Figure pionnière de la musique électronique britannique, A Guy Called Gerald n’a plus besoin de présentation auprès des amateurs de jungle et de drum’n’bass. Depuis Voodoo Ray, hymne acid house paru en 1988, jusqu’à Black Secret Technology en 1995, l’artiste de Manchester n’a cessé de repousser les frontières des musiques électroniques.
Pour sa première nord-américaine de Black Secret Technology Reimagined, présentée dans le cadre de la Nocturne 3 de MUTEK à la Société des arts technologiques, il revisite en direct cet album fondateur de la jungle, près de 30 ans après sa parution.
La performance s’ouvre sur So Many Years, morceau inaugural de l’album, ici entièrement ré-imaginé. D’abord relativement détendue, l’introduction laisse progressivement émerger des basses profondes et rapides, tandis que les percussions se multiplient et se désarticulent en une succession de breakbeats énergiques et chaotiques.
Derrière son poste de commande, deux ordinateurs portables et une console de mixage à portée de main, Gerald reconfigure ses morceaux en temps réel dans son format « Live In Session ». À coups de manipulations précises, il déconstruit ses amen breaks et ses jungle chops avant de les réassembler avec une précision presque chirurgicale.
À genoux derrière ses machines pendant toute la performance, sa silhouette frêle et son afro grisâtre lui confèrent l’allure d’un sorcier des rythmes afrofuturistes. Ses vocalisations spectrales, auxquelles il recourt occasionnellement pour s’adresser à la foule, renforcent cette impression de rituel. Mais le véritable pouvoir de Gerald réside dans sa capacité à canaliser l’énergie chaotique de ses rythmes. Incessants, les jeux de tension et de relâchement provoquent les exclamations d’une foule ensorcelée, engagée du début à la fin.























