Pays : États-Unis Label : Dirty Hit Genres et styles : expérimental / contemporain / no wave / post-punk / rock Année : 2025

Top de 2025 | Model/Actriz – Pirouette

· par Harry Skinner

Lorsque j’ai découvert Model/Actriz, c’était lors d’un concert dans un kiosque au cœur de Verdun, un jour d’automne 2021. Ils faisaient la première partie de Faze, un groupe punk local, ce qui est surprenant rétrospectivement compte tenu de la renommée qu’ils ont acquise aujourd’hui (sans vouloir nier le talent de Faze, bien sûr, qui est un excellent groupe à part entière).

Pendant le concert de Model/Actriz, je me souviens avoir essayé de déterminer si j’étais vraiment en train d’assister à quelque chose de spécial ou si j’étais simplement emporté par l’euphorie post-pandémique des concerts. Leur album Dogsbody, sorti en 2023, m’a définitivement convaincu que la première hypothèse était la bonne. Le groupe a fait sensation dans les cercles punk et noise rock grâce à ses instrumentaux poignants et aux performances intenses du chanteur Cole Haden.

Ce son donne presque l’impression à l’auditeur d’être menacé d’une arme et forcé à danser. On retrouve le même type d’énergie dans leur dernier album, Pirouette, qui propose cette fois-ci une palette sonore et des ambiances plus variées, ainsi que des performances globalement plus vulnérables.

La première chose qui retiendra probablement l’attention des fans de Dogsbody est la performance vocale sur le morceau d’ouverture de Pirouette, Vespers. On y entend Haden adopter une approche plus mélodique que dans les précédents albums du groupe, une tendance qui se confirme tout au long de l’album. Ce changement se traduit par une évolution assez palpable de la présence de Haden dans l’espace sonore : il semble moins déguisé en personnage et plus personnel, contrairement au personnage plus grand que nature qu’il peut incarner avec sa voix parlée ou rauque.

Après Vespers, les deux morceaux suivants ont un son qui se rapproche davantage de ce que les auditeurs attendent de Model/Actriz. Cinderella, qui est d’ailleurs le premier single de l’album, commence par une figure polyrythmique brutale à la guitare de Jack Wetmore et à la basse d’Aaron Shapiro, qui s’accorde avec le rythme régulier et dansant du batteur Ruben Radlauer. C’est une chanson énergique, avec une performance vocale principalement parlée, qui enchaîne presque sans transition avec Poppy, qui conserve une énergie similaire.

La transition n’est pas sans rappeler celle entre Crossing Guard et Slate sur Dogsbody.

Pour mettre en valeur la diversité musicale dont fait preuve le groupe sur cet album, les auditeurs devraient se concentrer sur les morceaux Acid Rain et Ring Road.

Le premier est un type de chanson que, franchement, je ne m’attendais pas à entendre de la part de ce groupe. Il commence par une ligne de basse mélodique avant que la batterie n’entre en scène et que les paroles ne viennent se superposer à un groove lent et sourd. Au refrain, cependant, on entend une guitare fingerstyle inquiétante sous une mélodie vocale remarquablement lyrique, tandis que la section rythmique continue sur son rythme lourd. C’est la chanson la plus envoûtante et la plus belle que Model/Actriz ait jamais sortie, mais elle ne détonne pas parmi le reste de leur répertoire.

En revanche, Ring Road présente sans doute le paysage sonore le moins mélodique et le plus déformé du répertoire du groupe. Il regorge de guitares bruyantes, de batterie frénétique et d’électronique pulsée qui agressent véritablement l’oreille. Le fait que ces deux morceaux puissent s’intégrer de manière cohérente dans le même album (avec seulement deux morceaux entre les deux) en dit long sur la fluidité de l’album. Pirouette est un excellent exemple de projet dans lequel un groupe étend son univers sonore vers de nouveaux horizons sans perdre de vue ce qui a fait le succès de ses précédents travaux.

Même sur les morceaux qui se rapprochent davantage des précédents travaux de Model/Actriz, la palette sonore est souvent élargie par des textures électroniques et instrumentales. De plus, les performances vocales donnent vraiment l’impression que quelqu’un se met à nu devant l’auditeur. À chaque nouvel album, ce groupe semble s’affirmer de plus en plus, devenant de plus en plus difficile à catégoriser ou à comparer.

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