Ingurgitating Oblivion – Ontology of Naught

· par Laurent Bellemare

Traditionnellement, la majestuosité s’est souvent manifestée par quelques moyens techniques bien convenus dans le métal extrême. Quoique dans le nouvel opus d’Igurgitating Oblivion, il n’y a rien de traditionnel. On ne trouve ni séquences orchestrales, ni pastiche à l’opéra et ni synthétiseurs. C’est plutôt la finesse des arrangements qui donnent une grandeur épique à cette musique pourtant sinistre et cauchemardesque.

Esthétiquement, on a affaire à une synthèse sans faille entre plusieurs mondes. Les structures peu répétitives s’étalant en moyenne sur quinze minutes rappellent le rock progressif, tandis que la richesse rythmique et harmonique rappelle le jazz. Cela s’entend tout particulièrement lorsque les guitares perdent leur distorsion et font résonner des accords sur lesquels la batterie peut s’exprimer librement. Il y a également de nombreux solos aux cordes que l’on croirait tout droit sortis d’un album de jazz fusion. Cependant, les longues séquences brutales ont tôt fait de rappeler que le duo est en essence un groupe de death metal. Ici, la performance impeccable du batteur Lille Grüber (Defeated Sanity), qui en est à sa deuxième collaboration avec le groupe, doit être soulignée. Lorsque la musique prend des tournures rapides, angulaires et agressives, Grüber martèle la pulsation avec une puissance qui n’a d’égal que le détail et la densité de ses ornementations rythmiques. Par ailleurs, la voix prend généralement un registre plus médian qu’auparavant. Cela rappelle, avec toujours plus d’emphase sur l’atmosphère, le meilleur du black metal avant-garde et dissonant. Mais la plupart du temps, la totalité des éléments rappelle des monuments de la musique contemporaine orchestrale comme un Amériques d’Edgar Varèse ou une Atmosphères de György Ligeti

Mais la principale qualité d’Ontology of Naught, c’est son sens de la macrostructure. Il y a dans cet album un fil narratif méticuleusement tissé, passant par une variété de textures et d’effets dramatiques. Même si la musique a été avant tout pensée par deux guitaristes, on remarque un sens très aiguisé des dynamiques. Les compositions savent relayer les guitares à l’arrière-plan pour laisser d’autres timbres prendre les devants et créer une profondeur de champ. Dans les moments les plus ambiants, on ne saurait dire quel instrument rayonne davantage entre la guitare, la basse, le vibraphone et le piano. Car oui, cet album est truffé de collaborations qui viennent bonifier l’orchestration.

D’autres techniques, comme l’inclusion et la superposition d’échantillons multilingues de monologues, ajoutent des effets dramatiques qui guident l’oreille dans la progression de l’album. Il y a également un détour poignant vers un moment de sérénité quasi mystique lors de la transition de la troisième vers la quatrième piste. L’un des morceaux se termine sur un mantra chanté et harmonisé par des voix de femmes, laissant ensuite place à des bols tibétains et les mots “No more” répétés ad nauseam et filtrés à travers du traitement sonore. La piste suivante s’ouvre sur un drone d’harmonium ainsi qu’une nouvelle séquence vocale harmonisée ponctuée de quelques coups de bols chantants. Cette concoction quelque peu orientalisante de timbres d’Asie, de guitare électrique et de chant classique évolue ensuite vers un retour à la pesanteur et aux escapades progressives.

En somme, Ontology of Naught relève d’un long processus de composition, voire de sculpture sonore qui s’apprécie dans le détail. C’est un travail grandement magnifié par les possibilités du studio d’enregistrement, qui pousse le genre très loin dans ses possibilités expressives. Le mélange d’influence est immensément plus riche que la somme de ses parties, et l’aspect extrême de la musique est une condition sine qua non qu’il faut accueillir pour pouvoir en apprécier les nuances. 

