MOBIO passe de l’ombre à la lumière avec « Passport »

Entrevue réalisée par Sandra Gasana
Genres et styles : Afrique / afrobeat / afropop / funk / jazz / reggae

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Les mots qui reviennent à plusieurs reprises lors de mon entretien avec MOBIO sont « béni », « chanceux » ou « privilégié ». La vie a été généreuse avec l’artiste David Mobio, qui a parfois l’impression que tout avait déjà été tracé pour lui et qu’il est tout simplement en train de suivre un chemin. Celui qui a travaillé avec les plus grands noms de la musique tels que Jean Leloup ou encore Lorraine Klassen est enfin prêt à sortir de l’ombre. Pour ce faire, il nous dévoile son tout premier album Passport qui paraitra le vendredi 18 septembre et qu’il présentera le 19 septembre au London Jack, à Québec. Cela dit, il poursuivra ses collaborations avec les autres artistes qu’il accompagne tout en défendant son projet solo. Notre journaliste Sandra Gasana a pu s’entretenir avec lui pour en savoir plus sur son parcours et ce dont il parle dans Passport.

PANM360 : Pour ceux qui ne vous connaissent pas, qui est David Mobio ?

MOBIO : David Mobio est un musicien, un artiste originaire de Côte d’Ivoire, qui est au Québec depuis plus de 25 ans et qui a eu l’opportunité de collaborer avec pas mal d’artistes, que ce soit à l’extérieur du Québec et du Canada mais également aux quatre coins de la planète. J’ai été privilégié. Mais là, David Mobio prend son envol pour s’affirmer comme artiste musicien, auteur interprète et chanteur. J’exclus David de ce projet, et je garde MOBIO, pour le côté un peu plus authentique. David Mobio était dans l’ombre des autres, et là MOBIO ne sera plus dans l’ombre. Je continue à offrir mes services et je collabore encore avec les artistes. MOBIO, c’est une identité que j’assume pleinement, c’est mon nom de famille. Ça me permet aussi de me présenter, de m’exposer au grand jour au grand public pour partager mes sensibilités, mes valeurs, c’est une façon de me mettre à nue, d’être vulnérable, de me faire découvrir et de partager ma personnalité.

PANM360 : Avant le piano, il y avait les percussions ?

MOBIO : Je remercie le ciel pour ce privilège. Mon parcours était déjà tracé, je suis comme un acteur qui a suivi le chemin qui était devant moi. Sans savoir que je finirai comme pianiste ou claviériste, j’ai commencé par les percussions mais c’était par défaut. J’avais un intérêt pour la musique mais à cette époque-là, d’où je viens, accéder à un instrument harmonique, c’était du luxe. À défaut d’avoir accès à un instrument harmonique, les canettes, les boites de conserves de tomates et les branches d’arbre n’étaient pas difficiles à trouver. Pendant que mes parents étaient à la chorale en train de répéter après l’école, moi je les attendais dans la cour en tapant sur des canettes, c’est comme ça que ça a commencé. Jusqu’à ce que le maitre du chœur m’intercepte durant une pause, il avait remarqué que j’avais une sensibilité pour le rythme et m’a intégré dans la chorale. Le clavier et le piano, c’est arrivé un peu plus tard. J’ai une oreille musicale alors j’essayais de me faufiler pour jouer certaines mélodies sur l’orgue de l’église. J’ai commencé à m’assumer comme claviériste mais le fait d’avoir fait de la percussion, ça continue à me suivre parce que les mélodies et la rythmique sont les langages les plus faciles à partager avec l’auditoire. Tout le monde est sensible à la mélodie, à la chose rythmique. Pour moi, je me suis accroché et j’en ai fait mon arme secrète.

PANM360 : Quand est-ce que le projet de faire un album solo est né ? Y pensez-vous depuis longtemps ou c’est un projet récent ?

