Après trois albums, Yard Act a enfin cessé de composer ses morceaux entre deux trajets en bus de tournée pour commencer à les créer ensemble dans une même pièce, en direct, tous les quatre respirant le même air. La différence s’entend : le son est plus décontracté, plus puissant et moins « collage ». Ce qu’on n’entend pas vraiment, en tout cas pas de manière constante, c’est l’ancienne touche de danger.
You’re Gonna Need A Little Music s’ouvre sur James Smith qui pose les règles comme un videur dans une boîte où personne n’est sûr de vouloir entrer : assieds-toi, tais-toi, écoute, ou éteins ça. C’est un bluff audacieux. L’album le confirme en grande partie. Cherophobe Rock se pavane comme s’il régnait en maître sur le quartier. Thrill Of The Chase possède ce groove tendu comme un ressort qui a fait de Payday un classique des soirées dont on imite encore les passages aujourd’hui. Et « Janey Said » montre Smith à son meilleur — sardonique, conscient de lui-même, allergique à sa propre tribune même lorsqu’il y monte.
Mais une douceur s’insinue peu à peu aux marges, là où elle n’existait pas auparavant. Alors que The Overload donnait l’impression de sourire narquoisement avec un couteau derrière le dos, et que Where’s My Utopia? transformait ce sourire en piste de danse éclairée par des stroboscopes, cet album mise plus souvent sur le charme qu’il ne montre les dents. Des morceaux comme New Beginnings et Redeemer dérivent dans une agréable brume mid-tempo — une bonne compagnie, mais que l’on oublie dès le lendemain matin. L’ironie centrale de l’album, à savoir qu’un groupe aussi obsédé par la parole ne peut s’empêcher de nous faire la leçon sur l’écoute, tombe un peu trop à plat au moment où Talky Talky People arrive.
Tout cela n’en fait pas pour autant un mauvais album. C’est un bon album, parfois même excellent par moments de quatre minutes. C’est simplement un album qui connaît un peu trop bien sa propre formule et qui s’y fie un peu trop.























