Pour clore cette soirée Pop MTL de samedi au Ministère, le public a eu le privilège d’assister à la prestation de Lucrecia Dalt, qui succédait sur scène aux ensembles de Marc-Antoine Barbier et de Masahiro Takahashi.
Figure de la musique contemporaine et expérimentale, l’artiste d’origine colombienne établie depuis plusieurs années à Berlin possède un parcours qu’on pourrait qualifier d’assez singulier.
Ancienne ingénieure civile travaillant dans la géotechnique à Medellín, c’est en découvrant la création musicale assistée par ordinateur que sa trajectoire bascule.
Délaissant ainsi l’ingénierie pour la musique, elle a construit au fil des années une œuvre captivante où se croisent rock expérimental, musique électroacoustique, jazz berlinois, contemporain et sonorités traditionnelles d’Amérique latine. Entre production musicale parut notamment chez RVNG Intl. (Anticlines, No era sólida et ¡Ay! et compositions pour le cinéma et la télévision (The Baby, On Becoming a Guinea Fowl), Lucrecia Delt est une prodige.
Son plus récent projet A Danger to Ourselves (coproduit notamment avec David Sylvian) semble d’ailleurs être une exploration résolument plus intime, où la voix et les instruments surgissent avec une clarté nouvelle. Cette maîtrise et cette sensibilité uniques ont ainsi pu illuminer la scène du Ministère en cette belle soirée de fin de septembre.
Habillée d’une élégante chemise blanche et d’un pantalon noir, Lucrecia Dalt occupait le centre de la scène, encadrée de deux musiciens vêtus de noir, l’un aux percussions et l’autre à la basse/contre-basse. Alors que la machine à fumée enrobait la salle, l’atmosphère évoquait une ambiance feutrée, aux allures de speakeasy ou d’un club de jazz un peu secret. Sur scène, le trio a fait preuve d’une belle virtuosité et de cohérence.
Tout au long d’un ensemble parfaitement maîtrisé, les enchaînements se sont succédé avec naturel, faisant naviguer la foule à travers des ruptures et des glissements de genres.
Alternant entre compositions récentes et titres plus anciens, chantant tantôt en espagnol, tantôt en anglais, Lucrecia Dalt tenait parfois sa guitare acoustique contre elle à la manière des grands interprètes de boléro traditionnel, avant de se tourner vers ses machines et synthétiseurs pour sculpter des textures électroniques au sein de sa musique.
Portée ainsi par un timbre vocal d’une beauté saisissante, Lucrecia Dalt a ainsi déployé ce soir-là une touche musicale à la fois pointue et sensible. Une prestation d’une originalité rare qui, le temps d’une heure hors du monde, aura offert au public montréalais un véritable voyage auditif.
Tiré de sa page Instagram, crédit photo: Lee