Tout le contenu 360

The Plastic Waste Band – Trash Island

The Plastic Waste Band – Trash Island

Jacques Kuba Séguin – Parfum no 3

Jacques Kuba Séguin – Parfum no 3

Juan Sebastian Delgado – Tangos imaginarios

Juan Sebastian Delgado – Tangos imaginarios

SAT | Futurs Antérieurs: Johnny Jewel, comme au ciné

SAT | Futurs Antérieurs: Johnny Jewel, comme au ciné

Atsuko Chiba – Atsuko Chiba

Atsuko Chiba – Atsuko Chiba

La Commission B à Saint-Casimir: « complètement organique »

La Commission B à Saint-Casimir: « complètement organique »

Festival Énergik en Mauricie: musique, manèges, éco-responsabilité, communauté

Festival Énergik en Mauricie: musique, manèges, éco-responsabilité, communauté

La vie est un parfum : conclusion de la Trilogie des odeurs de Jacques Kuba Seguin

La vie est un parfum : conclusion de la Trilogie des odeurs de Jacques Kuba Seguin

Montréal Baroque 2026 | Entre bouffe, whiskey, concerts et découvertes : Plein de sensations juste avant l’été

Montréal Baroque 2026 | Entre bouffe, whiskey, concerts et découvertes : Plein de sensations juste avant l’été

Festival de musique de chambre 2026 | Trois midis avec Bach et Sirena Huang

Festival de musique de chambre 2026 | Trois midis avec Bach et Sirena Huang

Classica 2026 | Jorane & Oktopus, « Rêvances sans paroles »… et les mots de Gabriel Paquin Buki

Classica 2026 | Jorane & Oktopus, « Rêvances sans paroles »… et les mots de Gabriel Paquin Buki

Classica 2026 | 1001 histoires de guitare avec Tommy Dupuis

Classica 2026 | 1001 histoires de guitare avec Tommy Dupuis

Classica 2026 | La longueur sublime des Trios pour piano de Schubert

Classica 2026 | La longueur sublime des Trios pour piano de Schubert

Classica 2026 | Michel Legrand, chant lyrique, symphonie, jazz… Lorraine Desmarais raconte

Classica 2026 | Michel Legrand, chant lyrique, symphonie, jazz… Lorraine Desmarais raconte

La renaissance musicale de Mantisse

La renaissance musicale de Mantisse

CMIM 2026 | Le Japon triomphe avec la musique russe et hongroise! 

CMIM 2026 | Le Japon triomphe avec la musique russe et hongroise! 

SAT | Johnny Jewel de retour à Montréal pour le live set d’une œuvre vaste et impressionnante

SAT | Johnny Jewel de retour à Montréal pour le live set d’une œuvre vaste et impressionnante

Festival de la chanson de Tadoussac, culture, nature au coin du fjord et de l’estuaire

Festival de la chanson de Tadoussac, culture, nature au coin du fjord et de l’estuaire

Classica 2026 | « Le grand tango »: la passion de Denis Plante pour le bandonéon et le violoncelle de Stéphane Tétreault

Classica 2026 | « Le grand tango »: la passion de Denis Plante pour le bandonéon et le violoncelle de Stéphane Tétreault

Kon-Fusion – Arriba de su Muro

Kon-Fusion – Arriba de su Muro

CMIM 2026 | Une première épreuve de finale tout en Mozart, très révélatrice!

CMIM 2026 | Une première épreuve de finale tout en Mozart, très révélatrice!

Domaine Forget 2026 | Un été complet au paradis de la musique dans Charlevoix

Domaine Forget 2026 | Un été complet au paradis de la musique dans Charlevoix

Avec Yatou, Noubi rassemble les voix du monde

Avec Yatou, Noubi rassemble les voix du monde

SAT | PAURRO, sauces mexicaines pour le breakbeat, la musique latine, les années 90, la techno et plus encore

SAT | PAURRO, sauces mexicaines pour le breakbeat, la musique latine, les années 90, la techno et plus encore

Inscrivez-vous à l'infolettre

Inscription
Infolettre

« * » indique les champs nécessaires

Type d'abonné