Je débarque aux Foufs sur les chapeaux de roues, pile au moment où je commande une pinte j’entends que ça grouille en haut. Arrivée à l’étage, on sent que le coup d’envoi est fait sous la prudence, porté par une justesse vocale irréprochable de David Bujold qui livre les premières notes de leur tout nouvel opus, Les horribles.
Fuudge ce soir-là c’est la voix et la guitare de David Bujold, Vincent LaBoissonnière aux claviers, Pierre Alexandre à la basse, Olivier Laroche aux drums et un homme vadrouille qui lui, ne joue pas d’instrument.

L’immersion est quand même laborieuse pour moi. Je m’attendais à ce que Bujold muni de sa flying V dégaine dès les premières mesures. Moi qui hésitais à me prendre une canette au lieu d’une pinte, je me dis : Ok je ne renverserai pas ma bière. Puis une fille grimpe comme une guenuche (dans sa définition de femme primate, pas de petite femme très moche) au balcon. Je me dis : ah bin coudon.
Si la pièce Le Mentor perd un peu de sa superbe et ne m’accroche pas autant que lors de mes innombrables écoutes, je suis vraiment séduite par ses arrangements. Les harmonies à la Twist and shout de David et ses musiciens sont géniales. Ce sont des prouesses que j’anticipais simplement parce que l’enregistrement de Mentor sonne à la perfection dans mes oreilles.

C’est quoi, ou qui, Les horribles ? David prend un moment pour nous lire un court manifeste, tout en légèreté. Il y souligne que, sans qu’il l’ait prémédité, cet opus s’avère le plus engagé de sa carrière. Les horribles — de ce que ma mémoire se souvient —, c’est l’Autre lorsqu’il sombre dans la déraison, la monotonie, la méchanceté, la cruauté. C’est cette entité dépourvue d’humanité qui nous guette et finit par en corrompre certains. C’est un monstre. C’est un système. C’est un virus. C’est nous quand on agit de manière horrible.
Cet affront a rendu l’énergie punk nécessaire pour donner un souffle nouveau à la soirée.
Dès lors, je sens que le mellotron s’imbrique beaucoup mieux dans les textures stoner et grunge de la formation. Vincent LaBoissonnière aux claviers donne l’impression de courir partout, mais il arrive toujours à destination à temps. Rendu à Mourir j’aime trop ça, le band a trouvé ses repères et se pose exactement là où il voulait être. Le pionnier, Vincent Peake (Groovy Aardvark / Grimskunk ) débarque armé d’un tambourine, pour venir scander quelques refrains directement dans le micro de David Bujold. Grand moment de communion.
Le feu prend dans la broussaille qui m’entoure. Tout le monde est content.

Des soucis rythmés de sons ponctuent le set d’une manière curieusement mélodique. David accorde sa guitare à répétition pendant les chansons. Par moment je me perds dans mes pensées lorsque Fuudge sonne un peu beaucoup comme du King Crimson ou du Black Sabbath. Je ne suis pas la seule: mon amie Gabby se met à chanter l’air de Iron Man.
Mais le comble survient lorsque le band rejoue les morceaux de son tout premier EP, qui fête ses 10 ans cette année.
De Ju, Man esti qu’la côte est tough à monter à Je sais pas comment faire avec les filles, J’aimerais ben ça aimer ça (mais j’aime pas ça)… De quoi mesurer le chemin parcouru par Fuudge et savourer les grosses tounes qu’ils ne cessent de nous léguer depuis la dernière décennie.
Écoutez aussi cette entrevue de David Bujold donnée à Pan M juste avant le lancement























