Quoiqu’on pense du folk punk ou du bluegrass festif du Quebec Redneck Bluegrass project, assister à un de leur spectacle rend toute critique désuète ou inutile. Le groupe saguenéen, créé en Chine en 2006, a enflammé la salle MTelus, a sécrété des endorphines musicales dans un amphithéâtre quasi rempli.
En moins de deux chansons, le public, largement composé de vingtenaires et de trentenaires, dansait, claquait des mains et chantait à tue-tête. Le party allait durer près de 90 minutes, non stop.
Il y a quelque chose dans l’énergie du groupe, composé du compositeur JP Le Pad, de la violoniste Madeleine Bouchard, du mandoliniste Nicolas Laflamme et du contrebassiste François Gaudreault – en caleçon et bedaine à l’air- qui rappelle les Cowboys fringants. Mais en mode plus « alcoolisé », si je peux utiliser cette métaphore. Cela dit, point besoin de consommer quoique ce soit pour être emporté dans ce tourbillon, bien que leur avant dernier album s’intitule J’ai Bu.
Le QRBP est un phénomène populaire fascinant: ce groupe s’auto produit de façon indépendante, invite son public à fêter, à célébrer la vie, malgré ses aspects parfois difficiles. Le public semble se rassasier de cette authenticité. Et le mélange de bluegrass et de folk, avec des touches de punk, fonctionne à plein régime.
Beaucoup de pièces du récent Qu’acoustis-j Qu’ouïs-je Qu’entends-je ont été livrées, dont P’us d’planète, une chanson grivoise qui évoque la disparition de notre planète. Car c’est ça aussi le QRBP: une description du quotidien ou le ludique et le lucidité se côtoient. Avec des refrains comme : « Essaie d’élever des enfants par icitte » ou « On vend tu tout pis on crisse notre camp ? », qui posent des questions sur le sens de la vie, avant de relancer le party.
En première partie, Alice Bro a, elle aussi, enflammé la salle. La banjoïste, avec une grosse caisse sur son dos, était un complément parfait au QRBP. La jeune femme de Terrebonne décrit sa musique comme du « folk sale ». Dès le début de sa prestation elle a demandé au public: « Êtes-vous prêt à virer chaudaille avec nous? ».
Son premier album complet s’intitule 100 Filtres, en hommage à la cigarette, qui inclut des titres comme Lequel tu liches et Mange moi donc.
Alice Bro, qui compte parmi ses influences Bernard Adamus, Plume Latraverse et Mike Ward, aime provoquer. Tout en faisant parfois réfléchir.
Alice Bro est un OVNI étrange, qui semble avoir trouvé son public. Accompagnée d’un violoniste étonnant, d’une section de cuivres et d’un accordéoniste, en plus de la contrebasse, le « folk sale » d’Alice Bro s’est transformé en musique de cirque, avec des couleurs balkaniques, qui apportaient une touche de complexité musicale dans cette ambiance résolument festive et pas politiquement correcte pantoutte!
De tout évidence, le public a apprécié sa soirée. En cette époque incertaine, pourquoi pas « virer chaudaille » en attendant qu’il n’y aie « P’us d’planète » ?
Crédit photo: Productions Novak























