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En un peu plus d’une douzaine d’années et six éditions, les Prix de musique Azrieli sont devenus l’une des compétitions de composition musicale les plus prestigieuses au monde en ce qui concerne la musique contemporaine. Elles ont été créées en 2014 par Sharon Azrieli et se divisent en quatre catégories: la Commission Azrieli pour la musique canadienne, la Commission Azrieli pour la musique internationale, la Commission Azrieli pour la musique juive et le Prix Azrieli pour la musique juive. Trois créations originales, donc, ainsi qu’un prix pour une œuvre déjà existante, mais récente. Chaque prix est d’une valeur d’environ 250 000 $, dont 50 000 $ en argent, ainsi qu’une valeur d’environ 200 000 $ pour les prestations scéniques, les diffusions internationales, les enregistrements, etc. C’est substantiel. Le concert gala qui présentera au public les œuvres choisies pour l’édition 2026 se tiendra le jeudi 15 octobre à la Maison symphonique de Montréal, avec l’Orchestre symphonique de Montréal, le Chœur de l’OSM et divers solistes sous la direction d’Asher Fisch. PanM360 a discuté avec chacun des compositeurs. ICI, LE ROUMANO-UKRAINIEN ADRIAN MOCANU (Commande Azrieli 2026 pour la musique internationale – (De l’encra escafada (« from faded ink »).
PANM360 : En une courte phrase, de quoi parle votre œuvre ?
ADRIAN MOCANU : Cette pièce est une réflexion sur une chanson d’il y a 800 ans et qui est filtrée à travers un langage musical contemporain. Plus précisément, il s’agit d’une chanson, la seule qui nous soit parvenue, d’une femme troubadour, ou trobairitz, nommée Béatrice de Die.
PANM360 : Quel est votre attachement personnel envers ce sujet ?
ADRIAN MOCANU : Eh bien, j’ai un attachement émotionnel à la musique ancienne en général. Pas spécifiquement celle-ci, mais elle fait partie de mon domaine d’intérêt. Oui, j’aime beaucoup cette période de la musique, et aussi la pièce elle-même. C’est intéressant que cette chanson qu’elle a écrite il y a 800 ans soit la seule qui ait été préservée. Il est possible qu’elle ait écrit d’autres œuvres, ou que de nombreuses œuvres anonymes que nous connaissons maintenant aient été écrites par des autrices, mais nous ne le savons pas avec certitude, car il était courant à cette époque que les femmes signent leurs œuvres comme anonymes. Donc, c’est la seule que nous connaissons avec certitude et savons qu’elle a été écrite par une femme. Nous avons la musique, les paroles et la notation.
PANM360 : C’est vraiment précieux. Comment traitez-vous et développez-vous ce thème dans la pièce ?
ADRIAN MOCANU : La mélodie est présente dans certaines parties de la pièce, mais je travaille davantage avec les paroles en langue occitane. Ce n’est surtout pas un arrangement. Elle apparaît subtilement ici et là grâce à l’utilisation des violes de gambe. La mélodie originale est très simple, une seule ligne. Mais j’écris pour un grand chœur, qui a une quarantaine de chanteurs. Il y a en général huit parties vocales. Ce serait assez difficile de travailler, avec ce genre de forces vocales, un matériel aussi simple. Alors, j’essaie de le diviser, de le séparer. J’utilise des techniques étendues et des choses comme ça. Donc, la mélodie est présente, mais elle est très filtrée.
PANM360 : Donc, le chœur ne chante pas de manière traditionnelle ?
ADRIAN MOCANU : Pas vraiment, non. Ils doivent utiliser toutes sortes de techniques étendues, inhalations, bruits, peu importe.
PANM360 : Je suppose que c’est une partie difficile pour les chanteurs ?
ADRIAN MOCANU : Oui, ils se plaignaient un peu de l’utilisation excessive des techniques étendues.
PANM360 : Vous avez besoin de quatre violes de gambe comme solistes. Cet instrument n’est pas très puissant en termes de projection sonore. Comment équilibrez-vous leur présence avec celle de la symphonie et du chœur, qui peuvent facilement les dominer ?
ADRIAN MOCANU : C’est pourquoi j’en ai quatre (rires). Et c’est pourquoi il y a quatre violes de gambe basse. Donc, c’est comme un quatuor à cordes. Je les utilise comme une sorte de soliste étendu. Bien sûr, chacune d’elles a sa propre partie, mais c’est plus comme un soliste étendu. Et bien sûr, j’utiliserai un peu d’amplification pour les solistes.
PANM360 : Symboliquement, que représentent-elles ?
ADRIAN MOCANU : Pour moi, l’utilisation de la viole de gambe est une référence à quelque chose d’ancien. Nous associons les violes de gambe à la musique ancienne, pas spécifiquement à la musique des troubadours, car les violes de gambe sont apparues un peu plus tard. Mais quand même, elles sont plus proches de l’époque médiévale que de l’orchestre symphonique moderne. Donc, c’est une approximation, mais c’est une manière allégorique d’introduire la musique ancienne dans un orchestre symphonique contemporain.
PANM360 : En général, en tant que compositeur, quel est votre principal intérêt ?
ADRIAN MOCANU : Eh bien, récemment, c’est la musique vocale. Cela vient tout naturellement. J’aime utiliser des techniques étendues, ainsi que la notation graphique et les éléments d’improvisation, qui sont également présents dans ma pièce, pas seulement avec les voix. Il y a des moments où l’orchestre a quelque chose de fixe, et les violes de gambe ont ces motifs qu’elles peuvent combiner librement pendant une période déterminée.
PANM360 : Que ressentez-vous à l’idée de recevoir la Commande Azrieli de musique internationale 2026 ? Qu’est-ce que ça représente pour vous ?
ADRIAN MOCANU : Quand j’ai reçu la nouvelle, ça a été un peu un choc, parce que je sais qu’il y avait beaucoup de soumissions, environ 300 ou quelque chose comme ça. Donc, je ne m’attendais pas à ce que cela se produise. C’était une tâche complexe de rédiger cette proposition. Oui, j’ai été très surpris. Bien sûr, c’est un grand honneur pour moi, mais aussi un grand défi, car c’est une chose de concevoir un concept de pièce. C’en est une autre de le faire pour vrai. Je pense qu’il m’a fallu quelques mois juste pour trouver la manière de commencer à écrire cette pièce. Quand j’ai finalement trouvé le moyen, j’avais si peu de temps que je pense avoir passé quelques mois seulement à le finaliser.
PANM360 : Eh bien, bon succès le 15 octobre.
ADRIAN MOCANU : Merci






















