MUTEK 2026 : Quel est le son d’un laser dans la Super Galaxy Meow Meow ?

Entrevue réalisée par Ariel Rutherford
Genres et styles : électronique / expérimental / immersion

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Les artistes londoniens Tom Holland (Royaume-Uni) et Wawa (Taïwan/Canada) forment le duo à l’origine du projet audiovisuel Super Galaxy Meow Meow. Le 30 août, dans le conteste du festival Mutek Montréal, ils présenteront en première nord-américaine leur performance Reciprocity, qui utilise des sons générés par laser pour créer une expérience où l’image et le son s’entremêlent totalement. Ils nous donnent un aperçu des détails techniques du projet et des défis créatifs qu’il a fallu relever, avant sa présentation au programme de la série Play2, le dimanche 30 août à compter de 14 h.

PAN M 360 : Salut à vous, ravi de vous parler aujourd’hui.

Tom et Wawa : Ravis de vous parler aussi. Merci de nous accueillir.

PAN M 360 : C’est un plaisir. Commençons par vous présenter : en quoi consiste le projet Super Galaxy Meow Meow et comment a-t-il vu le jour ?

Tom : Tout a commencé parce que Wawa et moi travaillons ensemble. Nous avons participé à de nombreuses créations de spectacles pour d’autres personnes. Puis, nous avons décidé tous les deux que, plutôt que de faire du travail créatif pour les autres, nous aimerions le faire pour nous-mêmes et avoir notre propre projet créatif à développer. C’est ainsi que nous nous sommes associés pour former un duo.

Wawa : Je suis DJ et je fais de la musique depuis un certain temps déjà, et je pense que notre collaboration a commencé lorsqu’un des amis de Tom a organisé une rave à Londres et nous a demandé si ça nous intéresserait de jouer ensemble.

Tom m’a demandé : « Ça te dit de faire un truc en duo ? » C’était dans cet espace artistique, et on disposait de lasers et de projections multicouches. C’était vraiment sympa.

On s’est donc dit : « Oh, ça pourrait être un projet vraiment cool pour nous, d’allier le plaisir à une approche expérimentale, de créer notre propre terrain de jeu expérimental avec ce projet. »

PAN M 360 : Reciprocity, la performance que vous présenterez à MUTEK, est-ce votre premier projet en tant que Super Galaxy Meow Meow ou y a-t-il eu des collaborations précédentes entre vous deux ?

Tom : Je pense qu’on a déjà collaboré auparavant. Mais plutôt dans le cadre de la scène club. « Reciprocity » sera notre première expérience audiovisuelle (A/V) expérimentale à part entière, plutôt qu’un simple spectacle.

PAN M 360 : Reciprocity sera une performance audiovisuelle où le son s’inspirera de la composante visuelle de la performance. Je me demandais d’où venait cette idée ? Le mélange entre l’image et le son me fait penser aux premières expériences visuelles et sonores, comme les bandes sonores de certains films de Norman McLaren, créées en dessinant directement sur la piste optique. Cette idée est-elle née d’inspirations historiques, d’une exploration technique sans rapport avec cela, ou d’autre chose ? Pourriez-vous nous en dire plus ?

Wawa : Elle est née d’une grande curiosité, d’un élan de curiosité. En gros, on s’est demandé : quel son émet un laser ?

Tom : Oui. Une grande partie du travail que Wawa et moi réalisons, en dehors de Super Galaxy Meow Meow, consiste en des visuels qui réagissent au son. Il s’agissait en quelque sorte de renverser la tendance et d’essayer d’obtenir un son guidé par un point de départ visuel, plutôt que l’inverse, comme c’est habituellement le cas.

Nous avons découvert une piste intéressante : lorsque l’on envoie des données à un laser pour lui demander d’effectuer des actions, les informations qu’il reçoit s’apparentent en quelque sorte à une onde sonore. Ainsi, si l’on souhaite dessiner sur une grande feuille laser, ce que l’on fait en réalité, c’est dire au laser : « Je veux que tu dessines un point, et je veux que tu le déplaces d’un côté à l’autre très, très rapidement ».

