Pays : Royaume-Uni Label : Republic Genres et styles : électro-indie / électro-pop / pop Année : 2025

Lorde – Virgin

· par Marilyn Bouchard

Lorde revient avec un nouvel album résolument versé dans l’électro minimal, baptisé Virgin. Son précédent Solar Power (2021) aux côtés de Jack Antonoff présentait une recueil de chansons aux teintes acoustiques, sorte de folk balnéaire qui n’avait pas fait l’unanimité. Elle nous offre cette fois 11 chansons créées aux côtés de Jim-E Stack (Bon Iver, Caroline Polachek) et de Dan Negro à la direction épurée et minimaliste. Elle y aborde les thèmes de l’identité, de la fluidité de genre, de la désillusion amoureuse et de la transformation. Avec des teintes pop des années 2000 et aussi d’indietronica ou même d’EDM/trance, ce nouvel opus redéfinit l’identité sonore de l’artiste. D’une atmosphère ensoleillée, chaude et polie, on finit par passer dans univers plus sombre, froid et brut, propice à un propos plus introspectif.

En ouverture, Hammer donne le ton de l’album avec son ambiance électro-minimaliste, sa techno dans les refrains et son imagerie inspirée du performance art des années 70. What Was That suit avec ses trumpet-synths et ses montages vocaux culminant dans un refrain abrasif, pendant que Lorde nous chante la désillusion inhérente à la fin d’un rêve – assorti d’un vidéo sans artifices. Sur Shapeshifter, une pièce évolutive aux couches de percussions intéressantes, elle fait un retour sur ses phases passées « I’ve been the ice, I’ve been the flame/ I’ve been the prize, the balls and chains » alors que sur Man of the Year, elle partage ses réflexions sur la fluidité de son genre sur un crescendo musical dramatique qui demeure tout de même contenu étant donné la direction discrète. Sur Favourite Daughter, les samples originaux se mélangent à la texture légèrement dissonante de la guitare pour ainsi mettre la table de cette touchante pièce sur la relation avec sa mère. Current Affairs commence tranquillement avec un duo guitare-voix pour évoluer presque vers de l’indie-rock, avec pour invité un sample des Dexta Dats (Jamaique). Sur Clearblue, on a droit à une mélodie vocoder et un choeur robotisé qui vient mettre en lumière la contribution de Jim-E façon Imogen Heap. GRWM, parmi les plus accessibles de l’album avec sa touche R&B, expose ses questionnements sur la vie d’adulte, le beat industriel de la caisse claire fait joliment écho à la claque du propos. Viennent ensuite Broken Glass, traitant du cauchemar de la dysmorphie corporelle, et If She Could See Me Now, aux multiples couches percussives. Enfin, David clôt l’expérience, comme un pont entre Solar Power et Virgin, où l’artiste résume « I don’t belong to anyone », se réclamant de sa recherche artistique unique.

Un album épuré et minimaliste, construit autour de la voix de Lorde. Un album rempli de lentes progressions, qui se déploie à travers ses couches. Un album qui redéfinit la chanteuse; elle y négocie un virage poétique plus introspectif, même si les thématiques y sont parfois abordés un peu en superficie. Un album intéressant, peu conventionnel, bien que l’espace négatif soit si grand qu’il porte parfois à envisager ce qui aurait pu le remplir. Un album tel un journal intime riche qui s’apprivoise lentement,, une fois la singularité et la complexité décantées. Un album qui témoigne de son envie d’être libre et de se réapproprier son identité. Quitte à devoir casser la précédente.

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