Certains commentateurs ont qualifié la musique de la Canadienne Sarah Davachi ‘’d’hybride entre Eliane Radigue et Terry Riley’’. Pour ma part, après l’écoute de The Will of Tongues, je dirais plutôt qu’il s’agit d’un mariage étonnant entre Ligeti et Pärt avec une dose de musique d’ambient déstabilisant.
La méthode davachi est remarquablement cohérente et limpide tout du long de ce très généreux album de plus de deux heures de musique : un minimalisme dynamique qui n’a rien de propulsif. Ce sont au contraire de longues, très longues notes soutenues sur lesquelles oscillent d’autres notes plus courtes, formant des séries d’accords consonants, mais de façon élargie. L’effet est puissamment instigateur de transe contemplative.
Cependant, en raison de certaines harmonies plus étroites, cette transe n’induit pas de béatitude placide en nous, comme dans la musique de Brian Eno, mettons. Davachi est plus exigeante. Elle nous demande de plonger pendant toute la durée des œuvres et de participer activement à l’écoute, de façon à permettre à notre esprit de se libérer des diktats de l’écoute rapide et saccadée que nous impose la culture médiatique contemporaine. Ce qu’elle propose est en vérité presque audacieux, tellement nous avons oublié que l’écoute d’une bonne musique doit prendre du temps. Le temps d’en percevoir attentivement tous les détails et tous les subtils changements.
L’album cherche à exprimer une profonde révérence pour l’acte d’écoute…
Cette collection de musique n’est pas facile à écouter, et ce n’est pas le but – lorsque de longues durées et une réduction des matériaux sont en jeu, l’oreille et l’esprit sont contraints de véritablement affronter la réalité du son lui-même… [C’est] une célébration de l’écoute itérative et de l’engagement extrême, de l’expérience auditive intime et de ses vastes horizons psychiques.
Les morceaux les plus convaincants sont ceux pour chœur. Les inflexions occasionnellement microtonales s’y déploient avec élégance et naturel. Il y également les titres écrits pour orgue qui établissent des atmosphères de recueillement originales, dans l’esprit du minimalisme mystique de Pärt et Tavener, mais encore plus dépouillé en termes de développement textural.
Contre intuitivement, les œuvres pour bois (Interlude V Harmonic, for Woodwinds) et pour cuivres (Interlude II Unison, for Brass) offrent des perspectives surprenantes. Au contraire, quelques œuvres pour cordes déçoivent, comme, par exemple, le duo de The Rose Dialogues, Part I and II qui, à deux fois 23 minutes s’étirent en longueur et manquent cruellement de variété.
Quoi qu’on en pense, la démarche de Sarah Davachi est cohérente, focalisée et réussit plus souvent qu’autrement à offrir des espaces d’écoute engageants.
INTERPRÉTÉ PAR :
THE SUNG BLOOD PLAYERS
Whitney Johnson, alto
Eyvind Kang, alto
Lucy Railton, violoncelle
PHAEDRUS
Liane Sadler, flûte alto
Charlotte Schneider, flûte ténor
Mara Winter, flûte alto
Luis Martinez Pueyo, flûte basse
DIAPASON
Nev Wendell, trompette
Nicholas Ginsburg, cor
Mattie Barbier, trombone
Mason Moy, tuba
CHAMBRE CHOIR IRELAND
dirigé par Nils Schweckendiek
SARAH DAVACHI
sur cinq orgues à tuyaux accordés selon des tempéraments historiques
Sarah Davachi sera en concert aux dates suivantes :
25 septembre | Brooklyn, NY, USA | First Unitarian Church | orgue
8 octobre | Cracovie, Pologne | Kraków Philharmonic Hall / Unsound | orgue + Interludes bois
16 octobre | Venise, Italie | Teatro Goldoni / La Biennale di Venezia | Chanteurs
première mondiale en ensemble avec le Parco della Musica Contemporanea Ensemble
18 octobre | Venise, Italie | Teatro Piccolo Arsenale / La Biennale di Venezia | orgue
22 octobre | Berlin, Allemagne | Gedächtniskirche | orgue + Interludes bois
24 octobre | Namur, Belgique | Église Saint-Loup | orgue
27 octobre | Londres, Royaume-Uni | St James’s Church Sussex Gardens | orgue + Interludes bois
28 octobre | Londres, Royaume-Uni | Église Saint-Jacques Sussex Gardens | orgue + Interludes cordes
30 octobre | Louvain, Belgique | Centre des Arts Stuk | orgue électrique





















