Gab Bouchard a transformé les Francos en véritable défouloir collectif — une foule compacte, remplie à rebord, déjà conquise avant même la première vraie montée. Dès les premières minutes, petit moment de flottement : il semble chercher ses mots, il marmonne et puis se lance à fond dans la performance. Loin de casser l’élan, ça humanise le moment. Puis, rapidement, tout se place. La voix devient claire, solide, portée par une foule en extase qui chante comme si chaque refrain lui appartenait.
Sur scène, ça respire le plaisir. Pas de discours prémâché, pas de posture calculée : Gab Bouchard est terre à terre, présent, sincère. Il joue, il s’amuse, et ça se sent. Chandail fleur de lys sur le dos, il incarne une forme de fierté simple, jamais lourde. Et autour de lui, le band suit avec une cohésion impressionnante — un groupe “cool” au sens pur, capable de passer du tight au presque free jam sans perdre le fil.
Musicalement, le spectacle navigue dans un territoire riche et éclaté. Il y a du Cowboys Fringants dans l’ancrage folk et rassembleur, mais aussi quelque chose de plus éclaté, presque expérimental. Un harmonica qui rappelle Dylan avec son contrôle des notes impeccable. Des touches de synthé qui rappellent Genesis, des moments où ça décolle dans une énergie “Dylan goes electric”, croisée avec un côté plus théâtral, crié, expressif — quelque part entre Bowie dans sa période Spider from Mars et un rock bien sentie.
Et le public, justement. Des moustaches partout dans la foule, clin d’œil affectueux devenu symbole de ralliement. Ça tape des mains, ça hurle, ça porte chaque montée. Il y a une reconnaissance palpable dans l’air — comme si l’artiste lui-même était encore un peu surpris, presque ému, de se retrouver sur cette grande scène, devant cette marée humaine.
Le final arrive avec une énergie digne de Tom Petty and the Heartbreakers : direct, fédérateur, imparable. La foule en redemande. Un rappel s’impose. Et quand “Pleure baby pleure” retentit, c’est l’explosion finale — un moment suspendu, collectif, chargé d’émotion.
Un show imparfait, vivant, profondément humain. Et surtout, un show qui appartient autant à Gab Bouchard qu’à la foule qui l’a porté toute la soirée.
Crédit photo: Productions Novak























