La prestation de Dead Obies aux Francos, vendredi soir au Parterre, avait quelque chose de réparateur, au-delà de la simple nostalgie.
Devant une foule compacte malgré la pluie, les quatre membres actifs du groupe sont venus rappeler pourquoi Dead Obies demeure l’un des projets les plus marquants de la musique québécoise des quinze dernières années. Avec Montréal $ud en 2013 puis Gesamtkunstwerk en 2016, le collectif avait redéfini les contours du rap d’ici, imposant un langage, une esthétique et une attitude qui ont largement dépassé le cadre du hip-hop.
La suite a toutefois été plus cahoteuse. Le départ de Yes McCan en 2018 et la sortie de DEAD. l’année suivante avaient laissé l’impression d’un groupe en perte d’élan, loin de la cohésion et de l’ambition artistique de ses premières œuvres.
C’est donc avec une certaine prudence que plusieurs anciens admirateurs se sont présentés aux Francos. L’ouverture sur Tony Hawk a immédiatement réveillé les souvenirs, même si quelques morceaux moins marquants ont ensuite fait craindre le pire.
Puis la magie a opéré.
Do or Die , Running , Montréal $ud et Where They @ ont transformé le site en véritable célébration collective. Ce qui frappait surtout, c’était la présence d’un nouveau public. Une génération trop jeune pour avoir vécu l’ascension initiale du groupe connaissait pourtant chaque parole par cœur, particulièrement celles de Joe Rocca, visiblement touché de constater que ces chansons avaient trouvé une seconde vie. Avec ce sang neuf vient un enthousiasme frais, débarrassé du cynisme et des déceptions qui avaient fini par marquer une partie des anciens admirateurs.
Au fil du spectacle, Greg compare la foule aux guerriers du Gouffre de Helm, rassemblés dans la pluie et la boue pour défendre la Terre du Milieu contre les Uruk-hai. Les gars enchaînent aussi les blagues absurdes en se présentant tour à tour comme Kaïn, Deux Frères ou Jean-Pierre Ferland. Cela a pour effet de renforcer le sentiment que les Dead Obies aient retrouvé ce qui a toujours fait leur force : un mélange de chaos absurde, de performance puissante et d’énergie contagieuse.
L’apothéose est venue avec Explosif! puis Johnny , où les membres se sont partagé avec brio l’imposant couplet de Yes. Les moshpits étaient au rendez-vous, comme au sommet de leur popularité.
Pendant une heure, Dead Obies ont cessé d’être un groupe zombifié, survivant tant bien que mal à un héritage monumental. Le temps d’une soirée, ils ont retrouvé ce qui avait fait d’eux le boys band numéro un du Québec et sont redevenus, à notre plus grande bonheur, tout simplement Dead Obies.























