visant à mêler le jazz au hip-hop, à la soul, au funk ou R&B. « Aux États-Unis, ça se passe déjà depuis quelques temps de mélanger le hip-hop avec le jazz. Le hip-hop est intégré dans la musique populaire depuis tellement longtemps, c’était inévitable que ça allait croiser avec la culture du jazz éventuellement », ajoute-t-il. Au Québec, nous sommes encore loin de ça et ce sont des artistes comme Rémi qui pourront changer la donne et permettre à ce courant de se répandre. En attendant, il nous prépare une formule quartet pour son set à MUZ, avec piano, batterie et basse. Et lorsqu’il n’est pas en train de travailler sur son troisième album qui paraitra en 2027 et pour lequel il documente le processus de création sur ses réseaux sociaux, il parcourt la planète avec plusieurs artistes qu’il accompagne et pour son propre projet. Il était d’ailleurs au Sénégal au mois de mai pour participer à deux festivals et se prépare pour un voyage au Brésil dans les prochains mois.

Cela ne fait que deux ans qu’il est au Canada mais Deo Munyakazi s’est déjà fait une place sur la scène artistique montréalaise, et ce, en grande partie grâce à son implication au Centre des musiciens du monde, notamment dans le cadre du projet Constellations des cordes. Artiste musicien originaire du Rwanda, Deo joue de l’inanga, cet instrument traditionnel à cordes rwandais qui s’apparente à une cithare. « Durant mon enfance, j’étais très intéressé par la musique, l’art, la poésie et puis je jouais différents instruments musicaux, le piano, la guitare mais je m’intéressais particulièrement à l’inanga parce que les autres instruments ne venaient pas de chez nous », confie-t-il. Alors que cet instrument était principalement joué par les musiciens d’un certain âge, c’était rare de voir des jeunes de son âge s’intéresser à cela. « J’ai acheté l’instrument et j’allais chez le maitre de l’Inanga, Mushabizi, pour qu’il m’apprenne. Mais au bout de trente minutes ou une heure, mes doigts me faisaient mal. C’était donc le temps de rentrer chez moi », se rappelle-t-il. Dans le cadre de MUZ, il va présenter son projet en formule trio et sera accompagné d’un percussionniste et d’un pianiste. Il va également se prêter au jeu de partager une chanson en français. « C’est la première fois que je vais chanter dans une autre langue que le kinyarwanda, mais ça va aller. On nous a dit de composer ou interpréter. Moi j’ai choisi d’interpréter une chanson connue ici mais on va essayer de l’interpréter avec l’inanga », nous partage-t-il sans nous en dire plus. Deo poursuit sa collaboration avec Constellations des cordes et était même à Vancouver il y a quelques mois pour une tournée avec les autres musiciens du projet.

Et dire que LYDOL a failli ne pas faire du slam !  C’est un concours de circonstances qui l’a poussée à participer à une compétition de slam au Cameroun, son pays d’origine, à défaut de ne pas avoir été sélectionnée dans un programme de chant. Grâce à un ami qui l’a encouragé à postuler, elle s’est retrouvée en première place et c’est de là que tout est parti. Passionnée des lettres et de l’amour, LYDOL est slameuse, chanteuse, auteure et elle « a décidé de soigner les maux avec les mots ». C’est ainsi qu’elle se décrit. Elle mélange la chanson francophone et le slam aux rythmes africains et à la pop moderne. Au-delà du divertissement, elle utilise son art, son travail, comme un outil de résistance, un outil de dénonciation, de militantisme aussi, surtout dès qu’il s’agit des femmes. Après avoir participé au « Spoken Word Project » en 2013, un projet de voyage des histoires à travers l’Afrique, elle réalise que le slam est une profession en soi et que c’est ça qu’elle aimerait faire. Elle participe ensuite à l’émission L’Afrique a un incroyable talent en 2016, et c’est après ça qu’il y a eu le prix RFI Découvertes qui marque un autre tournant dans sa carrière. « Pour MUZ, on a construit un spectacle très particulier avec des chansons que vous connaissez mais qui sont complètement revisitées. C’était ça le défi pour nous, comment faire en sorte que les mots qui vous semblent familiers puissent résonner différemment ? » nous confie-t-elle. Pour l’occasion, elle sera accompagnée par ses musiciens habituels, batterie, basse, piano et a invité un nouveau guitariste à la formation, en plus de sa choriste. Elle travaille déjà sur son prochain album qui va sortir en 2027 tout en poursuivant ses ateliers de slam à l’Université de Montréal prévus pour l’hiver. « La transmission a toujours été quelque chose qui m’accompagne parce que moi j’ai appris au travers des ateliers », se rappelle-t-elle. C’est maintenant à son tour de transmettre aux jeunes générations,