MOBIO: Disons qu’à la base, je me plaisais à être dans l’ombre des autres, parce que je ne suis pas quelqu’un qui est totalement à l’aise d’être en avant-scène. Mais la musique est un peu spirituelle, ce n’est pas une tangibilité physique nécessairement. Dans mon parcours, mes voyages, j’ai réalisé que la musique est un langage universel. Ce sont juste les notes qui changent, on retrouve les mêmes sonorités aux quatre coins de la planète et cela m’intriguait. Ça a commencé à germer dans ma tête. J’avais des valeurs que je voulais partager, et je voulais que les gens me découvrent. J’aborde des thèmes de tous les jours, mon vécu, je pense que certaines personnes peuvent s’y reconnaitre. Je parle de paix, du respect du prochain, de l’espoir, de la persévérance, ce sont des valeurs qu’on partage tous.

PANM360 : On retrouve de l’afropop, de l’afrobeat, du jazz, du reggae, du funk dans votre album. Vous avez voulu inclure toutes les influences qui vous plaisaient dans ce premier album ?

MOBIO : Oui, je suis privilégié d’avoir touché à tout ça. Je ne me sens pas expert dans tous ces styles de musique mais le fait d’y avoir touché, c’est ce qui m’a rejoint, et c’est ce que j’ai ressenti. C’est comme si tu allais dans un buffet et on te demande ce que tu as aimé le plus dans les plats.

PANM360 : Vous vous êtes auto-produit. Les Productions Shalom, c’est vous en fait ?

MOBIO : Oui, je faisais déjà dans la production d’albums depuis quelques années avec certains artistes, que ce soit au niveau national ici et à l’extérieur. J’offre mes services comme producteur et réalisateur. Et comme la charité bien ordonnée commence par soi-même, moi j’ai commencé par les autres. J’ai eu du plaisir, de l’expérience. Là, je m’offre ce cadeau de mettre à profit toutes ces expériences et mon vécu. C’est de là qu’est né ce projet. J’ai eu beaucoup de soutien, d’encouragement, à commencer par Jean Leloup qui était le premier à croire en moi. Si ça ne tenait qu’à lui, ce projet aurait existé il y a plus d’une décennie mais je n’étais pas totalement à l’aise. Après Jean Leloup, une sœur ivoirienne qui habite ici, Aimée Kassi, a pris les choses en main, elle a mis tellement d’énergie que je n’avais pas le choix que de suivre. Ça a pris du temps, ce sont des années de travail. Il y a eu beaucoup de collègues, que ce soit au niveau musical, des instruments, des arrangements, qui m’ont beaucoup aidé. Je ne l’ai pas fait seul. Même pour l’écriture de cet album, j’ai bénéficié de la collaboration sans relâche de Noël Mpiaza, qui fait aussi dans la réalisation. Aujourd’hui, je suis très bien entouré, que ce soit Guy Langué, mon bassiste qui fait figure d’un de mes premiers mentors. Quand je suis arrivé ici, c’est l’un des premiers musiciens qui m’a accueilli sur la scène locale. Il y a aussi Assane Seck à la guitare, et même des musiciens qui sont de l’autre côté de l’Atlantique, en Afrique, en Côte d’Ivoire. J’ai été chanceux, j’ai eu une belle équipe, de super belles collaborations. Tout le mérite leur revient, moi je suis juste un porte-parole, je suis le visage des mains obscures qui ont travaillé dans l’ombre.

PANM360 : Vous avez déjà réalisé un vidéoclip de la chanson « Jabu Jabu ». Qu’est-ce que ça veut dire ?

