ambient / drone / électronique / expérimental / contemporain

MUTEK 2026 | La douce entropie de Endless Summer

par Marc-Antoine Bernier

Dans le cadre du programme X/Visions de MUTEK, la Maison symphonique de la Place des Arts accueillait samedi 29 août Fennesz et Lillevan, pour une première canadienne célébrant les 25 ans de Endless Summer, on parle ni plus ni moins d’un album charnière de la musique électronique. L’Autrichien Christian Fennesz revisitait ainsi son œuvre ayant contribué à redéfinir les rapports entre guitare, ambient et traitement numérique, accompagné des compositions visuelles abstraites de Lillevan.

Dès les premières notes, la performance m’a plongé dans une douce entropie: le moment où le bogue informatique devient aussi organique et apaisant que le bruit des vagues. Le bruit blanc, le grésillement numérique, les microbugs audio et la distorsion composent un tumulte digital enrobé d’accords de guitare électrique chaleureux, noyés dans les effets.

Fennesz suit l’ordre originel de l’album, mais en propose une relecture enrichie par les outils numériques contemporains. Ayant abandonné plusieurs de ses anciens procédés et perdu les pistes originales de certaines pièces, il a dû en recréer des segments, tout en développant notamment le spectre grave de l’œuvre.

Le résultat donne davantage de corps et de profondeur à ces compositions. Sur la pièce-titre, les basses entrent en résonance avec les accords de guitare tandis que les harmonies enfouies font ressurgir les souvenirs d’un été lointain. On pourrait même considérer cette relecture comme la version la plus aboutie de Endless Summer jusqu’à présent.

Lillevan, toutefois, emprunte une voie moins convaincante d’entrée de jeu. Ses images explorent des formes abstraites et des mouvements de matière en suspension, mais leur relation avec la musique demeure souvent ténue. J’aurais aimé y percevoir davantage de finesse dans la manière de réagir aux textures, aux variations et aux intensités de Fennesz : plutôt qu’un véritable dialogue audiovisuel, les projections semblent parfois évoluer en parallèle. La surimposition, utilisée comme motif récurrent, crée de beaux effets de texture, mais son omniprésence limite quelque peu la variété de la proposition.

Il m’a fallu quelques minutes pour me mettre en phase avec cette esthétique, qui ne m’a finalement ni particulièrement séduit ni déplu. J’aurais simplement souhaité que les visuels participent davantage à cette plongée sensorielle et nostalgique que la musique de Fennesz rendait si évocatrice.

Ce contraste pourrait expliquer les applaudissements plutôt timides qui ont suivi. La finesse de l’exécution musicale, profondément liée à l’écoute intime de l’album, semblait demander une attention que la production visuelle, plus axée sur l’impact immédiat, ne parvenait pas toujours à susciter.

 Pour moi, l’expérience demeure néanmoins une magnifique plongée dans les rêveries solitaires que Endless Summer accompagne depuis longtemps.

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