techno / techno expérimentale

MUTEK 2026 | Jeff Mills, maître à l’œuvre dans le cosmos

par Julius Cesaratto

Dans la nuit de vendredi à samedi, le dernier live set du programme Metropolis 1 était sans doute  l’un des plus attendus de Mutek 2026 :  le légendaire Jeff Mills y a présenté en première mondiale son nouveau projet live, Stargate. La file d’attente pour entrer dans la salle s’étendait sur pas moins de deux pâtés de maisons, il fallait être brave et patient pour finalement pénétrer dans le MTELUS.

Le célébrissime  pionnier de la techno de Détroit a présenté sa nouvelle performance, accompagnée d’une ambitieuse proposition audiovisuelle. Le visuel était construit autour du concept  sci-fi de Stargate, cet ancien portail  entraînant ses usagers  vers des mondes lointains, interstellaires, mystérieux. 

L’exploration spatiale est une obsession pour Jeff Mills, et elle s’incarne ici sous la forme d’un trou de ver cosmique : là où le temps se déforme et où les distances colossales s’effondrent, permettant un voyage quasi instantané à travers l’espace. Sur scène, en résultait un son techno minimal, articulé en cinq segments.

Le spectacle s’est ouvert sur la projection d’un carrousel de photos présentant les faits marquants de l’actualité liés à Stargate, en référence au véritable programme homonyme apparemment déclassifié, préparant le terrain pour nous plonger dans ce  thème mystérieux.

Vint le titre  sur grand écran:  Activation : The Journey Begins. Et c’est ainsi que cela a commencé, Mills a alors ouvert le champ sonore avec des sons que l’on peut qualifier d’extraterrestres. L’ambiance était brûlante et intense, à l’image de l’atmosphère qui régnait dans la salle, où la foule se pressait épaule contre épaule dans un amphithéâtre à guichets fermés. 

Des sons stridents résonnaient sur un rythme inquiétant et vaporeux. Des synthés brumeux conféraient un caractère onirique à la proposition. Associées à des sons déformés, ces nappes donnaient l’impression à la foule d’être en suspension,  coincée dans une sorte de purgatoire. Après quoi le maître techno libérait la pression avec un échantillon vocal et un gros « breakdown » ont déchaîné la piste de danse, tandis que la foule hurlait.

Sur scène, des cubes blancs descendaient  pendant que des poutres montaient, ajoutant à l’expérience immersive, idem pour ces  extraits sonores granuleux, idem pour les lasers déployés dans cette prestation cosmique sur le thème de l’espace.   Pendant laquelle, il va sans dire,  un imperturbable  rythme techno 4×4 faisait littéralement bondir la foule.

À un certain moment, la soirée a pris les allures d’une séance d’hypnose, les rythmes percutants étaient illustrés par les images d’un trou de ver spatial, manière 2001 : L’Odyssée de l’espace.

Le BPM a accéléré pour atteindre une frénésie vertigineuse, avant de s’arrêter net pour laisser place à la deuxième partie du spectacle, judicieusement intitulée Gamma Ray Burst. Un grand projecteur  s’est mis à osciller au fond de la scène, baignant la foule d’une lumière stroboscopique violette. La musique nous semblait alors parfaitement adaptée à la bande originale d’un film.

Jeff Mills  a ensuite alterné entre pics et creux d’intensité pendant les trois derniers segments, avant de revenir avec une ligne de basse écrasante. Une spirale hypnotique s’est alors dessinée à l’écran, tandis que des lignes tonales survolaient des grosses caisses étouffées. 

Pius le maître a quitté les platines alors que la foule en redemandait. Après une brève pause, il est revenu d’un pas léger, a repris son poste et relancé le groove, très  tard dans la nuit. Après avoir gratifié le public d’un généreux rappel, il a salué avec élégance et a quitté la scène devenue un musée d’art vivant.

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