Il fallait deux artistes de l’audace sonore comme Radwan Ghazi Moumneh (Jerusalem In My Heart) et Réka Csiszér (Bitter Moon) pour oser accoler une trame sonore au film Le Révélateur de Philippe Garrel, sorti en 1968. Un film en noir et blanc, sans dialogue et sans musique à l’origine, dans lequel on suit un enfant de quatre ans et ses parents, sans réelle prise ou assise dans la réalité. Des situations sans véritable cohérence s’enchaînent dans des plans et des atmosphères oniriques, intrigantes et même inquiétantes. Parfois, les parents courent dans une forêt nocturne. Ensuite, l’enfant joue avec une poupée épinglée au mur. Plus loin, l’enfant avance dans un tunnel faiblement éclairé et se dirige vers sa mère, nue. Etc. Du David Lynch avant David Lynch, et même un peu plus encore.
Moumneh et Csiszér construisent des nébuleuses sonores au gré de manipulations synthétiques et acoustiques. Voix exotiques, nuées timbrales électroniques et planantes, rebab, buzuk, violoncelle (pour les instruments physiques), les ajouts musicaux du duo montréalais ‘’fitte’’ parfaitement avec les images totalement étranges du film. Mieux, elles apportent au tableau d’ensemble une sorte de cohérence holistique bienvenue, une âme qui demandait à être révélée.
Cela dit, pour profiter pleinement de la symbiose proposée, il faudrait avoir la chance de voir le film avec la musique. Je n’ai eu la possibilité que de regarder le film en streaming, et d’écouter l’album ensuite. J’ai tenté de superposer les deux, mais le chronométrage précis des plages sonores vis-à-vis les scènes visuelles n’est pas indiqué. Quelle est l’intention des artistes? Peut-être n’y a-t-il aucune velléité d’union entre les deux? N’empêche, le concept serait très intéressant.
En attendant, saluons une sortie hyper nichée mais authentiquement exploratoire, et profondément créative pour le label Asadun Alay.






















