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Directeur artistique de la Société de musique contemporaine du Québec dont PAN M 360 est partenaire média pour son référencement, le compositeur Simon Bertrand s’exprime ici sur ce qu’il juge pertinent de communiquer au sujet des trois saisons de concerts qu’il vient de passer avec la SMCQ et sur celle qui s’amorce avec Sotto Voce, un programme consacré à la voix, soit le 27 septembre prochain à la Salle Pierre-Mercure.
PAN M 360: Vous êtes en poste depuis octobre 2023. Sur quelle base aviez-vous accepté la direction artistique de la SMCQ? Que vouliez-vous atteindre en début de mandat? Quels étaient les chantiers prioritaires ?
Simon Bertrand: Il faut d’abord rappeler que je dirige aujourd’hui un organisme que j’ai pourtant souvent critiqué dans le passé. Je pense que c’est plutôt bon signe et même sain de la part d’un organisme d’ouvrir ainsi la porte à quelqu’un qui l’a critiqué ! D’ailleurs, j’ai toujours pensé que dans la vie, il y a un moment pour protester, mais aussi un moment pour faire les choses. J’ai donc senti qu’était venu pour moi le moment d’essayer de faire une différence concrète en acceptant ce défi, qui n’est pas des moindres! J’avoue que parfois, ma vie tranquille de compositeur me manque.
Pour les défis et priorités , il ne faut pas oublier que le monde de la musique de création aujourd’hui est extrêmement différent de celui des années 60 qui a vu la naissance de la SMCQ. Avant, on considérait que l’art était en soi un geste politique, engagé et revendicateur, mais il y a une prise de conscience aujourd’hui des enjeux sociaux et inégalités qui existaient à l’intérieur même de notre propre écosystème musical, ce qui nous oblige à prendre des mesures concrètes. Je crois que c’est un passage obligé pour le milieu musical. Mais cet effort doit être fait de manière intelligente, artistique et surtout sincère., et non pas seulement dans le but de pouvoir « cocher des cases » dans les demandes de subventions gouvernementales.
PAN M 360: Votre véritable travail de direction artistique fut observable pour les deux dernières saisons. Parlons d’abord de la saison 2024-2025, avec la tenue du festival M/NM en février 2025.
* Pouvait-on alors conclure à un tournant pour la SMCQ?
* Quelles furent vos principales réalisations durant votre première « vraie » saison?
Simon Bertrand: C’est en effet en 2024-25 que fut la première saison que j’ai pu programmer moi-même : un effort particulier a été fait cette année-là envers les compositrices, notamment avec trois portraits (Sariaaho, Lizée et Morlock) et dans la programmation du festival MNM 2025, et aussi envers la relève, autant chez les jeunes compositeurs commandés ( plus d’une dizaine ! ) que chez les interprètes ou ensembles invités.
Cet effort envers la nouvelle génération, qui fut si facile en fait, vu l’abondance du talent en présence, était aussi très présent lors du 60e anniversaire de la SMCQ en 2025-26, avec beaucoup de jeunes, solistes, ensembles et compositeurs.
Mais j’ai aussi voulu rendre hommage à quelques « doyens » qui ont quand même, avec beaucoup de courage et de conviction, réussi à créer un milieu pour la musique de création au Québec dans les années 70. Regarder à la fois le passé et l’avenir en même temps n’est pas toujours une tâche facile, mais à mon avis nécessaire.
PAN M 360: La saison 2026-27 sera beaucoup plus intense que la précédente, avec le retour du festival Montréal / Nouvelles Musiques (M/NM). Commençons par le programme d’ouverture, consacré à la voix. Sotto Voce réunit 3 sopranos, Magali Simard-Galdès, Élisabeth Boudreault et Marianne Lambert, qui interpréteront des œuvres de Marc Hyland, Bruce Mather, Claude Vivier et Sébastien Goulet, sous la direction de Cristian Gort avec l’ensemble de la SMCQ.
Simon Bertrand: Ce concert a été construit autour de Bouchara, de Claude Vivier , une sorte de classique aujourd’hui qui, autant que Lonely Child , a influencé toute une génération de compositeurs. De manière générale, il me semble y avoir vraiment un extraordinaire savoir-faire à travers plusieurs générations de compositeurs , en ce qui concerne l’écriture pour la voix au Québec. C’est cette richesse et cette sensibilité singulière que nous permettra à mon avis de ressentir ce concert à travers les œuvres de Marc Hyland, Bruce Mather , Claude Vivier et le jeune compositeur Sébastien Goulet, à qui la SMCQ a commandé une œuvre tout spécialement pour ce concert. Car pour nous, commander des œuvres, c’est l’élément d’incubation essentiel et vital à la création musicale. Nous avons d’ailleurs commandé plus d’une vingtaine d’œuvres depuis mon arrivée, certaines accompagnées de cadres spécifiques de création telles que des résidences.
PAN M 360: Après la grande réussite de son édition 2025, Montréal/Nouvelles Musiques sera présenté en février 2027. C’est le grand coup biennal de la SMCQ, sa plus importante vitrine en tant que producteur et diffuseur.
* Quel sera le contexte cette fois?
* L’angle de programmation?
* Peut-on avoir un avant-goût?
Simon Bertrand: En 2026-27, le thème de MNM sera Les Amériques: de Tierra del Fuego au Nunavut et ouvrira cette fois-ci la porte vers une grande diversité culturelle, qui est la caractéristique des Amériques, chose particulièrement précieuse en ces moments très troubles au niveau politique au sud de notre frontières.
On y verra notamment une grande présence de l’Amérique du Sud, et plusieurs grands concerts portés et conçus par des artistes autochtones. Il y aura plus d’une douzaine d’œuvres en création mondiale, et une très grande diversité de concepts et instrumentations proposées; ça ira de la performance électroacoustique intimiste au grand orchestre, en passant par les ensembles de musique de chambre, le jazz et l’opéra.
Tel qu’en 2025, le but sera de s’assurer que chaque concert, chaque soirée soit une expérience musicale différente et que la diversité des esthétiques et des approches musicales soit au rendez-vous. Car pour moi, la question de la représentativité des forces en présence d’une vitrine importante comme le festival Montréal / Nouvelles Musiques est une chose essentielle.
PAN M 360: Quel est votre lecture de la conjoncture actuelle, en tant que compositeur et directeur artistique de la SMCQ?
Simon Berrtand: Le milieu de la musique de création au Québec est plus riche et diversifié que jamais . Mais aucun individu ou organisme ne peut prétendre pouvoir jouer tout seul au sauveur et régler tous les enjeux auxquels nous devons faire face, qu’il s’agisse de créer un milieu plus équitable, ou d’améliorer nos conditions de création et de diffusion. C’est avec un effort collectif entre les intervenants du milieu, dénué de toute forme de lutte de pouvoir, que notre milieu pourra avancer, s’épanouir et se créer de meilleures conditions de travail et une plus grande diffusion. L’union, plus que jamais, fera la force dans les prochaines années qui seront critiques.






















