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Immanuel Wilkins, 38 ans, est considéré comme l’un des saxophonistes alto et improvisateurs les plus accomplis de la scène jazz actuelle. Son articulation phénoménale, sa sonorité aux multiples nuances et sa grande créativité font de lui l’un des meilleurs. Mais il n’est évidemment pas une grande star auprès du grand public ; pour l’instant, ce sont surtout les musiciens et les connaisseurs qui l’admirent. Essayons donc de le faire connaître davantage ! Originaire de Pennsylvanie, il vit à New York, où il a étudié à la Juilliard School auprès de Bruce Williams, Steve Wilson et Joe Temperley. Son premier album en tant que leader, Omega, est sorti en 2020 avec le même noyau de musiciens qui a joué au Festival de jazz de Montréal : Micah Thomas au piano, Daryl Johns ou Ryoma Takenaga à la basse, Kweku Sumbry à la batterie. Ces musiciens ont également enregistré le récent album live au Village Vanguard.C’est donc pour cette raison que PAN M 360 vous propose cette interview avec ce grand virtuose afro-américain du saxophone, improvisateur et compositeur. Immanuel Wilkins a généreusement répondu à nos questions, quelques heures avant son excellent concert du 27 juin.
PAN M 360 : Je te connais depuis les années 2010.
Immanuel Wilkins : Oh, d’accord. Tu es donc dans le milieu depuis un bon moment.
PAN M 360 : Oui, on dirait bien ! Tu es donc issu d’une grande lignée de saxophonistes alto.
Immanuel Wilkins : Absolument.
PAN M 360 : Tu sauras mieux le décrire et l’expliquer que moi.
Immanuel Wilkins : Ouais, mec, enfin, ouais, pour moi, je veux dire, ouais, les gens avec qui j’ai grandi… Mon premier coup de cœur, c’était Kenny Garrett quand j’étais jeune, mais ensuite…
PAN M 360 : Un sax alto très puissant.
Immanuel Wilkins : Ouais, exactement, ouais, génial, genre, je veux dire, un son très riche. Ouais, j’ai commencé par écouter Kenny, et ensuite, je suis passé à Johnny Hodges et Ben Webster, et plein de saxophonistes ténors aussi, genre…
PAN M 360 : Johnny Hodges avait un jeu très doux, très différent de celui de Kenny Garrett !
Immanuel Wilkins : Oui. C’était un grand musicien, je l’adore. Et puis, à la fac, j’ai commencé à écouter Ornette Coleman, et Ornette a vraiment changé la donne pour moi. C’était… c’était le meilleur, le meilleur à mes yeux.
PAN M 360 : As-tu eu l’occasion d’assister à des concerts du groupe Prime Time ?
Immanuel Wilkins : Oh, mec, j’aurais bien aimé mais je devais étudier quand j’étais vraiment jeune, mais j’ai étudié avec deux membres de Prime Time.
PAN M 360 : Avec Jamaaladeen Tacuma ?
Immanuel Wilkins : Ouais, ouais, exactement, Jamaladeen, qui était à Philadelphie, et cet autre type, Charles Ellaby.
PAN M 360 : Ouais, je sais, j’ai vu ça, enfin, je suis vieux, donc je les ai vus quelques fois.
Immanuel Wilkins : Oh, c’était génial, ouais, mec, j’aurais bien aimé les voir, mec, c’est un super groupe.
PAN M 360 : Des années plus tard, heureusement, on assiste à un regain d’intérêt pour le jazz et tu fais clairement partie de ce nouvel élan historique dans le monde du jazz après tant d’années.
Immanuel Wilkins : Ouais, tout à fait.
PAN M 360 : Comment te situes-tu dans tout ça ?
Immanuel Wilkins : Je veux dire, je me vois au milieu d’une bande d’amis avec qui j’ai fait mes études, tu vois ? J’ai l’impression d’avoir eu de la chance en déménageant à New York. Rien que les noms de ces gens : Gifton Gellin, Kalia Vandever, Leslie Mock, Joel Ross, James Francis, Jeremy Dutton, pour n’en citer que quelques-uns.Je veux dire, il y avait tellement de gens qui, genre, en arrivant en ville, avaient à peu près mon âge et faisaient de la super musique, et c’était vraiment sympa de pouvoir commencer à bosser avec eux assez tôt, tu vois ?
PAN M 360 : Ouais. Et tu retournes souvent à Philadelphie ?
Immanuel Wilkins : Ouais, tout à fait. J’y passe environ 50 % de mon temps. D’accord, 50 %, merci. J’ai mon appartement à New York, mais je suis tout le temps à Philadelphie.
PAN M 360 : Parlons maintenant de ce que vous présentez lors de cette tournée estivale, après la sortie du Volume 1 au Village Vanguard chez Blue Note Records.
Immanuel Wilkins : Ouais, mec, je veux dire, c’est une période géniale pour nous. J’ai l’impression que c’est la première fois qu’on prend vraiment conscience du temps qu’on a passé ensemble. Tu vois, c’est la première fois qu’on prend conscience de notre ancienneté en tant que groupe. Tu vois ce que je veux dire ? On approche bientôt des dix ans, et d’ici un an ou deux, on en sera peut-être à dix. Je crois qu’on en est à environ huit maintenant. Et je pense, ouais, que cette période marque en quelque sorte un tournant où on a l’impression d’être, tu vois, d’être une véritable entité. On a l’impression qu’il y a une sorte de synergie et qu’il y a, en quelque sorte, un langage entre nous, tu vois, qui relève presque de la télépathie.
Et j’ai l’impression que pour mes trois premiers albums, j’étais vraiment obnubilé par les enregistrements conceptuels.
Mais pour celui-ci, je me suis senti plus libre de faire de la dynamique de l’ensemble le concept même. Tu vois, c’est ça le sens. Le sens, c’est justement la façon dont quatre personnes travaillent ensemble, tu vois. Et donc, ouais, ça a été génial. Ça fait du bien.
PAN M 360 : Si l’on parle de direction artistique et de la voie que vont emprunter votre ensemble et votre propre esthétique dans un avenir, disons, proche… Peut-on s’attendre à quelque chose dans le registre des expressions jazzistiques ?
Immanuel Wilkins : Waouh, c’est une bonne question. Je n’ai aucune idée de ma place dans le paysage du jazz en ce moment, mais j’ai vraiment l’impression d’essayer sans cesse de me réinventer et de me lancer des défis pour faire des choses différentes. Ouais, j’ai l’impression d’être constamment à la recherche de la prochaine étape. Donc, oui, je pense que le véritable objectif, le véritable objectif, c’est d’avoir des gens qui écoutent la musique, qui s’engagent pleinement à l’écouter, tu vois, qui font confiance et qui accordent le bénéfice du doute à l’artiste. Tu sais, je pense que c’est la chose la plus importante qu’un auditeur puisse faire.
On apprend beaucoup en tant qu’auditeur et on apprend beaucoup en tant que musicien de cette manière-là, tu vois, c’est comme ça que j’aime être. Je veux me sentir libre d’expérimenter et de faire, tu vois, des trucs fous, tu vois, sans que ça mette fin à ma carrière, sans que ça m’empêche d’avancer dans ma carrière.
PAN M 360 : Tu sais si bien faire les deux !
Photo by ProductionsNOVAK