C’est comme si on se déplaçait sur une grande feuille, et ce mouvement d’un côté à l’autre correspond essentiellement à une onde sinusoïdale. Et on peut utiliser cette onde sinusoïdale et la convertir directement en son.

On s’est interrogés sur toutes ces informations qu’on envoie sans cesse à un laser, ce qui s’apparente en quelque sorte à un son silencieux. Et on s’est dit : dans un grand spectacle, il y a des tas de lasers, et ils sont tous là, à écouter toute cette « chanson » qui se déroule en marge du spectacle, et que personne n’entend à part tous ces petits boîtiers laser. Donc, on essaie en quelque sorte de faire sortir ce son de l’intérieur du boîtier et d’entendre à quoi il ressemble.

PAN M 360 : OK, c’est donc ainsi que vous programmez les lasers pour que cela soit ensuite directement converti en son ?

Tom : Oui. Quand on envoie les informations aux lasers, on en sépare une partie juste avant qu’elles n’atteignent les lasers. Ainsi, un ensemble d’informations va directement au laser, puis on en fait une copie qu’on envoie directement à Wawa.

Et ça devient une sorte d’interaction où l’on crée ces motifs laser qui génèrent un son. Wawa récupère ensuite ce son, l’échantillonne et joue avec, en ajoutant de la réverbération, en répétant le rythme et en le manipulant de toutes ces façons étranges et merveilleuses. Mais ensuite, elle renvoie aussi ce son aux lasers.

Cela crée une boucle où, soudain, j’envoie du son aux lasers au moment même où je reçois ce son de Wawa. Cela affecte également les lasers, et cela devient une boucle de rétroaction continue.

PAN M 360 : Et toi, Wawa, comment travailles-tu avec ce son généré ? Te contentes-tu de récupérer les données générées par les lasers pour ensuite les transformer ? Y ajoutes-tu d’autres sons, d’autres sonorités ? Comment ça se passe de ton côté ?

Wawa : Au départ, il n’y a que le son du laser. Pour ma part, j’utilise Ableton et je le laisse en permanence à l’écoute des lasers. Je ne rééchantillonne pas le son du laser. Je le laisse simplement s’exprimer en direct, en continu. Ensuite, j’utilise des effets pour le modeler et l’apprivoiser. J’ajoute également mon propre son, qui est très minimaliste, plutôt des sons rythmiques, car comme l’a dit Tom, c’est un va-et-vient. Ainsi, les percussions et les éléments que j’ajoute influencent le visuel.

C’est presque comme si nous dialoguions l’un avec l’autre. J’ajoute mes propres éléments, et il y répond. Mais le son principal, ainsi que tous les sons externes ajoutés, sont là pour soutenir le son du laser.

J’utilise également Granulator 3 dans Ableton, qui permet de capturer des sons en direct. Si j’apprécie particulièrement un segment généré par le laser, je l’échantillonne davantage dans un granulateur, puis j’en tire des mélodies. Je dirais que seuls les éléments rythmiques proviennent de sons externes ; quant au bourdonnement, à la mélodie et à la basse, tout est réalisé à l’aide d’effets et de la capture en direct via le granulateur.

PAN M 360 : Pourriez-vous expliquer un peu comment fonctionne le granulateur ? Je ne connais pas bien cet outil en particulier. Et le public non plus, peut-être.

Wawa : Granulator 3, en gros, ça consiste à prendre un extrait audio et à le découper en petits morceaux. Ensuite, on peut lire ces petits morceaux de différentes manières. On peut faire défiler l’échantillon et lire plusieurs petits morceaux, ou bien extraire un petit morceau de l’échantillon audio et n’utiliser que ce son-là.

Donc, ça découpe l’audio en une multitude de fragments. Et ce que j’apprécie particulièrement, c’est qu’il dispose d’une fonction permettant de capturer des enregistrements en direct. C’est la principale raison pour laquelle j’utilise cette version spécifique. Un granulateur, c’est vraiment génial.

