classique / classique moderne / musique contemporaine

Lanaudière 2026 | Explosion de couleurs et d’émotions grâce à Payare, Weilerstein, Ortiz et Chostakovitch

par Frédéric Cardin

Le concert de samedi soir à l’Amphithéâtre de Lanaudière a donné lieu à un concert épatant, donné par un Orchestre symphonique de Montréal (OSM), dirigé par Rafael Payare, dans une forme technique et expressive redoutable. Au programme : Egmont de Beethoven, Dzonot (un concerto pour violoncelle) de Gabriela Ortiz et la Dixième symphonie de Chostakovitch. 

Avant de lancer la musique prévue, l’orchestre a interprété une œuvre d’Antonio Estevez (1916-1988), Mediodía en el Llano, en hommage aux victimes du tremblement de terre survenu au Venezuela le 24 juin dernier. Le titre, qui signifie Midi dans la plaine évoque efficacement la chaleur enveloppante du soleil tropical, dans un langage élégiaque et bellement lyrique, un peu à la façon d’une partition cinématographique. L’OSM  a pleinement réussi à créer le rayonnement voulu. La musique a été suivie d’une minute de silence entièrement respectée par le public. À noter que la présentation de la pièce a été faite par la violoncelliste Alisa Weilerstein en anglais, en espagnol et en français (très bon). 

L’Egmont de Beethoven a été bâti minutieusement par Payare et ses musiciens, aboutissant à une finale élégamment héroïque, svelte mais adéquatement musclée. 

Dzonot de Gabriela Ortiz (née en 1964) est un concerto pour violoncelle créé en 2024 par Alisa Weilerstein. L’œuvre a d’ailleurs remporté un prix Grammy pour la meilleure composition classique de l’année. On comprend pourquoi. La musique de Ortiz est un véritable feu d’artifice expressionniste qui rend hommage à la nature de son pays. La construction est divisée en quatre mouvements : Luz vertical (Lumière verticale) pour les cénotes (des gouffres très profonds remplis d’eau); El ojo del Jaguar (l’oeil du jaguar); Jade, en référence à la couleur vibrante des rivières souterraines dans certaines régions du Mexique;  et El vuelo de Toh (le vol du Toh) qui évoque le Motmot à sourcils bleus, un oiseau coloré en danger de disparition. 

La partition de Ortiz pulse d’une énergie fébrile. L’orchestre est sollicité au maximum de ses subtilités coloristiques. La difficulté technique est impressionnante et seul un orchestre de premier plan peut lui rendre justice. Ce fut le cas samedi. Payare a soutiré le meilleur de l’OSM et des nombreux passages rythmiquement difficiles. Dans certains passages, on avait envie de danser avec les musiciens. Mais la première étoile du match revient à la soliste Alisa Weilerstein, pour qui la compositrice a tissé des lignes et des décors sonores d’une virulente difficulté. Rien pour ralentir l’artiste étatsunienne, qui a déployé l’immensité de son talent sans anicroche. Dzonot est un véritable bijou d’orchestration, une musique d’aujourd’hui qui sait charmer et oser en même temps, parcourue de traits lyriques, d’épisodes chaloupés et d’élans d’expressionnisme contemporain naturellement intégrés dans la trame narrative. 

Le morceau principal est arrivé après une pause interminable où le chef, prêt à lancer la musique, a dû attendre quelques longues minutes afin que tout le public finisse par se placer et faire silence. Comme on dit, tout vient à point à qui sait attendre, et dans ce cas, tout est venu magistralement. Payare est profondément habité par l’âme de cette musique. Il construit un monde trempé dans la mélancolie et la grisaille, mais puissamment imprégné d’humanité et d’émotions. Les épisodes lents ne sont heureusement pas trop appuyés, ce qui les alourdirait. Ils respirent abondamment et très naturellement. Le chef les guide ainsi vers les passages tempétueux, dans lesquels il déchaîne la puissance de son orchestre. Une puissance paroxystique, mais toujours maîtrisée. La qualité sonore est époustouflante. Notons les solos exceptionnels de tous les vents sollicité à cet effet (flûte/piccolo, clarinette, hautbois, cor anglais, basson/contrebasson, cor).

Un chef d’œuvre absolu interprété à la hauteur de ses intentions. Pour le premier des concerts que l’OSM donnera à Lanaudière, Rafael Payare vient de placer la barre très, très haut. 

C’est avec ce programme (en partie) que l’OSM ira en tournée européenne au mois d’août. Je pense que le public d’Edimbourg, de Varsovie, d’Aarhus et de Hambourg en auront pour leur argent. 

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