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Francos 2026 | Dans la « leloupsphère »… dans le Dôme et sa suite

par Alain Brunet

Il y a 30 ans, Jean Leloup rafistolait avec son pote James Di Salvio ses meilleures prises brutes des mois et années précédentes. Éclairs d’inspiration jaillis de la fête, du chaos, de la précarité mentale, de l’alcool, des nuits (et narines) blanches… surtout du talent véritable. Le Dôme était certes hirsute comme l’a toujours été son créateur, 14 chansons moins cohérentes de prime abord, moins que celles de ses opus précédents. Pourtant, cet album demeure aujourd’hui le meilleur de sa discographie jusqu’à ce jour, sauf pour les esprits peu enclins aux vertus bien réelles de la pensée neuro-divergente dans l’art.
Au son rock et pop plutôt classique de La Sale Affaire, ces 14 titres trouvaient leur cohérence, des fleurs magnifiques avaient poussé dans les gravats. On retrouvait alors le mélange parfait entre le monde connu de Leloup et cet éclatement de styles mieux adapté au contexte de 1996, soit l’attirance de l’artiste vers un rock plus arty et plus sale, vers un funk lourd, vers un reggae rock ou même un rap désormais intégrés à son arsenal stylistique. Sans délaisser les contes de la nuit et de ses dérives, la poésie de Jean Leloup s’ouvrait alors à de nouveaux horizons, notamment à cette quête givrée d’un paradis perdu dans la jungle, débusqué au terme d’un long périple sur un “chemin mal dessiné”. On pourrait s’y élever en y ingurgitant des liquides fluorescents et plus encore, raconte la chanson. Prélude à toutes les vallées des réputations qui s’ensuivirent.

J’ai souvenir encore d’un show du Dôme au regretté Spectrum, un des plus concluants donnés par le principal intéressé.
Il y a un soir à peine, dimanche pluvieux du 14 juin 2026, sur la scène principale des Francos de Montréal, la relève dorée et désormais consacrée de l’indie keb avait la tâche d’évoquer cette œuvre désormais jugée mythique. Vincent « Les Louanges » Roberge, Safia Nolin, Zach Zoya, Thierry Larose, le duo Rau_ze, Lou-Adriane Cassidy, Thierry Larose, le trio We Are Wolves et Klô Pelgag étaient ainsi encadrés par le claviériste Alex McMahon et un band de haute tenue avec pour seul participant originel du Dôme, soit l’excellent batteur Alain Bergé qui fut aussi le batteur attitré de la superstar sénégalaise Youssou N’Dour.
Ces concepts hommages comportent certains risques, surtout lorsqu’ils dégoulinent de nostalgie, ce qui n’était heureusement pas le cas en cette soirée pluvieuse accueillant néanmoins une foule considérable sur la Place des Festivals. Ad nauseam, le Québec culturel ne cesse de chercher des mythes modernes avec un corpus plutôt mince vu la jeunesse de cette apparente nation et sa petite population, mais Le Dôme demeure un excellent objet de mythification, un tel fleuron discographique doit être honoré comme ice fut le cas sur la plus grande scène des Francos, le tout parrainé par Ici Musique et animé en direct par l’ex-chroniqueur indie Olivier Robillard-Laveaux, pour l’occasion badigeonné de mascara et affublé d’une étoffe poilue. Prêt pour une transhumance vers Le Dôme!
Grosso modo, les interprètes les plus habités furent à mon sens Vincent Roberge, Safia Nolin, Rose Perron et Zach Zoya. Plus précisément, les 14 classiques se sont ainsi enchaînés :
Le tandem Rau_ze a d’abord fait Pigeon, très correcte version comme le sera plus tard la reprise de Sara. Safia Nolin a été brillante aux côtés de Lou-Adriane Cassidy dans La Chambre. Les Louanges et Zach Zoya ont fait ensemble Le Monde est à pleurer, Les Louanges et et Lou Adriane ont entonné Faire des enfants. Thierry Larose s’est essayé seul sur Le Castel impossible, se joignant plus tard à Safia Nolin et Alexandre Ortiz (We Are Wolves) pour la reprise de l’incontournable I Lost My Baby. Safia unit ensuite son talent à celui de Klô Pelgag pour Sang d’encre. Le trio WAW a fait Vampire, Thierry Larose et toute la bande ont fait Edgar, le show a atteint un autre plateau avec Johnny Go par Zach Zoya et Rose Perron. Après La drop sociale interprétée par le même Zach, Rose Cormier et Klô Pelgag ont entrepris leur marche vers Le Dôme, avec le soutien de tous leurs collègues.
Et puisqu’il fallait une conclusion en « feux d’artifices » pour citer Les Louanges, la foule est sortie du Dôme et a rebroussé chemin jusqu’à 1990, question de se souvenir, au 15e mouvement de ce programme spécial, que John The Wolf fut aussi un improbable et néanmoins réel hitmaker en plus d’avoir gravé notre culture de son œuvre… Et que la suit de son œuvre demeure tout aussi improbable, sauf pour toutes les évocations à venir.

Crédit photo Victor Diaz Lamich

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