Malgré une pluie persistante qui n’aura jamais vraiment quitté l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay, le public était au rendez-vous pour assister au concert de clôture de la 49e édition du Festival de Lanaudière.
Yannick Nézet-Séguin à la tête de l’Orchestre Métropolitain dans une version de concert de Macbeth de Verdi portait déjà une valeur symbolique. L’enthousiasme palpable du public avant même d’entendre la première note témoignait de l’attente entourant cette soirée. Ironiquement, la météo contribuait presque à installer l’atmosphère sombre et tragique de Shakespeare.
Si l’orchestre trouve progressivement son plein équilibre entre quelques flottements d’intonation et de synchronisation ici et là, essuyant certains déséquilibres couvrant momentanément les chanteurs. Ce sont avant tout les solistes qui portent la tragédie du début à la fin. Étienne Dupuis compose un Macbeth très humain contrairement aux figures héroïques ou très démonstratives que l’on retrouve souvent dans le rôle. Cette version-là est pleine de nuance, de retenue et incarne l’introspection et la torpeur sans pour autant sacrifier l’autorité vocale – et théâtrale – du personnage. Un choix crédible dont la sobriété nous a invités à tendre l’oreille à plusieurs reprises. Face à lui, la soprano Saioa Hernandez conjugue puissance vocale et engagement dramatique constant, sans tomber dans l’excès ou la caricature. Pour autant son magnétisme récolte des exclamations du public dès le premier acte. Ensemble, les deux artistes démontrent une alchimie singulière dans leur présence scénique et vocale.
Autour de ce couple central, Alexandros Stavrakakis prête à Banquo une présence grave et solide, tandis que Matthew Cairns offre un Macduff touchant, notamment dans son grand air empreint de douleur dont les dernières notes furent couvertes par les applaudissements impatients du public. Les interventions d’Elizabeth Polese, Vartan Gabrielian, Geoffroy Salvas et Owen McCausland complètent une distribution d’une remarquable homogénéité où chaque rôle, même plus bref, trouve pleinement sa place.
L’ensemble gagne en cohésion dans le deuxième Acte, résolument le plus réussi de la soirée. Les pupitres dialoguent avec précision; le drame se solidifie notamment dans la section des cuivres. Il (le drame) est habité autant par les chanteurs que les instrumentistes. Yannick Nézet-Séguin accompagne cette montée en puissance avec une direction extrêmement dynamique dans la montée en puissance du texte. Faisant émerger les contrastes de Verdi avec la grande fluidité qu’on lui connaît. Même privé de mise en scène, il a su conférer à cette version de concert la force narrative unique (et primordiale) de cet opéra.
L’enthousiasme du public, en revanche, aura parfois produit un effet paradoxal. Les applaudissements, fréquents entre plusieurs tableaux, interrompent régulièrement le déroulement dramatique et obligent le chef à reconstruire la tension musicale à de nombreuses reprises. Si ces réactions témoignent sans équivoque de l’admiration suscitée par les interprètes, elles brisent néanmoins le fil dramatique d’une œuvre qui tire précisément sa puissance de sa continuité.
Impossible, enfin, de passer sous silence le Chœur Métropolitain dont l’engagement pluri-dimensionnel – dans le rôle des sorcières notamment – contribue avec précision à l’ampleur du drame.
Au terme de cette soirée, Macbeth nous retient émerveillé, tant par la virtuosité des chanteurs que par la puissance de l’orchestre et la nature qui se mêle au théâtre. Une conclusion qui marquera durablement les esprits et plus largement cette belle édition du Festival.
crédits photo : Gabriel Fournier























