Présentée en première mondiale dans le cadre de la Nocturne 2 de MUTEK, Zero Gravity de Korea Town Acid et Ajeebsir transforme la Satosphère de la Société des arts technologiques en un espace suspendu, entre rêve et fascination. Installée à Toronto, Korea Town Acid développe une musique électronique qui navigue entre ambient, hip-hop, breakbeat et jungle, tandis qu’Ajeebsir, artiste en arts numériques basé·e à Montréal, travaille avec des systèmes génératifs et des images en temps réel.
Leur collaboration prend ici la forme d’une performance audiovisuelle où le son se déploie autour du public et où les visuels cinétiques d’Ajeebsir prolongent la musique à travers des formes abstraites, des distorsions numériques, des textures fluides.
Dès les premières minutes, Zero Gravity m’a complètement fasciné. La performance exploite avec une grande justesse le sens de l’espace propre à la Satosphère : on se retrouve visuellement projeté dans un ciel rosé, entouré de nuages, puis plongé sous l’eau au milieu de poissons et de tortues. Des formes abstraites évoquent parfois un oiseau métallique ou une créature synthétique, tandis que les mouvements fluides de la matière donnent l’impression d’être constamment en suspension.
L’esthétique puise manifestement dans une nostalgie d’Internet et des jeux vidéo des années 1990 et 2000, avec quelque chose du dreamcore et du liminal gaming. Les paysages naturels y côtoient les textures numériques, comme si un souvenir d’un monde virtuel oublié reprenait vie devant nous.
À chaque changement de paysage, les regards se lèvent simultanément vers le dôme et des exclamations parcourent l’auditoire fasciné. Korea Town Acid, particulièrement énergique derrière ses contrôleurs, nous semblait d’ailleurs donner l’impulsion aux transformations visuelles d’Ajeebsir, plus concentré·e sur les images et leurs mouvements.
À mesure que la performance évolue, l’émerveillement initial décline. Le dernier bloc, plus ambient et cinématographique, mise davantage sur la relation entre l’image et le son. Des formes organiques aux longues tiges souples se déploient lentement dans l’espace, évoquant des plantes grimpantes qui s’élèvent et s’enroulent autour de leur environnement à la recherche d’un point d’appui. La spatialisation sonore, parfois très marquée mais souvent discrète, renforce cette sensation d’immersion, sans toutefois chercher à s’imposer.
Ce qui était au départ une fascination partagée par toute une salle s’est ainsi transformé en expérience beaucoup plus intérieure. L’apesanteur n’était plus seulement autour de nous, elle semblait s’installer en nous.
Crédit photo: Frérérique Ménard-Aubin























