FIJM 2026 | La harpe peut compter sur Brandee Younger

Entrevue réalisée par Michel Labrecque
Genres et styles : jazz / jazz contemporain / soul-jazz

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Le Studio TD était rempli pour assister au concert gratuit de la harpiste Brandee Younger, accompagnée du batteur Allan Mednard et du contrebassiste et bassiste électrique Junius Paul, ce 29 juin à 22 heures. Rapidement, le public s’est laissé envoûter par ce trio très soudé musicalement, qui a débuté le concert par une pièce de Alice Coltrane, celle qui, avec Dorothy Ashby, a introduit la harpe dans l’écosystème musical du jazz, durant les années 60. 

Elle voulait rendre un hommage senti à cette pionnière. Mais aujourd’hui, avec huit albums derrière elle, Brandee Younger a créé son propre style. 

« C’est toujours sympathique et chaleureux de venir à ce Festival de Jazz de Montréal. Le public est exceptionnel », m’a-t-elle confié en entrevue, au lendemain de son spectacle. « Il est très investi dans la musique et, sur la scène, nous le sentons ». 

La musique entendue a été majoritairement constituée de son plus récent opus, Gadabout Season, qui est paru en 2025. 

Comment la harpe est entrée dans sa vie? « Une femme qui travaillait avec mon père possédait une harpe, qu’elle jouait en dilettante. J’avais 11 ans, je jouais de la flûte. Mes parents m’ont convaincue de prendre des cours privés de harpe, pressentant que ça pourrait mener à une bourse d’étude à l’université, si j’étais bonne ». C’est exactement ce qui s’est produit. 

« J’ai vraiment étudié la musique classique, très sérieusement », raconte Brandee. « Mais j’allais souvent voir des spectacles de jazz. À l’école secondaire, je jouais aussi du trombone; il y avait cette attraction pour une musique plus populaire, que j’écoutais à la radio: hip-hop, R&B. Je m’amusais à reproduire ces pièces avec ma harpe ». 

Finalement, elle a choisi de s’affranchir du formalisme de la musique classique, bien qu’elle en écoute toujours aujourd’hui. 

Lors de sa performance au studio TD, cette virtuosité grâce à sa formation s’entend. En même temps, elle utilise des pédales d’effets qui font que sa harpe peut sonner comme un koto japonais, ou encore comme un instrument électrique réverbéré. 

Elle invente sans arrêt de nouveaux sons. Et ses deux fidèles accompagnateurs se fondent parfaitement avec elle dans une subtilité absolue. 

Comment sa musique a-t-elle évolué entre son premier album, The Brandee Younger 4tet, paru en 2014 et Gadabout Season, onze ans plus tard?

« Au début, j’écrivais beaucoup de partitions de cuivres et ça me permettait de me cacher, avec une section rythmique qui jouait fort »,dit-elle en rigolant. « Ma harpe n’était jamais à l’avant plan, alors qu’aujourd’hui, dans une formation en trio, je ne me cache plus ».

Cette transparence était très évidente au Studio TD, lors de longues improvisations de chacun des membres du trio, qui étaient dans un trialogue synergique. Le bassiste, Junius Paul, remplaçait son contrebassiste habituel, Rashaan Carter, mais rien n’y paraissait. 

Parallèlement à sa carrière solo, Brandee Younger adore collaborer avec des artistes de hip-hop. « C’est la new-yorkaise en moi », s’exclame-t-elle. 

« Le hip-hop, c’est une science, c’est de la poésie. Évidemment, il y en a du mauvais, mais quand c’est bon, c’est fantastique ». 

Cette ouverture à tous les styles de musique est la marque de commerce de Brandee Younger. Ce premier juillet, elle célèbre son 43eme anniversaire, ce qui, en principe, lui laisse beaucoup de temps pour innover. 

Sa harpe n’a pas fini de nous parler. 

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