Si vous vous rappelez une recension d’album de 2025, de moi-même, concernant la compositrice Linda Catlin Smith, intitulé The Plains, vous vous rappelez aussi tout le bien que j’en avais dit. Sinon, je vous invite à y retourner, afin de mieux connaître cette Canadienne qui tisse un monde sonore archi délicat, mais également étoffé en matière de construction et de complexité timbrale.
CRITIQUE DE L’ALBUM THE PLAINS
Chose rarissime pour une compositrice vivante, un label (ici Redshift Records, de Vancouver) a pris l’initiative de graver l’intégrale de la musique pour piano de Mme Smith. The Plains était le Volume 1, voici donc le Volume 2. Contrairement à The Plains, une oeuvre unique de plus d’une heure (un tour de force), ce Volume 2 présente une série de neuf morceaux, écrite entre 1983 et 2023. On goûte ainsi à l’ensemble de la carrière de l’Étatsunienne devenue canadienne, à travers son écriture pianistique, très personnelle, bien que largement inscrite dans l’école stylistique post-webernienne et le Minimalisme expressif.
Smith construit ses courtes pièces (la plupart font environ cinq minutes, avec quelques exceptions, telle The Underfolding qui fait plus de 21 minutes) comme des tableaux minutieux de Miro, en termes de construction, mais plus austères, moins flamboyants coloristiquement.
Tout cela pour dire que Linda Catlin Smith fabrique des mondes très fins et raffinés, brodés de lignes ultra graciles, rarement appuyées sur des textures harmoniques pleines et charnues. Les phrases de Mme Smith flottent dans un éther murmuré, dans une microgravité rarement bouleversée. Dès les premières mesures de la première pièce du programme, Poire, le ton est donné, et vous vous retrouverez dans le Webern des Quatre pièces pour violon et piano, op. 7.
Plus loin, c’est Cage puis Feldman qui sont convoqués (une filiation naturelle). Des titres comme Iceberg et Zart nous le confirment. Encore Feldman dans The Underfolding, qui laisse s’épanouir une abstraction parcimonieuse sur une écriture faite de courts motifs répétés mais subtilement métamorphosés sur une longue durée, dans un développement calme et graduel. Smith crée des chrysalides sonores desquelles émergent très lentement quelque être fantastique.
Cela dit, les références à Cage, Feldman, et autres ne sont qu’indicatives car Smith possède une voix personnelle qui lui permet de se démarquer. Je remarque essentiellement un attachement de la Torontoise à la création d’ambiances souvent lumineuses, en tous les cas plus que chez ses prédécesseurs, en plus d’une attention au mouvement, En effet, malgré l’impression d’engourdissement dynamique qui enveloppe tout le programme, Smith y insuffle un bruissement d’activité et d’animation. Cette réconciliation du mouvement et de la quiétude est puissamment et principalement palpable dans The Underfolding.
La pianiste Cheryl Duvall, amie et grand soutien de la compositrice, est excellente partout.
Une autre très belle réussite de nos amis de Redshift Records.






















