Alt-punk / punk hardcore

OSHEAGA 2026 I Turnstile, fièvre technicolore

par Marc-Antoine Bernier

Il y a quelque chose de singulier chez Turnstile. Héritier du hardcore, le quintette de Baltimore en repousse pourtant les frontières en privilégiant le groove, les mélodies et un esprit de rassemblement rarement associé au genre. Samedi soir, sur la Scène de la Vallée d’Osheaga, cette vision s’est incarnée devant une foule fébrile, confirmant pourquoi Turnstile compte aujourd’hui parmi les groupes rock les plus en vue.

Alors qu’une simple mire de barres colorées occupe l’écran géant, les musiciens rejoignent calmement leurs instruments dans une scène presque minimaliste. En apparence anodine, ce choix visuel tranche avec les codes traditionnellement sombres du punk et du post-hardcore. Le tout est accompagné des nappes de synthétiseurs de Never Enough, pièce inaugurale de leur plus récent album. Dès les premiers accords, cette identité lumineuse et moderne s’impose, tout comme l’impatience de la foule qui attend les premières paroles de Brendan Yates. Lorsque celui-ci entonne les premières paroles, immédiatement reprises par des milliers de spectateurs, l’énergie accumulée éclate enfin.

La transition vers T.L.C. (Turnstile Love Connection) fait instantanément grimper l’intensité. Courte, rapide et sans retenue, la chanson rappelle l’urgence de groupes comme Bad Brains ou Black Flag. Les cris de Yates et l’engagement physique de tout les membres de l’audience donnent le ton à une prestation où chaque morceau semble propulser la foule un peu plus loin dans l’euphorie.

L’un des aspects les plus marquants du concert demeure toutefois sa mise en scène. Plutôt que de privilégier des animations élaborées, Turnstile choisit de placer son public au centre de l’expérience. Les écrans diffusent constamment des images captées au cœur des mosh pits et des circle pits, ainsi que des plans tournés à la caméra portée directement dans la foule. Éclairées par une lumière blanche crue, ces images évoquent l’esthétique d’une vieille caméra vidéo et renforcent l’impression d’assister à un moment spontané plutôt qu’à un spectacle parfaitement chorégraphié. Plus encore, elles mettent en valeur la diversité du public : jeunes adolescents, parents, sexagénaires, tous semblent partager le même enthousiasme.

La setlist, principalement composée de morceaux tirés de Glow On et Never Enough, entretient constamment cet équilibre entre décharge d’adrénaline et moments plus contemplatifs. Des pièces comme Holiday ou Birds déclenchent les plus violents mouvements de foule, tandis que I Care, Mystery ou encore la longue Look Out for Me ouvrent des respirations où les textures plus alternatives, les synthétiseurs et les rythmes dansants prennent le relais sans jamais casser l’élan du spectacle.

Le point culminant survient justement avec Birds, interprétée en clôture. Au moment où Brendan Yates invite la foule à sauter et que des milliers de personnes reprennent en chœur « Finally I can see it / These birds not meant to fly alone », le concert dépasse la simple démonstration d’énergie. Il devient un moment de communion où chacun semble porté par les autres.

En quittant la scène de la Vallée, il restait surtout cette impression d’avoir participé à une immense libération collective. Turnstile ne cherche plus seulement à faire exploser les codes du hardcore : le groupe les transforme en un espace où la rage, la vulnérabilité et la joie coexistent, faisant de cette prestation l’un des moments les plus fédérateurs de la journée.

One of the most striking aspects of the concert, however, is its staging. Rather than relying on elaborate visuals, Turnstile chooses to place its audience at the center of the experience. The screens constantly display footage captured from within the mosh pits and circle pits, as well as shots filmed with a camera held directly in the crowd. Bathed in harsh white light, these images evoke the aesthetic of an old video camera and reinforce the impression of witnessing a spontaneous moment rather than a perfectly choreographed show. Moreover, they highlight the diversity of the audience: young teenagers, parents, and people in their sixties—all seem to share the same enthusiasm.

The setlist, consisting mainly of songs from Glow On and Never Enough, constantly maintains this balance between adrenaline-fueled bursts and more contemplative moments. Songs like “Holiday” and “Birds” spark the wildest crowd reactions, while “I Care,” “Mystery,” and the extended “Look Out for Me” provide breathing room where more alternative textures, synthesizers, and danceable rhythms take over without ever breaking the show’s momentum.

The climax comes precisely with “Birds,” performed as the finale. The moment Brendan Yates invites the crowd to jump and thousands of people sing along in unison to “Finally I can see it / These birds not meant to fly alone,” the concert transcends a mere display of energy. It becomes a moment of communion where everyone seems carried along by the others.

Leaving the La Vallée stage, what remained most of all was the impression of having participated in an immense collective liberation. Turnstile no longer seeks merely to shatter the conventions of hardcore: the band transforms them into a space where rage, vulnerability, and joy coexist, making this performance one of the most unifying moments of the day.

Photos by Benoit Rousseau

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