période classique

Sous le charme magique de La Flûte enchantée

par Alain Brunet

Les ensembles Caprice et ArtChoral ont amorcé leur saison 2026-2027 en toute éloquence, soit en remplissant la Maison symphonique de Montréal, au grand bonheur d’une majorité absolue de mélomanes présents, le jeudi 10 septembre dernier.

La Flûte enchantée , un opéra en deux actes, fut composé à la toute fin de la vie de Wolfgang Amadeus Mozart. Le musicien était au max de son expertise, sa prolificité et sa vision exceptionnelles tenaient du génie comme chacun le sait, sa disparition prématurée fut tragique en 1791. Inutile d’ajouter que son dernier opéra figure aujourd’hui parmi les chefs-d’œuvre de l’entier répertoire, il est encore joué partout à notre époque mais ses exécutions avec instruments d’époque sont moins fréquentes. 

Ainsi, Matthias Maute a prévu une version concertante de l’opéra avec instruments anciens, une première à la Maison symphonique. Par voie de conséquence, cette exécution excluait décors, éclairages et aussi dialogues parlés – ce qui, de facto, faisait disparaître le personnage Monostatos. Cela étant dit, les solistes et le chœur (ArtChoral) n’excluaient aucunement la théâtralité dans leurs interprétations, le chœur se déplaçait des deux côtés de la scène en formations réduites, ajoutant ainsi une plus-value scénique à cette ambitieuse prestation.

Ainsi, les chanteurs et chanteuses jouent leur personnage sur scène au-delà du chant; l’oiseleur, par exemple, mime la flûte lorsque cette dernière s’exprime, ce qui fait illico réagir l’auditoire.

Le librettiste Emanuel Schikaneder avait imaginé un conte arthurien incluant magie, fantastique, royauté et héroïsme afin que Tamino et Tamina puissent être réunis avec l’aide d’une flûte enchantée pour vaincre les épreuves au scénario, idem pour Papageno et Papagena, pendant que la Reine de la nuit échoue et disparaît dans les ténèbres. C’est, vous vous en doutez bien, le triomphe du bien sur le mal, bref tous les ingrédients réunis dans un conte fantastique inspiré des époques antérieures. 

Fidèle à ses pratiques de médiation culturelle, le chef et directeur artistique montréalais avait prévu des interventions où il expliquait et commentait la trame narrative avec l’humour qu’on lui connaît. Matthias Maute choisit systématiquement de faire une mise en contexte des œuvres exécutées par ses deux ensembles réunis sur scène.

La sélection des solistes a été rigoureuse: Suzanne Rigden campait le rôle de la Reine de la nuit, le ténor Colin Ainsworth incarnait Tamino et la soprano Anna-Sophie Neher Pamina. La basse Matthew Li jouait Sarastro, le baryton Olivier Bergeron et la soprano  Catherine St-Arnaud devenaient respectivement Papageno et Papagena, et sans compter les trois dames et les trois garçons incarné.e.s alternativement par les sopranos Janelle Lucyk et Len Torrie ainsi que la mezzo-soprano Rosalie Lane-Lépine.

La duveté d’un orchestre baroque, adoucie par le bois des flûtes (à bec ou traversière), la conception des instruments à anche et celle des archets induit une relation différente avec les voix des solistes. Les cuivres, eux, restent robustes mais le son d’ensemble s’avère moins éclatant,  riche autrement, et ainsi  mène l’expression vocale à une autre expérience que celle des orchestres avec instruments modernisés à partir de la période classique. La taille de l’orchestre (une quarantaine d’instrumentistes), bien évidemment, concourt aussi à cette relative douceur.

Très agréable son d’ensemble, qui deviendrait certes plus précis au terme de quelques exécutions supplémentaires. Jeudi dernier, les solistes n’avaient pas toustes la même puissance (Suzanne Rigden un peu mince par moments, pour ne citer que cet exemple), ce qui est tout à fait normal, et l’orchestre avait encore quelques menus ajustements à apporter dans certaines séquences pour en maximiser l’intelligibilité vocale.

Bien évidemment, ces considérations mineures n’ont en rien désamorcé l’intérêt du public pour cette exécution très appréciée et  très applaudie.

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