expérimental / contemporain

MUTEK 2026 | Vivian Li, nostalgie des souvenirs et du temps suspendu

par Léa Dieghi

Après les envolées hypnotiques des soirées précédentes, le volet gratuit du festival MUTEK proposait ce jeudi 27 août une traversée sonore aux accents plus personnels et narratifs. Entre la poésie contemplative de Vivian Li et la première mondiale percutante d’Art Saves, le public de l’Esplanade Tranquille a assisté à deux visions fascinantes – et parfaitement complémentaires – de ce que peut être la musique ambient aujourd’hui.
Il y a un an, j’avais eu le privilège de m’entretenir avec Vivian Li lors d’une entrevue téléphonique alors qu’elle voyageait en Chine, son pays d’origine. Au cours de cet échange d’une rare générosité, elle m’avait confié concevoir la musique comme une forme pure de poésie : une tentative de livrer un récit intime, ancré dans le filtre de ses propres souvenirs. Entre Montréal et la Chine, son travail gravite constamment entre différentes temporalités et spatialités, au croisement de ses racines et de son présent.
C’est donc avec un plaisir renouvelé que je l’ai retrouvée en ouverture de soirée. Installée derrière un bureau garni de fleurs et d’un ensemble de synthétiseurs, l’artiste a pris le temps d’adresser quelques mots chaleureux et empreints de gratitude au public avant de lancer une scénographie mise au point à la toute dernière minute.
Sa prestation a débuté tout en douceur, enveloppant l’Esplanade de nappes synthétiques atmosphériques qui n’étaient pas sans rappeler la sensibilité de pionniers comme Vangelis. Rapidement, une boîte à rythmes est venue marquer le temps à la manière d’un métronome réconfortant, évoquant des bribes de souvenirs d’enfance, des bandes sonores de jeux vidéo mythiques tels que Zelda aux compositions féeriques des films du Studio Ghibli.
Jouant lentement du piano par-dessus cette architecture sonore, Vivian Li a plongé la foule dans un temps suspendu contemplatif. Vers le milieu de sa performance, elle a déployé l’élément central de sa démarche : l’usage de field recordings. Modifiés et montés avec soin, ces enregistrements environnementaux grésillent comme une fréquence radio ou une télévision ancienne cherchant son signal, tissant un récit auditif captivant qui se déroule directement dans nos oreilles plutôt que sous nos yeux.
Au bout d’une cinquantaine de minutes d’une grande délicatesse, son œuvre s’est éteinte un peu comme elle avait commencé, s’évaporant dans le souffle long et atmosphérique de son synthétiseur. Vivian Li a ensuite repris le micro une dernière fois pour remercier chaleureusement le public, avant de s’effacer discrètement, laissant derrière elle un groupe de spectateurs conquis.

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