Psyops ou pas, je me cale sur les marches de style Colisée romain de la scène Forêt, prêt à voir Geese faire ce que Geese fait. Je suis quand même surpris que ce ne soit pas plein à craquer. Faut croire qu’une bonne partie du public d’Osheaga a préféré aller hurler en chœur avec Twenty One Pilots. Bon, chacun ses choix… C’est probablement pas le bon, mais c’est la vie.
N’empêche, Cameron Winter et sa bande dégagent un magnétisme fou. Dès leur morceau d’ouverture Husbands, ils nous attirent petit à petit, la foule et moi comme une force centrifuge. En fond d’écran, une projection argentée du nom GEESE pivote telle une planète — à moins que ce ne soit sous le simple effet hypnotique de ce jeune groupe en pleine alchimie.

Winter chante comme s’il scellait un pacte avec le diable, oscillant entre un grognement dissonant et un falsetto angélique. Il dégage juste ce qu’il faut d’indifférence désinvolte pour rendre le tout dangereusement attrayant. J’ai écouté l’album Getting Killed en boucle pratiquement toute l’année, donc je savais très bien que ça allait être le bordel en concert — mais rien ne m’avait préparé à ce qu’ils font subir à Cobra ou Half Real sur scène. Les morceaux sont littéralement déchiquetés, la voix et les instruments deviennent sauvages, jusqu’à ce que plus rien ne soit reconnaissable… juste avant que Winter ne fasse un signe au groupe pour asséner un final magistral. À un moment, en plein milieu du concert, il s’est contenté de lancer Hallelujah de Leonard Cohen depuis son téléphone, sans la moindre explication, avant de balancer plein pot le pont de 2122, extrait de leur album 3D Country. La folie pure du rock’n’roll.
« Je croyais qu’il nous restait cinq minutes, en fait on en a vingt », rigole Winter, avant d’enchaîner doucement sur « Au Pays du Cocaine » et son petit riff de guitare aussi lumineux que saisissant. Quelqu’un dans la foule hurle « PLAY TAXES ! », et Winter, toujours aussi accomodant, laisse le groupe se lancer à corps perdu dans leur petit chef-d’œuvre sur le malaise humain. Ils concluent avec Trinidad, Winter improvisant un charabia sorti de son lexique personnel en perpétuelle extension, avant de hurler « there’s a bomb in my car / il y a une bombe dans ma voiture » en boucle, tel un balancier devenu follement incontrôlable. Industry plant ou pas — Geese a vraiment ce qu’il faut dans le ventre.
Photos de Benoit Rousseau























