Pour le 40e anniversaire du Festival Nuits d’Afrique, les organisateurs ont décidé de consacrer le spectacle de 19 h aux artistes féminines. Cette année, la série a débuté avec Suraras dos Tapajós, un groupe musical féminin autochtone de la région de Pará, au Brésil. Accueillir ce groupe a été un véritable privilège pour les Montréalais. Il est rare d’avoir l’occasion d’écouter de la musique traditionnelle amazonienne, une région que beaucoup d’entre nous n’ont jamais visitée. Pourtant, nous reconnaissons qu’il s’agit de l’une des forêts tropicales les plus importantes de la planète, aujourd’hui menacée de déforestation, ce qui a de graves conséquences pour les communautés autochtones, la biodiversité et le climat mondial.
Le groupe est monté sur scène vêtu de ses vêtements et coiffes traditionnels. L’une des membres jouait d’un petit instrument à vent en céramique appelé « ocarina », qui imite le chant des oiseaux. Tandis que chaque femme prenait place et son instrument, je ne pouvais m’empêcher d’imaginer ce que serait ce concert sur leurs terres, au cœur de la forêt. Chacune se donnait corps et âme. Leur musique portait en elle leurs racines et leur engagement à défendre les droits et le territoire des femmes autochtones. Le groupe a rapidement instauré une ambiance festive. Elles ont invité le public à former une roda, un cercle de danse, où chacun pouvait se joindre à la danse. La communauté brésilienne rayonnait de joie ; les danseurs se reconnaissaient, s’enlaçaient et partageaient un moment de communion.
Au beau milieu de leur prestation, le ciel s’est couvert et le vent s’est levé. Plus tôt dans la journée, la fumée des feux de forêt au Québec et en Ontario masquait presque le soleil. Le concert de Suraras dos Tapajós avait été annulé à cause des risques de foudre. La pluie s’est mise à tomber, apportant un soulagement bienvenu à la chaleur, mais nous laissant déçus de ne pas avoir pu assister à la fin du concert. Face à ce revirement soudain, je suis retournée à l’Amazonie que j’avais imaginée. Chaque été, les feux de forêt semblent se multiplier ici au Canada, touchant malheureusement les communautés autochtones. À l’instar des communautés amazoniennes confrontées à la dévastation environnementale, de nombreuses nations autochtones du Canada sont également touchées de manière disproportionnée par des feux de forêt de plus en plus violents, devant faire face à des évacuations, à des menaces sur leurs territoires et à des perturbations de leur vie culturelle et quotidienne. À cet instant, la distance entre l’Amazonie et le Canada me paraissait bien plus faible.
Heureusement, le lendemain, Suraras dos Tapajós a animé un atelier où elles ont expliqué que le groupe était issu d’une organisation communautaire. Le groupe musical est leur projet principal ; cependant, elles mènent également des projets bioéconomiques et de production textile. Le groupe est spécialisé dans le carimbó, principale manifestation culturelle de la région : une danse ancestrale centrée sur le tambour du même nom, qui mêle traditions indigènes et africaines. Pratiqué en cercle, réunissant musiciens et membres de la communauté, le carimbó contribue à perpétuer la culture à travers des chants évoquant la vie quotidienne, la nature et la spiritualité.
Le groupe a pu se produire à nouveau, cette fois-ci au sol, où la distance entre la scène et le public s’estompait, ne laissant place qu’à un cercle partagé de musique et de mouvements. Nous avons tous formé un cercle et avons été invités à rejoindre la roda, à revêtir leurs jupes et à danser ensemble, guidés par l’un des membres. J’ai beaucoup apprécié ce moment plus intime avec le groupe, car il nous a permis d’établir un lien plus direct et de vivre cette tradition de plus près. J’aurais seulement souhaité avoir plus de temps pour parler de la situation sur leur territoire, de la manière dont nous pourrions amplifier leur engagement envers la protection de la forêt amazonienne et de la façon dont leurs luttes font écho à ce qui se passe ici, au Canada. Alors que les feux de forêt continuent de nous rappeler que les forêts canadiennes sont elles aussi menacées, j’espère que nous aurons davantage d’occasions de tisser ces liens, car c’est là que commencent la compréhension – et l’action.
Photo Credit: André Rival























