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Les fans les plus fervents de remue-méninge rock connaissent fort probablement Nüshu, mais élargissons le cercle de ses amis à l’occasion de cette vitrine mise de l’avant par le GAMIQ, le Gala alternatif de la musique indépendante au Québec. Cet ainsi que GA, la Série de shows sert de mise en bouche pour le Gala prévu le 29 novembre prochain.
Cette programmation menée par le GAMIQ souligne en outre la parution du 3e zine GA et coïncide avec le dévoilement de la Grosse Liste 2026 des artistes inscrits, sans compter une sélection des lauréats des années précédentes, des nommés ou des candidats de la nouvelle cuvée.
Le quatrième concert est prévu ce mercredi 9 septembre à la Sala Rossa, Videoville et Martlet partageront la scène avec Nüshu, constitué de Lydia Champagne (batterie, percussion, piano, voix), Navet Confit alias Jean-Philippe Fréchette (guitares, wurlitzer, claviers, piano, percussion, voix), Jerry Lee Boucher (guitares, claviers, piano, percussion, harpe, voix) et Jessica Pion (voix, basse, percussion, harpe, flûte, textes) .
Le plus récent album de Nushü, Rétrograde, a été lancé en 2023 mais plusieurs gagnent encore à le découvrir et aussi se mettre à jour avec le nouveau matériel du band. Voilà qui justifie cette interview de Calamine, réalisée par Alain Brunet.
Photo: Rémi Deschenes
PAN M 360: Quel est le lien entre la signification originelle de Nüshu, un système d’écriture utilisé exclusivement par les femmes du Jiangyong en Chine? Peut-être n’y a-t-il aucun rapport mais.. la Chine m’intéresse!
Jean-Philippe: Il y a bel et bien un lien mais les membres d’origine sont meilleur·es que moi pour l’expliquer…
PAN M 360: Vous savez qu’il y a plusieurs Nüshu, Nushu et autres Nu-Shu dans le répertoire discographique mondial ?
Jean-Philippe: En effet. C’est peu pratique pour les métadonnées mais on s’en sort encore. On a pensé quelques fois changer de nom. Peut-être pour le prochain album?
PAN M 360: J’écoute un album de 2023. C’est punk, mathcore, post-rock, psycho-pété, prog lointain et des textes en FR . Qui dit mieux ? Comment identifiez-vous vos propres référents dans ce projet ?
Jean-Philippe: Nous avons un penchant clair pour le noise rock, les dissonances et la musique rythmée. Nous rions beaucoup en studio, c’est important. Le son du band est assez fidèle en live à ce qu’on entend sur album. Je n’irais pas jusqu’à utiliser le terme mathcore même si nous faisons parfois des mesures composées, des changements de mesures; ça reste somme toute assez simple à suivre – du moins pour nous.
PAN M 360: J’ai cherché sur le web, pas trouvé autre chose. Avez-vous pris une pause de ce projet avant de reprendre du service ?
Jean-Philippe: C’est vrai que depuis l’album hippo-homonyme de 2023 nous n’avons rien sorti (excepté un morceau noise pour une compile); nous sommes toustes très occupé·es à divers projets, pas que musicaux. Nous avons tout de même continué à faire des shows ici et là ces dernières années, quand c’était possible. Un nouvel album est enregistré, en mixage en ce moment, et nous avons bien hâte de le présenter en 2027! Nous en ferons d’ailleurs quelques morceaux ce mercredi.
PAN M 360: Navet Confit (ton célébrissime pseudo) ne fait pas toujours des projets aussi rugueux, ou encore ne l’ai-je pas écouté depuis un moment. Raconte-moi Navet, qu’est-ce qui t’a mené à Nüshu ?
Jean-Philippe: Nüshu est pour moi un projet d’amitié, qui n’a pas de visées de commercialisation ou de plan d’affaires. Ce projet me ramène à l’amour de la musique, ce que je recherche de plus en plus avec l’âge. Lydia parlait de badminton et je trouve que l’image est bonne : nous sommes quatre ami·es qui nous retrouvons le mardi soir pour notre soirée badminton. Pour le côté rugueux : même si j’ai délaissé le punk depuis 2015 après mon album LOL (2015), il y en a encore un peu dans mon répertoire (comme dans Désolé Mouvement Geste, 2024, par exemple, mais qui penche plus vers le noise shoegaze). C’est comme si Nüshu venait combler mon besoin de distorsion, de bûchage et de uptempo. J’utilise désormais le bruit différemment dans mes propres créations, de façon plus molle.
PAN M 360: Comment voyez-vous les textes de Jessica Pion, bassiste et chanteuse chez Nüshu ? Comment les mots arrivent-ils là-dedans ?
Jean-Philippe: Les mots arrivent tard dans le processus, on les découvre souvent lors des séances de voix en studio. Et on est parfois surpris parce qu’on entendait autre chose en répète, en “hallucinations auditives ». Ça donne d’ailleurs lieu à des titres, ces “hallucinations”. Le titre de notre album Sexe Étranger vient de là : Jerry, Lydia et moi on entendait que Jessica répétait ces mots dans une chanson. Mais quand on le lui a demandé, elle nous a dit que ça n’avait aucun rapport avec ce qu’elle disait.
Jess(ica Pion) fait un gros travail d’écriture, et aussi de coordination mains-voix; quand nous composons, elle doit s’assurer, même sans avoir les mots, que des bouts de la structure musicale lui permettent de chanter. Donc, il faut qu’elle laisse des sections où la basse est plus minimale.
PAN M 360: Toujours en formule quartette ?
Jean-Philippe: comme Lydia l’a déjà dit, Nüshu joue parfois en trio sans moi lorsque mon horaire est trop chargé.
PAN M 360: L’instrumentation est vaste, guitares, basse, batterie, keys, beaucoup de pédales et des samples. Comment travaillez-vous ensemble ? Tout le monde compose ? Tout le monde arrange ? Tout le monde produit ? Comment ça se passe ?
Jean-Philippe: Tout le monde compose, oui, et tout le monde arrange aussi. C’est un projet très démocratique. En studio Jerry et moi nous chargeons de l’enregistrement, et c’est Jerry qui mixe. Nous sommes très autonomes à ce niveau.
PAN M 360: Connaissant Navet, j’imagine que Nüshu a changé depuis l’enregistrement que j’ai entre les oreilles. Où en êtes-vous aujourd’hui? Qui jouera quoi mercredi à MTL ?
Jean-Philippe: J’ai un peu de mal à avoir du recul, surtout que j’ai beaucoup écouté les nouvelles pièces dernièrement, à cause du mixage. Ça ne sera pas un changement drastique mais il y a quand même une évolution. Entre autres il y aura une seconde voix féminine sur l’album, et aussi un peu plus de machines, que j’apporte maintenant live. En studio on a souvent dit que c’était notre album le plus doux ET le plus violent en même temps.
PAN M 360: Ce spectacle est une vitrine du GAMIQ, m’a-t-on dit. Qu’est-ce que ça fait de perdurer dans les réseaux alternatifs ? Que pensez-vous de cette occasion offerte par le GAMIQ?
Jean-Philippe: On est toujours content·es de collaborer avec le GAMIQ, qui fait un travail essentiel. La musique indépendante est très peu couverte de nos jours, rien à voir avec le début des années 2000, et c’est important que quelqu’un continue de recenser et d’archiver tout ça. Nous avons une scène underground magnifique et très diversifiée, qui n’a malheureusement pas toujours les moyens de ses ambitions. Ça force tout le monde à être plus créatif.