PAN M 360 : Je suis curieux de savoir en quoi cette performance collaborative fait évoluer vos pratiques artistiques. En quoi cela va-t-il au-delà de vos expériences précédentes ?

Tom : J’ai déjà travaillé un peu dans la conception de jeux de lumières laser pour différents artistes. J’ai également réalisé des conceptions visuelles pour des artistes. Et il m’est arrivé à plusieurs reprises d’avoir l’occasion de faire un peu des deux pour les mêmes artistes : nous avions un visuel et un jeu de lumières laser qui suivait ce visuel, ce qui est une technique assez populaire en ce moment.

Ce projet va bien plus loin dans la mesure où l’ensemble de l’installation est construite dans TouchDesigner et utilise la nouvelle famille des POP (Point Operators), ce qui est vraiment, vraiment génial. Cela a ouvert un tout nouveau monde, en particulier pour ce genre de combinaison visuels-laser où je peux désormais disposer d’un patch TouchDesigner assez volumineux qui fait tourner de nombreux visuels différents, tous comportant un élément visuel pur, un élément laser et un indice de traçabilité du laser.

Ça m’a poussé à me dépasser de bien des façons, notamment pour la création de ce patch en direct. En cours de route, comme tout cela est relativement nouveau, en particulier avec les POP, nous avons dû surmonter de nombreux obstacles et difficultés imprévus. Il y a eu beaucoup d’échanges avec l’équipe de TouchDesigner, mais aussi avec les personnes qui s’occupent de la partie laser de cette installation, pour résoudre les petits problèmes qui sont apparus.

Et, tu sais, ça a été vraiment passionnant pour moi d’explorer tout ça, d’autant plus que beaucoup de ces éléments sont assez récents.

Wawa : Je pense que pour moi, le son brut du laser a été un véritable défi, car il est vraiment horrible. Et c’est un véritable défi de trouver des moyens de le rendre cool et agréable à écouter, car il peut souvent paraître agressif. Et de le faire en direct. Avant, je me produisais toujours dans un environnement plus contrôlé, où je connaissais la musique et les morceaux que je jouais. Mais ici, je compose essentiellement à partir de ce dont je dispose sur le moment, c’est assez passionnant.

Et le son laser que Tom m’envoie n’est pas toujours le même. Il est différent à chaque fois, car il dépend des effets visuels et des projections laser qu’il crée. Même un léger mouvement suffit à modifier la hauteur ou la tonalité.

Il faut réagir en temps réel. C’est presque comme improviser. Utiliser cette source limitée pour créer quelque chose de musical, en live, ça a été un véritable défi pour moi.

J’ai appris à créer, dans Ableton, des systèmes capables de maîtriser le chaos et de réagir à l’imprévisible, afin de pouvoir y répondre. C’est une nouvelle façon de jouer qui me passionne beaucoup.

Tom : C’était super drôle la première fois qu’on a essayé ça, en se demandant quel son allait produire un laser. On l’a allumé et on s’est dit : « Oh mon Dieu, c’est horrible ! » Wawa a fait un travail incroyable : elle a sculpté et façonné ce son assez brut pour en faire quelque chose que les gens ont vraiment envie d’écouter.

PAN M 360 : Quelle est la part d’improvisation par rapport à la préparation dans votre performance ? Quels sont les éléments dont vous connaissez l’existence à l’avance, la méthodologie que vous avez mise en place, et les moments où vous vous laissez porter par l’instant présent ?

Tom : En réalité, l’ensemble du spectacle est improvisé dans une certaine mesure. Évidemment, tout le travail de Wawa consiste en un échantillonnage en direct et en manipulation audio, et tous les visuels que nous créons sont générés en direct. Même s’il existe un cadre, et même si nous disposons d’un certain nombre de styles visuels que nous explorons tout au long de la performance, tout peut arriver. Et tout ce que fait Wawa sur le plan sonore affecte également les visuels en temps réel ; il y a toujours une sorte de boucle de rétroaction qui s’opère.

