PRIMAVERA SOUND – PORTO 2026 : Le Gros Petit Festival à Taille Humaine

par Patrick Baillargeon

Lancé en 2012 comme première déclinaison internationale du désormais célèbre Primavera Sound de Barcelone, le Primavera Sound de Porto s’est rapidement forgé une identité propre. L’événement propose des concerts dans un parc urbain ouvert sur l’Atlantique, avec une capacité d’environ 35 000 personnes par jour. Installé dans le vaste Parque da Cidade, le festival portugais mise sur une formule plus intime et accessible que la version mère espagnole.

La 13e édition du Primavera Sound Porto s’est donc récemment déroulée du 11 au 14 juin 2026. Répartie sur quatre journées, la programmation proposait un éventail de styles, alternant entre afro-jazz, noise, indie-rock, indie-folk, fado, punk, électro, néo-soul, trip-hop, hip-hop revendicateur, musiques expérimentales et saveur ibériques. Fidèle à sa formule éclectique, le festival portugais a réuni cette année 55 artistes autour d’une affiche dominée par The xx, de retour quatorze ans après leur dernier passage au festival; Gorillaz, venus défendre leur tout dernier The Mountain; et Massive Attack.

Ensuite, entre ces têtes d’affiche et les IDLES, Big Thief, Ethel Cain, Bad Gyal, JADE, KNEECAP, Yard Act, Slowdive, Sudan Archives, Panda Bear, Gisela João, Criolo, Joey Valence & Brae, Melt-Banana, Viagra Boys. Ninajirachi, Texas Is The Reason, Black Country, New Road, Model/Actriz, Nation of Language, Bad Gyal, Triángulo de Amor Bizarro et des artistes portugais tels que NAPA, PAUS, Emmy Curl, Rita Vian, Capicua, Sensible Soccers ou Inês Marques Lucas, entre autres, on ne peut évidemment pas tout voir. Mais on essaye.

De la bonne trentaine de concerts auxquels j’ai pu assister, faisons l’exercice d’en retenir trois. Un par jour : jeudi, vendredi, samedi.

Jeudi: KNEECAP

PRIMAVERA SOUND PORTO 2026 _ © Hugo Lima | www.hugolima.com | www.instagram.com/hugolimaphoto

Interdit de concerts aux États-Unis, au Canada et un peu partout dans le monde pour ses prises de position politiques, notamment en ce qui concerne le conflit israélo-palestinien, le spectacle du controversé trio hip-hop de Belfast au Primavera était donc incontournable. Si sur disque on trouve son compte dans leur rap incisif et leurs beats agressifs, c’est indubitablement sur scène que ça se passe. Porté par une énergie punk, des propos revendicateurs et un humour corrosif, le groupe est l’une des voix les plus originales de la nouvelle scène irlandaise. Chaque morceau fait mouche, la bande ne laissant aucun répit au public. Quelque part entre Sleaford Mods, Slowthai ou The Streets, KNEECAP a trouvé sa voie (et sa voix), assimilant ces références à un esprit rebelle et vindicatif typiquement irlandais. Cette interdiction de concert au Canada est absolument ridicule, particulièrement quand on réalise à quel point ce groupe est essentiel. À ce sujet, le docu-fiction KNEECAP, qui retrace l’histoire assez originale du trio, vaut les quelques 100 minutes que vous passerez à le visionner.

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Vendredi: Baxter Dury

Hormis le délirant concert des Viagra Boys, que je voyais pour la quatrième fois et qui ont livré une performance bien barrée et intense, c’est surtout le passage de Baxter Dury que j’ai retenu. Le fils du légendaire Ian Dury s’est, depuis quelques années déjà, imposé comme une figure incontournable de la pop britannique contemporaine, et il n’a bizarrement jamais donné de concerts à Montréal… Il serait grand temps d’y remédier car c’est une vraie bête de scène, bien investi par son personnage de playboy crooner décadent, sorte de croisement improbable entre Bukowski, Gainsbourg, Sleaford Mods (encore eux) et bien sûr le fameux paternel, de qui Baxter tient beaucoup, particulièrement dans la livraison vocale. La pomme ne tombe jamais bien loin de l’arbre. 

