Voici un enregistrement important de la musique d’une compositrice qu’il faut absolument connaître si ce n’est pas déjà le cas. Née à New York, Linda Catlin Smith est désormais Canadienne et est basée à Toronto. Sa musique est d’une remarquable tempérance et délicatesse. Une sorte de post-post-Webern, si je puis me permettre. Des nominations aux JUNO, une reconnaissance du Guardian parmi ce qui se fait de mieux au 21e siècle, des commandes de la BBC, etc., confirment le statut international et grandissant de sa renommée.
La pianiste torontoise Cheryl Duvall amorce avec cet album une intégrale de la musique pour piano de Smith en quatre volumes. Pour lancer ce projet hors du commun en musique d’aujourd’hui, elle a choisi la monumentale (bien que très contemplative) œuvre The Plains, un lent et long monologue introverti de quelque 67 minutes, sans pause.
L’extrême douceur du langage sonore n’a d’égal que sa force intérieure, exprimée à travers des notes déposées avec parcimonie et organisées dans un canevas transparent où les particules de sons se meuvent placidement, tranquillement, comme dans un espace en apesanteur.
Cela dit, ne pensez pas qu’il s’agisse d’une interminable plage de muzak atmosphérique! Il y a du mouvement, subtil, presque chuchoté mais parfois plus évident, dans cette heure d’introspection attentive. Pour ceux et celles qui pensent à Morton Feldman, je répondrai oui… mais non. Le type d’énergie est comparable, mais la langue est tout autre, harmoniquement plus éparpillée. Je reviens encore à Webern, mais en version décuplée en termes de durée, et informé par l’école minimaliste répétitive.
Il faut absolument que Mme Duvall vienne offrir ce chef-d’œuvre à Montréal.
The Plains est une création marquante en musique canadienne. Cet enregistrement de Cheryl Duvall, exceptionnelle dans la qualité de son approche quintessenciée de la partition, fera date. On ne peut qu’avoir très hâte aux trois prochains volumes de cette nouvelle intégrale.