Niveau timing, cette vitrine de MUZ ne pouvait pas mieux tomber pour Noé Lira qui s’apprête à sortir son nouvel album Océanica dans deux semaines, un album qu’elle qualifie d’éco-féministe. Elle aura ainsi l’occasion de présenter quelques extraits de cet opus en formule duo avec Salomé Perli, la directrice musicale multi-instrumentiste avec qui elle travaille, et elle nous proposera une version plus électronique que celle du quintette qui est orchestrale. Auteure-compositrice-interprète et comédienne, Noé Lira est Québeco-Mexicaine et a grandi à Montréal aux carrefours des cultures et des métissages. « J’oscille entre le théâtre, la musique, la danse et je dirais que je suis très habitée par le lexique de la nature, la relation au vivant, à l’environnement, l’interconnexion », nous décrit-elle. Après un premier album Latiendo la tierra qui lui a valu une nomination à l’Adisq, au GAMMIQ, et une révélation Radio-Canada 2022-23, cela lui a permis d’avoir un rayonnement au Québec et d’aller à la rencontre des gens. Noé Lira n’en est pas à sa première participation à MUZ. Elle a participé en 2021 et a également été invitée à la soirée de clôture en 2022. « On m’avait laissé carte blanche pour cette soirée de clôture. J’avais proposé une soirée avec huit artistes féminines de tous les horizons, on était sorties à l’extérieur, on avait investi tous les coins du Studio TD afin de brasser les codes », se remémore-t-elle. Pour ce nouvel album, Noé a travaillé avec Jean Massicotte, avec qui elle a développé une musique cinématographique. « On a pris mon parcours de comédienne. Chaque chanson, c’est comme une scène de film. On cherchait à sentir les influences latines, mais sortir du traditionnel et aller dans une hybridation, un métissage. Un mélange de pop alternative, rythmes latins, textures électroniques, sonorités organiques, hybride singulier. » Pour ce qui est du processus scénique, elle s’est entourée d’une metteure en scène, d’une chorégraphe, d’une éclairagiste, d’une directrice musicale, directeur technique, le tout dans un univers multidimensionnel et multisensoriel. Son album sort le 16 octobre et elle va le lancer officiellement le 10 novembre au Coup de Cœur francophone.

Après le Mexique, direction Cuba avec le pianiste Chacón, né dans une famille de musiciens. Il a étudié le piano classique pendant 8 ans et a eu la chance de grandir avec des musiciens incroyables. Son père gérait un espace du Cirque du soleil à Cuba, il y avait pleins d’artistes et des musiciens qui défilaient. « Mon grand-père était chanteur et il avait 19 frères qui étaient tous musiciens », raconte-t-il. Durant ses années à Cienfuegos, il a touché à tout, au rap, au rock, à la salsa, au gospel et à la pop et c’est tout ce bagage qui a fait de lui le musicien qu’il est devenu aujourd’hui. « Cuba est un pays qui absorbe beaucoup de cultures musicalement parlant. Quand tu es musicien professionnel, tu es prêt à jouer pleins de styles. Dans ma musique, je peux entendre tout ce bagage-là » ajoute-t-il. Mais c’est lorsqu’il est arrivé à Montréal qu’il a dû apprendre la production musicale, tout en se familiarisant avec la culture québécoise. « C’était un choc culturel mais un choc qui a perfectionné ma façon de voir la musique », admet-il. Il travaille présentement sur un album avec des rythmes latins et africains mais ce n’est pas cela qu’il va nous présenter pour MUZ. « Je vais faire mon projet à moi, ce sont des chansons que j’ai sorties dans mon premier EP, mais il y a de nouvelles chansons aussi. Mes premières chansons en français. On va jouer deux chansons en français et j’espère que vous allez aimer autant que moi », conclut-il. Il s’inspire des expériences personnelles ainsi que celles de son entourage ou de ses amis pour écrire et les mettre en chansons. « Je chante depuis l’enfance. On a toujours joué au piano et chanté dans ma famille. Le chant, c’est très naturel. » Pour le 2 octobre, Chacón sera accompagné par un batteur et un percussionniste, alors qu’il sera au piano et à la voix. Cela dit, il nous réserve une petite surprise. Il va falloir y être pour le voir.

Vous les avez peut-être découvert lors des Syli d’Or 2026, mais depuis qu’ils ont remporté la première place lors de cette compétition, Zalam Kao n’a pas cessé de se produire à travers la province. Projet très montréalais composé de six membres, cette formation cosmopolite fait de la musique positive, ensoleillée en plusieurs langues incluant le français. « On est des amis à la base, on est dans le vivre-ensemble, dans un partage de musique de toutes nos racines communes ». Après un été chargé sur la route entre la Gaspésie, Sherbrooke et Montréal, cette formation a parfois dû refuser quelques concerts cet automne pour mieux se concentrer sur MUZ et revenir en cohésion. « MUZ, ça fait une suite excellente au Syli d’Or, c’est un petit monde. On est dans ces cordes-là, beaucoup de gens nous ont poussé à postuler. En plus, on est indépendants en ce moment alors si on a des tremplins qui peuvent nous aider à aller de l’avant, on prend », ajoute l’un des membres.

Zalam Kao n’aura pas trop de misère à se limiter à 20 minutes de spectacle, ils ont eu à s’adapter à plusieurs configurations ces derniers mois alors ça ne sera pas un grand défi, tout comme la consigne d’avoir une chanson en français. Ils en ont plusieurs. Mais c’est lorsqu’il faut décrire leur musique que ce n’est pas toujours évident. « On aime mieux parler de l’instrumentation : on a des drums, des percussions, de la basse mais dans l’album c’est beaucoup de contrebasse, du piano, de la flute, de la trompette et beaucoup de voix. C’est de la musique à texte qu’on fait. Une description comme ça en dit plus long que de dire qu’on fait du RnB ou du hip-hop », dit un autre des membres du collectif.

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