Le guitariste et compositeur torontois David Occhipinti navigue aisément entre le jazz et la musique écrite contemporaine. Looking Glass, pour ceux qui voudraient goûter les savoureuses créations métissées de l’artiste, est probablement un excellent point de départ. Le format choisi par Occhipinti est celui d’un trio à cordes (violon-alto-violoncelle) et guitare (Occhipinti lui-même).
Malgré quelques explorations harmoniques modernistes, fuyantes, la musique d’ Occhipinti a quelque chose d’espiègle et de joueur. C’est le cas des Six Bagatelles qui lancent le programme, ainsi que de Frumious Bandersnatch, une référence à Alice au Pays des Merveilles. Dans les deux cas, la musique semble émaner de divers personnages fantasques, surréalistes. Un côté nargueur se manifeste spécialement dans Frumious Bandersnatch, la pièce la plus substantielle de l’album, à quelque 13 minutes. Dans cette dernière, Occhipinti utilise aussi une guitare spécialement modifiée qui lui permet de générer des sonorités franchement surprenantes, mais surtout parfaitement en synchronie avec l’absurdisme qu’on devine en parallèle avec le matériel source.
Les quatre dernières pièces accueillent des invités spéciaux : Beverley Johnston, scintillante au vibraphone et aux crotales dans Sonyshnyky (Sunfowers); la mezzo Alex Hetherington, d’une belle tendresse dans Sotto le Stelle (la pièce la plus conventionnellement lyrique du programme) et adéquatement impassible dans la truculente You Stepped Out, alors que ses compagnons génèrent fréquemment toutes sortes de bruits dérangeants; et finalement la soprano Charlotte Mundy, bondissante à-la-Swingle-Singers dans Who’s Your Dada?
Le rêve de Gunther Schuller (compositeur du 20e siècle) d’une ‘’troisième voie’’ (Third Stream) entre le jazz et la musique classique contemporaine écrite, est réalisé ici avec une spontanéité très naturelle, que son idéateur n’a jamais cessé de défendre, malgré les nombreux doutes qu’il y avait à l’époque. Là où le militant musical États-Unien forçait parfois trop violemment (et trop cérébralement) les deux genres à se marier, une nouvelle génération en a instinctivement intégré les prémices et réussi à extérioriser tout son potentiel créatif de façon franchement inspirante, je dirais même vraiment authentique. On a fait du chemin depuis les expériences des années 1960, et le résultat est, ma foi, assez heureux.
Looking Glass plaira à tous ceux et celles qui aiment la musique créative sans être forcément expérimentale, et sans se limiter étiquettes stylistiques.
David Occhipinti – guitare
Aline Homzy – violon
Steven Dann – alto
Maria Zachariadou – violoncelle
Invités :
Beverley Johnston – vibraphone, crotales (08)
Alex Hetherington – mezzo-soprano (09, 11)
Charlotte Mundy – soprano (10)






