Je pense qu’on a désormais mis en place une petite structure, et plus on joue et on se produit ensemble, plus une ambiance, une structure, une sorte de trajectoire, commence à se former entre nous. On sait qu’il y a des images sur lesquelles on veut terminer et des sons qui vont déclencher d’autres images.

Il y a une sorte de structure dans cette folie, mais il y a quand même beaucoup de folie.

Wawa : C’est improvisé, mais grâce à toutes ces répétitions, je peux en quelque sorte anticiper quel type de son laser va sortir. Et j’ai l’impression que, du moins pour moi, ma façon de comprendre et d’aborder la conception sonore repose toujours sur la hauteur, le timbre et le volume. Je dispose d’outils comme un filtre, un modulateur de hauteur ou une réverbération, et je peux modifier ces trois éléments.

C’est improvisé, mais je dispose d’outils de manière stratégique. Quand je sculpte le son, je sais ce que je fais. Et si ça devient trop chaotique, j’appuie simplement sur « repeat », et le son reste le même. Il y a donc des éléments de contrôle que je peux utiliser, ce qui me permet de souffler un peu.

Mais j’ai au total trois canaux de sons laser qui arrivent. Donc, pendant que j’en répète un, il y aura toujours un autre canal pour Tom, car il continue de me répondre. Il pourrait introduire un nouveau son laser et ce processus se répétera.

De plus, comme il s’agit d’une performance, nous avons planifié l’intensité tout au long de celle-ci ; nous ne voulons pas que ce soit simplement le chaos, nous avons donc mis en place une certaine structure. Je vais introduire des sons qui augmenteront l’intensité de l’ensemble.

Je pense qu’on a désormais mis en place une petite structure, et plus on joue et on se produit ensemble, plus une ambiance, une structure, une sorte de trajectoire, commence à se former entre nous. On sait qu’il y a des images sur lesquelles on veut finir et des sons qui vont déclencher d’autres images.

Tom : Par aillleurs, alors que nous sommes tous les deux là, à ajuster les paramètres qui façonnent nos parties et les maintiennent ensemble, tout en avançant dans le set, nous avons aussi une passe que nous pouvons nous lancer l’un à l’autre, dans l’improvisation. Même si nous avons cet élément de vision d’ensemble, nous avons également ces improvisations plus ludiques, qui fonctionnent comme un jeu de questions-réponses entre nous.

PAN M 360 : Dernière question, question ouverte : y a-t-il quelque chose que nous n’avons pas abordé, dont nous n’avons pas parlé au cours de cette interview, qui compte pour vous et que vous aimeriez ajouter ?

Tom : Une chose qui compte pour moi, et qui a été vraiment géniale, c’est tout simplement cette immense reconnaissance envers MUTEK. Pour l’opportunité qu’ils nous ont offerte, pour leur attitude et leur aide dans tout ce projet, leur volonté de nous faire venir tout droit du Royaume-Uni au Canada. Organiser des choses comme cet entretien avec vous, je trouve ça vraiment spécial. Le soutien et la passion dont ces gens ont fait preuve à notre égard tout au long de ce processus ont été extrêmement inspirants. Je trouve qu’ils ont été formidables.

Wawa : Je vais m’attarder un peu sur le titre de la performance, Reciprocity. Pour moi, ce titre est venu avant tout le reste. Je pense que la « réciprocité », en tant que concept, signifie que quoi que nous fassions, il y a toujours un va-et-vient entre nous, surtout dans l’art. J’ai le sentiment que l’art est comme une communauté, et qu’il se construit à partir des gens. Quoi que nous fassions dans le domaine artistique, cela se répercute sur la culture générale. Et j’aimerais que les gens prennent davantage conscience que tout est un va-et-vient. Ce n’est jamais à sens unique.

PAN M 360 : Merci à vous deux pour ces réponses, et merci d’être venus aujourd’hui. Ce fut un plaisir. Tom, Wawa, merci.

Tom et Wawa : Merci, Ariel. C’était vraiment agréable de discuter avec toi.

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