Depuis le début des années 2000, le chanteur et auteur-compositeur cultive un style singulier, mêlant spoken word, pop, rock et électro dans des chansons – ou plutôt de petites histoires- élégantes, ironiques et cinématographiques. Ses huit albums, notamment Floor Show (2005), Happy Soup (2011), Prince of Tears (2017), The Night Chancers (2020), I Thought I Was Better Than You (2023) et Albarone (2025) ont confirmé son statut d’artiste à part sur la scène indépendante britannique. Son spectacle est un condensé de tous ces disques, avec à la clé les incontournables Miami, Cocaine Man, I’m Not Your Dog et la très dansante et dynamique Albarone, qui a fait bondir la foule en fin de concert.

Samedi: Mike D 5D

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Près de deux décennies après la dissolution des Beastie Boys, le retour sur scène de Mike D était plus qu’attendu par les nombreux fans du trio new-yorkais. On savait qu’un album était complété et c’est justement ce premier effort solo, Thank You (dont la sortie est prévue pour le 28 août), que Mike D est venu défendre sur scène. Entouré des 5D, soit ses fils Skyler et Davis Diamond (qui forment aussi le duo électro-pop Very Nice Person), aux côtés d’Eddie et Milo Ruscha et du guitariste Will Graefe.

Tous vêtus de rouge-orangé et bondissant d’un côté et de l’autre de la scène comme une bande de lapins sur-énergisés, les 5D sont passés au travers des dix titres que compte Thank You, certains beaucoup plus captivants (What We Got, tout en basse bien pesante) que d’autres (la longue et quelconque pièce titre Thank You). Ayant débuté les hostilités avec un morceau des Beastie Boys (Hello Brooklyn bien déjanté), Mike D et sa bande ont conclu la chose avec avec l’incontournable So What’cha Want, pratiquement identique à l’originale et qui a rendu le public complètement dingue. Mais la belle surprise de ce concert plutôt dynamique demeure leur impeccable version de Mind Your Own Business des Delta 5. Une reprise complètement inattendue, petit clin d’oeil qui prouve que de D5 à Delta 5, il n’y a qu’un pas (de danse).

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La musique et le reste….

Un bon festival repose en grande partie sur la programmation, une vision et une direction artistique, mais aussi sur le public et le site. En ce qui concerne le volet lusitanien du Primavera, la volonté de choisir comme têtes d’affiche des artistes établis depuis plusieurs années amène un public beaucoup moins jeune que celui qu’on peut retrouver dans des événements tels que Osheaga, pour demeurer en territoire connu. Et la différence est marquante. L’ambiance est plus cool, les gens sont plus calmes, et donc l’écoute est d’autant plus plaisante. 

Avec une capacité d’entrée maximale fixée à 35 000 personnes par jour, le Primavera Sound de Porto demeure un gros festival, mais à taille humaine; on n’est pas dans les énormes messes déshumanisantes de certains autres grands événements d’Europe ou d’Amérique du Nord et du Sud. Pas de sécurité oppressante et omniprésente ici, pas d’agressivité palpable, il n’est donc pas étonnant de voir plusieurs personnes profiter du festival avec leur petite famille. D’autre part, le site est bien pensé, agréable, à moitié couvert d’espaces verts et de béton (ce qui atténue les nuages de poussières ou les bains de boue si pluie), à deux pas de l’océan mais tout de même en pleine ville, et personne pour se plaindre des concerts qui durent jusqu’à très tard dans la nuit… Donc la fête ne se termine pas abruptement à 23h ou minuit comme vous savez où… Bref, tous les ingrédients pour rendre un festival séduisant et mémorable. L’équipe du Primavera Sound de Porto l’a bien compris et maintient cette démarche et cette vision artistique depuis treize éditions, sans relâche et sans faille. Ajoutez beau temps et chaleur, et l’équation est parfaite.

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