MOBIO : « Jabu Jabu », c’est la fête. Fêter sans modération, dans le jargon ivoirien. Si je peux paraphraser un peu, ça parle de quelqu’un qui fait la fête. Pour lui, la vie c’est la fête sans retenue. Jusqu’à ce qu’il frappe un mur. Il réalise qu’il est passé à côté de certaines responsabilités. La fête a causé des conséquences négatives mais peut-être qu’il avait besoin de passer par là pour se recadrer. Dans le monde actuel, ne pas avoir des moments de réjouissance, c’est un peu triste. Mais il faut un équilibre. Malgré qu’il n’ait pas fêté avec modération, en plus des leçons de vie, il a eu un enfant. Il n’était pas parti pour être un père mais aujourd’hui, cet enfant est comme un trophée. Même si tu voudrais retomber dans la fête de façon abusive, tu as une responsabilité sur une base quotidienne pour un bon moment de ta vie. Tu te reconnais dans l’enfant et ça te conscientise un peu. Tu dois être un modèle pour cet enfant. En résumé, prends ce qui a de bon dans le fait de fêter, et rejette ce qu’il y a de mauvais dans le fait de fêter sans modération. C’est ce que j’essaye de parodier en chanson.

PANM360 : Ce morceau est très entraînant. Ça me fait penser au zoblazo de chez vous, en Côte d’Ivoire.

MOBIO : On s’est inspirés de tous ces artistes : que ce soit Meiway, Lokua Kanza du Congo, ou encore Ray Lema. Pour certains, j’ai eu la chance de travailler avec eux ou de faire des interprétations. J’ai été béni par mon cheminement. J’ai été à la bonne école.

PANM360 : Vendredi, le 18 septembre, l’album sort. Je vois qu’il y a un concert le 19. Je pensais que ça serait à Montréal, mais je vois que c’est à Québec. Pourquoi Québec avant Montréal ?

MOBIO : Bonne question. Le titre de l’album est Passport, parce qu’à travers cet album, je veux permettre aux gens de voyager, de s’exiler, de s’évader. J’appelle les gens aux voyages, mais spirituellement et mentalement. Faut que ça commence par moi-même. Alors de choisir Québec, qui n’est pas mon lieu de résidence habituel, c’est déjà un voyage. Je commence par Québec pour partager la bonne nouvelle, mais je vais revenir à Montréal. D’ailleurs, j’ai fait un spectacle à Sudbury en Ontario au mois de février, Québec est la deuxième ville. Et je serai à MUZ en octobre pour les vitrines.

Et aussi, j’avais un bon feeling avec la salle London Jack. Dès que j’ai été dans cette salle, j’ai eu envie d’y jouer. Ça ne m’a jamais quitté. L’accessibilité des salles à Montréal, ce n’est pas évident. Vu que c’est la salle avec laquelle j’ai connecté, je l’ai choisie pour mon concert. Pareil pour le titre Passport, j’ai eu l’idée du nom en 2017 lors d’un voyage en Pologne. Une délégation avait leur programmation sous forme de passeport et je me suis dit que j’allais utiliser ce concept.

PANM360 : On va vous suivre sur les réseaux sociaux pour les prochaines dates.

MOBIO : Je travaille sur d’autres dates à Montréal, pour les trois prochains mois, après MUZ. Vous pouvez me trouver sur Facebook, Instragram et Tiktok.

PANM360 : Dans quel état d’esprit les gens de Québec doivent arriver le 19 septembre ?

MOBIO : Il faut qu’ils viennent l’esprit ouvert, qu’ils viennent pour fêter, pour communier parce qu’on va voyager au travers de mes mélodies. On va s’éclater, on va échanger, on va faire la fête. On sait que l’hiver peut être rude alors en partant de mon spectacle, ils auront de quoi traverser les rigueurs de l’hiver et retrouver le moral, musicalement parlant. La luminosité va commencer à baisser. J’espère qu’avec ma musique, je vais apporter la chaleur, la joie, le bonheur, dans le cœur de tous ceux qui vont être là et qui vont acheter ma musique, que ce soit sur les différentes plateformes.

PANM360 : Quels musiciens vous accompagnent le 19 ?

MOBIO : Mes frères d’armes. Mon neveu Raphaël Ojo à la batterie, Guy Langué à la basse, mon compagnon de tous les jours, mon bon guitariste que nous avons ici à Montréal, et moi-même au clavier et au chant. Mon ingénieur de son, Madiou Diallo, se déplacera de Montréal pour l’occasion. Je suis béni.

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